La mangecratie

Publié le par melvin

Il ne tombera pas seul. Poursuivi pour des détournements de deniers publics évalués à près de 29 milliards de francs cfa, en quatre ans, le baobab Gérard Ondo Ndong veut entraîner quelques bananiers dans sa chute. Le baron de la Vallée du Ntem ne comprend pas au nom de quelle raison d’Etat, il devrait être la victime sacrificielle d’un système général de prévarication. Alors, tant qu’à faire, il mouillera tous ceux qui méritent de l’être.

 

 

A commencer par les membres du Conseil d’administration du Feicom. Ils l’ont bien aidé à piller cet établissement public dont ils étaient chargés de garantir la bonne gestion. Bien que les textes régissant le fonctionnement du Feicom disent clairement que les fonctions de membre du conseil d’administration sont gratuites, ces membres n’ont pas pu s’empêcher de s’octroyer de costauds émoluments : 375 000 fcfa par mois et par administrateur, un million de francs par membre et par cession du conseil d’administration. Emoluments auxquels venaient s’ajouter de temps à autres, les largesses légendaires du Dg qui, un jour, offrit une prime spéciale de 12 millions de francs à deux administrateurs nouvellement nommés au gouvernement, afin que « le Feicom participe aux réjouissances ».

 

 

Ces largesses allaient au-delà du conseil d’administration. Bien au-delà. Membres du gouvernement comme membres du parti, artistes comme sportifs, venaient s’abreuver à cette source à millions dont la mission est tout de même d’aider les communes camerounaises à financer leurs travaux. Alors que les villes du pays croulent sous de montagnes d’immondices, avec des routes défoncées, le Feicom d’Ondo Ndong finançait des aides et des missions fictives. Et, quand il lui arrivait de s’occuper des problèmes des communes, charité bien ordonnée commençant toujours par soi-même, il finançait en priorité Ambam, la ville natale du Dg et Mvomeka’a, le village du prince. Ambam a ainsi reçu des financements pour 27 projets dont le montant cumulé représente 27 fois la valeur cumulée des financements accordés aux 20 dernières communes financées, dont la plupart ont pourtant une population supérieure à celle de la petite ville d’Ambam.

 

 

Depuis lundi, les feuilles de choix de la place font leurs choux gras de ce déballage en justice. On ne peut pas mieux se donner bonne conscience. Rien de ce qui se dit au Tribunal de grande instance du Mfoundi n’est vraiment nouveau. La gabegie de Gérard Ondo Ndong au Feicom, comme celle de Gervais Mendo Ze à la Crtv , était visible, publique et connue de tous. Mais, elle n’eut presque jamais la moindre place dans les médias nationaux, ceux de l’Etat, comme ceux à capitaux privés. Et pour cause, Gérard Ondo Ndong parlait bien à ceux qui font et défont l’opinion. Il savait les « mettre en mouvement », comme on dit dans le milieu. Dans certaines rédactions, on se battait même pour être de la caravane d’Ondo Ndong. Tout gratte-papier qui rendait visite au Baron de la Vallée , en repartait les poches pleines d’anciens mambas verts. C’est connu, la bouche qui mange ne parle pas, et celle qui parle ne mange plus.

 

 

Demain, si les Alphonse Siyam Siwé, Gilles Roger Belinga et autres, devaient briser la loi du milieu qui est tout de même celle du silence, on devrait s’attendre à en entendre encore de bien bonnes. Car, aucune société d’Etat, ni aucun ministère, n’échappe à ce système qu’il conviendrait de baptiser ‘’mangecratie’’. Un système où la nomination est avant tout une invitation à s’attabler, et où les victoires du parti, donc, la survie du régime, recommandent que chaque invité partage avec son village, la part du gâteau national qui lui est attribuée.

 

 

Le régime va-t-il alors se faire hara-kiri ? Il faut bien croire que non. De son vivant, le régime n’acceptera pas son procès. Il se contentera de manger quelques uns de ses enfants pour ne pas mourir. Il veillera à ce que le déballage et les dérapages du Tgi du Mfoundi ne se contaminent pas à d’autres. « Le patron a contre chacun de nous un dossier personnel », confiait un jour, un gestionnaire public. La justice se contentera donc d’insister sur ces dossiers personnels pour ne pas ouvrir de boîtes à pandores. Comme il y eut l’affaire Engo et non le procès de la gestion de la Cnps , il y aura une affaire Siyam, et non le procès de la gestion du Port autonome de Douala ; l’affaire Belinga, et non le procès de la gestion de la Sic. Et tant pis pour le bon petit peuple qui pense que ces gestionnaires publics sont sanctionnés pour leur mauvaise gestion. Le Cameroun, comme le disait Mgr Jean Zoa, est aujourd’hui dans la situation d’un homme qui est tombé entre les mains des bandits. Ils vont le dépouiller jusqu’au dernier sou.

 

 

Toutes ces affaires de milliards dilapidés ou détournés, achèvent de convaincre que ce pays n’est pas aussi démuni qu’on l’a fait croire. Il y a de l’argent, mais il est l’affaire d’une petite privilégiature. Jean Zoa disait aussi que s’il n’y a pas d’argent, il faudrait qu’il n’y en ait pas pour tous, il s’il y en a, il faudrait qu’il y en ait pour tous. Ce n’est hélas pas le cas.

 

 

 

 

 

 

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Julio 27/12/2006 21:12

Juste une remarque: y a-t-il des chances que les dirigeants actuels du Credit Foncier, de la SIC, du FEICOM ou du PAD soient differents dans leurs pratiques de gestion que ceux qui les ont precedes, et au proces desquels ils sont partie civile?
Lorsqu'on voit le lendemain de la gestion de PD Engo a la CNPS sous le DG actuel, neveu de Popaul, on peut en douter. Il faudra la, comme ailleurs, attendre 'un coup de tete' pour decouvrir que le conseil d'Administration etait muet et complice, ou que les detournements directs et indirects, les violations de toutes sortes de dispositions legales sont legion. Toujours trop tard, et de nul effet sur les causes reelles de ces comportements.