Mes visiteurs

Publié le par melvin

Ils m’ont rendu visite. Peut-être parce que je suis resté gentil avec les loubards de mon quartier, peut-être aussi parce que je suis l’un des gros contributeurs du Comité d’auto - défense qui supplée à l’absence de la Police à Kotto Bloc, je me sentais invulnérable. Mais, les choses qui n’arrivent qu’aux autres ont fini par m’arriver cette nuit.

 

 

 

Entre 2 heures (heure à laquelle j’ai enfin éteint la télé pour aller me coucher) et 6 heures (l’heure à laquelle la ménagère a constaté les dégâts en se réveillant), des individus, sans doute peu recommandables, sont parvenus à s’introduire chez moi. Manifestement, ils ont escaladé la barrière, puis ont sectionné les anti-vols de la fenêtre d’une pièce qui me sert de bureau, pour accéder à l’intérieur de la maison.

 

 

 

Je ne déplore pas de dommage physique, ni sur moi, ni sur mon épouse, mon fils et la ménagère. En revanche, mes visiteurs sont devenus d’heureux propriétaires de quelques biens auxquels je tenais : un ordinateur portable (le deuxième que l’on me vole en l’espace d’un an), un Home Cinéma de valeur, un téléphone portable et une somme en espèces de 320 000 francs cfa. Soit près de 2 millions de francs envolés. Le fruit de mes économies, de longs mois de travail et de nombreuses privations.

 

 

 

Heureusement que je gare ma vieille Nissan Bluebird dans un parking public. Je serais sans doute redevenu piéton. Encore heureux que mes visiteurs ne sachent pas la valeur des livres ; ils m’auraient délesté de quelques titres précieux. A la simple vue du joli coupe – coupe qu’ils ont abandonné dans la cour, je me dis que nous avons de la chance, mes proches et moi, de dormir du sommeil du juste. Autrement, j’aurais sans doute été tenté de défendre mes biens, les mains nues. Et qui sait, je ne serais  peut-être plus là à animer ce blog.

 

 

 

Ce matin, j’ai appelé mon téléphone volé la nuit. Et j’ai pu converser un instant avec un de mes visiteurs. Le téléphone sonne, parce qu’ils ont quand même le courage de l’utiliser. Ils me narguent :

 

 

 

-          C’est qui ? me demande le visiteur.

 

 

 

-          Je suis le monsieur dont vous avez cambriolé la maison cette nuit.

 

 

 

-          Ah ok ! Merci pour tout.

 

 

 

Fin de la discussion. Le visiteur a raccroché.

 

 

 

Au commissariat où je vais déposer une plainte contre X, pour le cas où, par hasard, on mettrait la main sur mes visiteurs, un inspecteur de police en jupons me vend à 1200 fcfa, un timbre fiscal de mille francs, après m’avoir toisé de haut en bas et de bas en haut, et me demande de repasser mercredi pour avoir le numéro de ma plainte. Rien que ça. Un officier qui passe par là et sent la colère monter en moi, ruine mes derniers espoirs en me demandant de prier. Mon cas est désespéré, il ne sera pas une priorité,  m’explique-t-il nyangalement. Il faudrait un vrai miracle pour que l’on retrouve mes visiteurs ou mes biens. Et pour cause, le commissariat est débordé.

 

 

 

La police camerounaise a besoin à moyen terme d’un minimum de 70 000 policiers pour atteindre l’objectif d’un policier pour 200 habitants de l’ambitieux projet de ‘’police de proximité’’. Or, il y a 5 ans, cette police ne disposait que de près de 10 000 agents. Depuis, quelques 6000 nouveaux policiers ont été recrutés, ou sont en voie de l’être. Mais, le gap reste important. Il faudrait encore recruter 54 000 nouveaux policiers, voire plus, si l’on considère, selon les études de la Délégation générale à la Sûreté nationale qu’il va falloir mettre 7000 policiers en retraite d’ici 5 à 10 ans. Moralité : ne comptez pas sur l’Etat pour votre sécurité ; organisez-vous !

 

 

 

Alors, à quoi sert l’Etat ? A rien évidemment. Il y a longtemps que l’Etat est mort au Cameroun. J’ai beau chercher, je ne vois pas son utilité au quotidien. Il a démissionné de tout. Tout est privatisé, la sécurité, la santé, l’école, les routes. Quelles sont donc les priorités de notre Etat et à quoi utilise-t-il les lourds impôts que nous lui payons ? Ces 10 dernières années, le budget de l’Etat camerounais a encaissé pour environ 15 000 milliards de francs cfa. Il n’y a malheureusement rien de visible qui ait jamais été fait avec tous ces milliards.

 

 

 

15 000 milliards de francs, c’est tout de même 15 millions de millions de francs cfa. C’est beaucoup d’argent. Au lieu de donner ce pactole à un Etat qui sert à pas grand-chose, on aurait pu redistribuer ces millions aux 15 millions de Camerounais que nous sommes. Chacun de nous, même les bébés, aurait reçu 1 million de francs cfa. Et, si mes visiteurs avaient été millionnaire chacun, je ne pense pas qu’ils se risqueraient à cambrioler la nuit, de paisibles maisons de ceux qui ne gagnent leur pain qu’à la sueur de leur front.

 

 

 

Publié dans Libres propos

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