La corde de la discorde

Publié le par melvin

On ne versera pas une larme pour lui. Dans la guerre pétrolière que les Etats-Unis livrent à l’Irak depuis mars 2003, Saddam Hussein a tout perdu, son pouvoir, son honneur et sa dignité ; ses fils, sa famille et maintenant sa vie. L’ancien dictateur irakien ne mérite pas pour autant de la compassion. Parce qu’il a sa place  dans les poubelles de l’histoire, aux côtés de Hitler, de Pol Pot et de tous les autres autocrates sanguinaires qui ont hanté le 20e siècle. Saddam Hussein a dirigé l’Irak d’une main de fer pendant 35 ans, faisant assassiner tous ceux qui pouvaient représenter une menace pour son pouvoir sans partage. Il n’hésita pas à massacrer la population de villages entiers chez les Chiites du Sud et les Kurdes du Nord qui s’essayaient à la révolte. Fallait-il pour autant exécuter le Raïs, et répondre à la barbarie par la barbarie ?

 

L’image qui fait actuellement le tour du monde, d’un Saddam Hussein suspendu à son gibet, met mal à l’aise. On ne saurait applaudir cette exécution. Et pas seulement par principe et parti pris contre la peine de mort. La pendaison de l’ancien dictateur ne fera pas oublier qu’il ne fut point appréhendé pour ses crimes avérés contre l’humanité, mais plutôt à la suite d’une guerre menée contre son pays pour des motifs que l’histoire a déjà jugé fallacieux, comme la construction d’armes de destruction massive. Elle ne fera pas non plus oublier que son procès fut une vraie parodie de justice, instrumentalisée par l’occupant américain et sans qu’on lui reconnaisse le simple droit de bénéficier d’une défense digne de ce nom.

 

Par-dessus tout, l’exécution hâtive de Saddam Hussein, un jour saint chez les musulmans, soustrait le Raïs à la justice. Paradoxalement. Comme si cela en était finalement l’objectif, elle empêche de faire la lumière sur un passé douloureux, de Alfa à Haladja, en privant le monde d’un procès global sur d’autres horreurs pour lesquelles le Raïs était poursuivi et qui n’allaient pas manquer de mettre à nue les complicités de l’Occident. Saddam Hussein était un autocrate, mais un dictateur bien utile aux Européens et aux Américains qui s’en servaient pour combattre l’Iran de l’Ayatollah Khomeiny et lui fournissaient pour les besoins de la cause, le matériel militaire qu’il voulait, et ces fameuses armes chimiques dont il ne manqua pas de faire l’usage qu’aujourd’hui l’histoire lui reproche.

 

En ce début de 21e siècle, Saddam Hussein est donc la mauvaise conscience d’une société occidentale messianique et prétentieuse. Mais une société, comme le disait Albert Camus, subitement rendue aux épouvantes primitives, et où toute équité comme toute dignité, ont disparu. En trois ans d’une guerre atrocement injuste, l’Amérique de Bush a transformé l’Irak en une vaste boucherie, une sorte de chaos explosif où selon un rapport de l’Onu, en moyenne 100 Irakiens meurent chaque jour qui passe, de mort violente dans les combats contre l’armée américaine d’occupation, ou dans la guerre civile, au point de faire regretter à beaucoup, l’Irak de Saddam. Mais, de toutes ces personnes arrachées à la vie et du crime de destruction de l’Irak, personne demain ne répondra. Surtout pas les Américains qui en sont responsables. Les crimes contre l’humanité sont une notion juridique aux contours flous, qui s’apprécie en fonction des origines de leurs auteurs.

 

Publié dans Libres propos

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J. Bisson 11/01/2007 14:48

J'ai la même envie que vous : exprimer mes convictions sur le monde, sur les cultures et les richesses culturellesqui révèlent beaucoup des mentalités...Je partage, à quelques mots près, ta teneur de votre articlesur la mort de Saddam Hussein.Je reviendrai, sans doute sur votre site!