L'ancien frère et les nouveaux amis

Publié le par melvin

Pascal Affi Nguessan était à Douala. A la tête d’une importante délégation du Front populaire ivoirien, le parti de Laurent Gbagbo qu’il préside, l’ancien Premier ministre de Côte-d’Ivoire est venu à la rencontre de ses nouveaux amis de L’Union des populations du Cameroun. Les deux partis politiques, le Fpi et l’Upc,  ont ainsi tenu un meeting commun dans la capitale économique, dans le cadre de ce qu’ils ont appelé la ‘’Journée de solidarité entre le peuple camerounais et le peuple de Côte-d’Ivoire’’.

 

Belle récompense pour l’Upc canal historique, dont le soutien à Laurent Gbagbo est constant et clairement affiché depuis le début de la crise ivoirienne. Chaque fois que les développements de cette crise le recommandent, l’Upc prend position en faveur du camp présidentiel ivoirien, auprès de l’opinion, ou en interpellant l’Union africaine et le Conseil de sécurité de l’Onu. Les héritiers de Um Nyobe considèrent que Laurent Gbagbo est le président légitime et légal de Côte-d’Ivoire, élu démocratiquement à l’issue d’élections multipartites, non organisées par lui et que son parti a gagnées. Ils exigent le désarmement immédiat de la rébellion, appellent l’Union africaine à s’opposer à la déstabilisation de la Côte-d ’Ivoire et demandent à l’Onu de faire échec à la tentative de recolonisation de l’Afrique par la France , à travers le cas ivoirien.

 

Les dirigeants du camp présidentiel ivoirien ont été les premiers surpris de la mobilisation en leur faveur de l’Upc qui n’entretenait pas de relations particulières avec le Fpi. Du Cameroun, ils auraient espéré un tel soutien déterminé du parti frère, le Sdf de John Fru Ndi. Jamais formation africaine ne leur a été aussi proche que le Social Democratic Front.  Du temps de l’opposition, même lorsque Fru Ndi lui faisait des infidélités en se rendant chez le président Bédié, Laurent Gbagbo lui restait attaché , l’accueillant à bras ouverts à Abidjan et payant de sa personne lors d’événements organisés par le Sdf au Cameroun. Après son élection à la présidence ivoirienne en octobre 2000, l’une des premières pensées de Gbagbo fut pour le chairman. « J’espère que mon ami Fru Ndi sera bientôt élu président au  Cameroun », déclara-t-il dans une interview qu’il m’accordait au lendemain de son triomphe. Son amitié avec le leader du Sdf méritait bien que le nouveau président ivoirien risquât un incident diplomatique avec le Cameroun. Pour ne parler pas de ces cadeaux de Cocody qui ont dû faire des heureux à Ntarikon.

 

Mais, comme on le dit, certaines générosités sont si grandes qu’elles ne peuvent être payées que par l’ingratitude. L’amitié de Laurent Gbagbo pour le Sdf et son leader est de ces générosités-là, finalement mal récompensées. Depuis 2002 que le père du Fpi est en proie à une rébellion aux multiples facettes, et a besoin de soutiens tant internes qu’externes, John Fru Ndi et son parti sont aux abonnés absents. Un vieux proverbe turc dit : « qui tombe n’a pas d’amis. Trébuchez seulement et regardez ». Laurent Gbagbo apprend à le savoir. Plus il titube, plus le chairman et ses troupes font les morts.

 

Le silence de Ntarikon est d’autant plus coupable que, même Paul Biya, peu suspect de sympathie envers l’ami de son ennemi, a dû venir au secours du président ivoirien. On le sait, le gouvernement camerounais a sauvé le fauteuil de Laurent Gbagbo, en défendant la constitution ivoirienne et la prééminence du président sur le Premier ministre, lors du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine en octobre dernier à Addis-Abeba. Normal, le prince se devait bien de rester logique dans sa logique.

 

Aussi opposés soient-ils l’Upc et le régime Biya sont fidèles chacun à ses valeurs et à ses principes. L’engagement panafricaniste de l’Upc, contre le néocolonialisme et pour l’indépendance véritable de l’Afrique, lui recommande de soutenir Laurent Gbagbo, sans réserve. Tandis que le discours permanent du régime Biya sur le respect des institutions républicaines, l’oblige à voler au secours du président ivoirien en proie à une rébellion. Et le Sdf, à quels principes et à quelles valeurs est-il attaché ? Il n’est pas de gauche comme l’Upc, ni de droite comme le régime Biya. Ni panafricaniste, ni françafricain non plus. Il agit un peu par opportunisme, à la manière d’un homme d’affaires qui sait fleurer le bon filon et l’abandonner quand le vent se met à tourner.

 

Je discutais récemment de ce lourd silence du Sdf, avec  un hiérarque du Social Democratic Front, membre du Nec et ancien candidat malheureux aux législatives de 2002 à Douala. Son argumentation en dit long sur sa connaissance du dossier ivoirien et sur l’épaisseur idéologique du Nec le plus ultra de Ntarikon. Il explique que : 1-il est vain de s’engager dans un bras de fer avec la France , le rapport de force lui étant favorable, elle finira tôt ou tard par imposer ses choix en Côte-d’Ivoire. 2- il est gênant de soutenir Gbagbo parce qu’il est mal élu, s’est entouré d’une jeunesse criminelle, et s’accroche au pouvoir par peur d’aller à des élections qu’il perdra sans doute, son parti ayant en Côte-d’Ivoire la même importance que l’Udc de Ndam Njoya au Cameroun.

 

Décidément, les partis politiques sont à l’image des Etats qu’ils aspirent à gouverner : ils n’ont pas d’amis éternels, ils n’ont que des intérêts éternels.

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Côte-d'Ivoire

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africaob 19/12/2006 19:38

Je suis d'acord avec Melvin.
En fait , le niveau politique des cadres et militants du SDF est très bas pour leur permettre de comprendre les enjeux de la crise en Côte d'ivoire et les lecons qu'on pourrait en tier pour le Cameroun et l'Afrique!
Ensuite, pendant les élections de 2000 en CI, les gens de Fru Ndi en Cote d'ivoire , combattaient Gbagbo et soutenaient Alassane Ouattata. Je suis à l'aise pour en parler puisque j'étais présent en Côte d'Ivoire lors des évènements.
Mais , comme tout bon camerounais, l'opportunisme et les calculs ont commencé dès que Gbagbo a chassé Guei du pouvoir. Les gens de Fru Ndi en Ci ont accouru vers Gbagbo qui pour solliciter une intervention pour un visa, qui pour de l'argent!

Denis 19/12/2006 14:11

Je suis d'accord avec ce commentaire. Fru Ndi n'est ni de gauche, ni de droite, il est en permanence dans la bêtise. Merci