A la gloire des communicants
La montagne a finalement accouché d’une souris. Annoncé depuis des mois comme le sommet de l’élection présidentielle française de 2007, le face-à-face Sego – Sarko n’a finalement pas tenu ses promesses. Il n’entrera pas dans l’histoire comme un classique du genre. Il n’avait pas ce souffle, ce relief et cette magie qui emballe, captive et emporte l’adhésion. Rien à voir avec les Giscard – Mitterrand de 1974 et 1981, ni même le Mitterrand – Chirac de 1988. On attendait une confrontation de projets sur l’avenir, on a eu droit à un choc de personnalités : Ségolène, humaine et généreuse, Sarkozy, technocrate et pointilleux. La confrontation s’est muée en un dialogue de sourds qui a éclipsé le débat, ennuyeuse discutaillerie parfois, longue chamaillerie surtout.
Pour en faire un débat, il a manqué à ce face-à-face un modérateur. Absents et révérencieux, les journalistes commis à la tâche semblaient faire partie du décor lumineux. A aucun moment, ils n’eurent la main, ni sur le timing, ni sur les échanges, même lorsque ceux-ci volaient bien bas. On pourrait penser que les règles de ce face-à-face leur interdisaient l’irrévérence, pour ne pas paraître partiaux. Mais, ce serait ignorer que la presse française ne fut pas bien différente durant cette campagne électorale. Docile, le contre-pouvoir qu’elle fut jadis, a renoncé à son devoir citoyen d’impertinence, pour se muer en simple support des pouvoirs.
Egalement, pour faire de ce duel télévisé un grand moment politique, il a peut-être manqué de vrais présidentiables : deux candidats ayant le sens de l’histoire, une vision de l’avenir, un dessein pour la France, et même, pourquoi pas, habitant déjà la fonction. Sarkozy, a fait montre d’une certaine maîtrise technique des dossiers, comme pourrait l’être un bon Premier ministre. Ségolène, quant à elle, confuse et vague, n’est pas parvenue à mettre fin au procès en déficit de compétence, publiquement ouvert contre elle.
L’élection présidentielle de 2007 marque décidément la fin des monstres sacrés de la politique française ; ces hommes, fondateurs ou fédérateurs, ayant une grande idée de leur pays, et sachant la faire partager par le peuple pour le porter vers l’avenir. La France entre dans l’ère des communicants où l’opinion fait les politiques. Une époque où l’image et la forme priment sur le programme et le fond, et où les sondages prennent le pas sur le suffrage universel et imposent un candidat à un parti et un président à un pays.
Des Grecs, jadis, demandaient au sage au Solon : « quelle est la meilleure constitution ? » Il leur répondait : « dîtes-moi d’abord, pour quel peuple et à quelle époque ? » Certains choix fondamentaux dépendent donc de l’époque où on les fait. Aujourd’hui, à l’ère des communicants, l’autorité de De Gaulle suffirait-elle à le faire élire président en France ?