Cimetière d'avions

Publié le par melvin

acciavi.jpgL’accident d’avion du Boeing 737-800 de la compagnie Kenya Airways qui s’est écrasé à Mbanga Pongo, moins de 5 minutes après son décollage de l’aéroport international de Douala, le 05 mai, constitue le 33e accident d’avion enregistré au Cameroun depuis 75 ans. C’est dans les années 1930 que des avions ont commencé à atterrir au Cameroun. L’aéroclub de Douala reçut ainsi son premier avion en 1934 ; le tout premier transporteur aérien reliant le Cameroun à l’Europe étant la compagnie française UAT.

Le premier accident d’avion en terre camerounaise survient quant à lui le 14 décembre 1945 à Yaoundé, avec la compagnie belge Sabena. Il ne fait heureusement pas de mort. Mais deux années plus tard, les premières victimes sont enregistrées lorsque le AAC.1 de Air France s’écrase le 1er juillet 1947 dans la région d’Eseka, faisant 13 morts. Depuis, 31 autres accidents d’avions sont survenus au Cameroun, emportant au total 508 personnes.

La période actuelle peut être considérée comme la plus noire et la plus triste de l’histoire du transport aérien au Cameroun. En l’espace de 13 mois, trois accidents d’avions sont survenus, avec à la clé, la disparition des 122 personnes qui se trouvaient à bord de ces aéronefs. Il y a d’abord eu l’avion de ravitaillement libyen qui s’est écrasé le 22 avril 2006 à Kousseri, avec ses 6 occupants. Puis, le 24 février 2007, l’avion sud-africain annoncé comme disparu, dont l’épave a été récemment retrouvée sur le Mont Cameroon à Buéa. Et puis…et puis, le crash de la Kenya Airways, l’accident le plus meurtrier jamais survenu au Cameroun : 114 morts !

Les 33 accidents enregistrés sont survenus dans 13 localités différentes. A tout seigneur, toute horreur. Douala, la capitale économique fait figure de région la plus concernée, avec 430 morts pour 13 accidents. Le premier accident survenu ici, le crash d’un Douglas DC-4 de Air France, emporta 29 personnes le 03 février 1951. Puis, il y eut le Douglas DC-7 de la Caledonian Airways qui s’écrasa sur l’une des criques du Wouri le 04 mars 1962, tuant ses 111 occupants ; le crash du Douglas DC-6 de la compagnie UAT qui emporta 55 personnes le 03 mai 1963 et celui du Boeing 737-200 de la Camair, dans la mangrove de Youpwé, le 03 décembre 1995. Pour ne parler que des accidents les plus marquants, avant Mbanga Pongo.

Sur la liste noire, après Douala, il y a la capitale Yaoundé, et ses 23 morts en 5 accidents. Mais aussi, Kousseri, 3 accidents pour 11 morts, dont Michel Baroin, grand maître de la franc-maçonnerie qui périt dans le crash d’un jet privé. On peut signaler aussi les 8 morts de Garoua après deux accidents, ou encore, le Grumman Gulfstream G2 du gouvernement gabonais qui s’était écrasé le 06 février 1980 à Ngaoundéré, tuant 5 personnes. 

Avec ses 508 morts, le Cameroun figure en bonne place, au 8e rang des espaces aériens les plus meurtriers d’Afrique, continent le moins sûr dans le transport aérien mondial. Il arrive juste derrière des pays comme le Nigeria (1414 morts), la RDC (1105), l’Angola (1025), l’Egypte (996), le Maroc (857), le Soudan (671) et la Libye (633). Et encore, le ciel camerounais devient même plus dangereux que celui de tous ces pays, lorsqu’on prend en compte la moyenne de personnes tuées par accident d’avion : 15.3 au Cameroun, contre 15.2 au Nigeria, 12.1 en Libye, 11.4 en Egypte et au Maroc, 10.7 en Angola, 7.9 en RDC et 6.1 au Soudan.

Ces statistiques devraient peut-être constituer une interpellation pour une vraie politique nationale de protection civile et de gestion de telles catastrophes. Les accidents récents ont démontré à quel point celle-ci fait encore cruellement défaut. Dans le cas du Boeing de Kenya Airways, on est allé pendant 48 heures, chercher à des centaines de kilomètres un avion qui s’est écrasé à vol d’oiseau de l’aéroport d’où il venait de décoller. Pis encore, il a fallu trois bons mois, pour retrouver l’épave de l’avion sud-africain. Dans les deux cas, on doit les découvertes à de modestes chasseurs qui ont supplée à l’impuissance et au dénuement des aiguilleurs du ciel. 

Le ciel camerounais, semble-t-il est surveillé à partir de pays voisins. La partie sud dépend  du radar de Brazzaville au Congo et le septentrion, du radar de Ndjamena au Tchad. Que cela coûterait-il au Cameroun de se doter d’un radar, au minimum ? L’Autorité aéronautique nationale parle d’ « importantes sommes d’argent», là où des sources dignes de foi avancent le chiffre de 3 millions d’euros, soit près de deux milliards de Fcfa. En somme, un investissement largement à la mesure du Cameroun qui est tout de même l’un des rares pays au monde à imposer une onéreuse taxe d’aéroport de 10 000 Fcfa à chaque passager sur les vols internationaux. Or, les aéroports de Douala, Yaoundé, Garoua enregistrent en moyenne 250 000 passagers internationaux par an. Soit pour cette seule taxe, des recettes de l’ordre de 2.5 milliards de Fcfa par an. De quoi s’acheter chaque année un radar neuf, du moins si l’on estime que la sécurité du ciel camerounais est une préoccupation. Mais, au fait, où va l’argent collecté avec cette fameuse taxe d’aéroport et qu’en a-t-on fait depuis qu’elle est instituée ? 

 

 

 

Quelques vérités sur les accidents d’avions

 

  • L’Afrique a enregistré en 2006, près de 4.3 accidents d’avions par million de départs. C’est sept fois supérieur au taux de la moyenne mondiale de 0.75. Elle est donc la partie du monde la moins sûre.
  • Il n’y a jamais eu de mort dans des accidents d’avions dans deux pays d’Afrique, les Seychelles et l’ïle Maurice. De toute son histoire, la Sierra Leone a connu un seul mort, lors de l’accident d’un Antonov de African Air Charter le 1er avril 1995 à Kenema. La Guinée-Bissau, quant à elle, n’a enregistré que 5 morts dans deux accidents. D’ailleurs, depuis le 21 décembre 1930 où les deux avions avaient fait ces accidents le même jour, la Guinée-Bissau n’a plus jamais connu d’accident d’avion.
  • Le Bureau d’archives des accidents aéronautiques fait état de 16 345 accidents d’avions de 1918 au 5 mars 2007, dans lesquels 118 316 personnes ont péri. Soit en moyenne 183 accidents par an, dans lequel périssent 7 personnes.
  • Dans les accidents d’avion enregistrés, l’erreur humaine est à 68% la principale cause, la défaillance technique à 20%, la météorologie à 6%, le sabotage à 3%, etc.
  • 51.3% des accidents surviennent à l’atterrissage, 27.5%  en vol, 20.5% au décollage et 0.2% en stationnement.
  • 53.5% surviennent à moins 10km d’un aéroport, 15.6% en plaine, 10.3% en montagne, 9.4% en mer, 1.1% en ville, 0.4% dans le désert, 9.7% en terrain de type inconnu.

Publié dans Libres propos

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