Sois Bell et tais-toi
Toute la ville de Douala en parle. Des amis m’en ont fait un résumé. Jean – Lambert Nnang a affronté Joseph – Antoine Bell sur les antennes de Rfi. Le débat, à ce qu’il semble, a souvent volé bien bas. Normal, en public, chacun s’exprime avec les arguments de son éducation ; celle de certains leur autorise l’outrance et l’offense. Mais, Bell et Nnang, sur le même ring, ce n’est qu’une illusion médiatique. Les deux ne boxent pas dans la même catégorie. L’un est un grand nom du football camerounais, l’autre veut y écrire le sien.
Jean - Lambert Nnang qui n’eut jamais, ni la mémoire d’un Abel Mbengue, ni la verve d’un Abed Nego Messang de regrettée mémoire, a le mérite d’être devenu une référence dans le désert de la télé unique. Il a su se donner un statut de star en côtoyant les vedettes des Lions indomptables et doit aujourd’hui à sa fidélité à Iya Mohamed, d’être devenu le directeur – général d’une Fécafoot qui n’est même pas à la mesure de l’organisation d’un tournoi Interpoules et fait descendre le football camerounais encore un étage en dessous, chaque année.
Pour avoir été un pestiféré dans sa famille d’origine, du fait de son caractère bien trempé, Jean – Lambert m’étonne lorsqu’il reproche à Bell de demeurer critique. Le connaisseur du football qu’on voit en lui me surprend davantage lorsqu’il reprend contre l’ancien gardien des Lions indomptables, des arguments de bistrot du genre : qu’a-t-il déjà fait pour le football camerounais ? Quelles preuves a-t-il déjà faites qu’il peut être un dirigeant de ce football ? Pour ce que Bell a déjà fait, l’histoire ne peut pas être réécrite. Pour ce qu’il peut encore faire, il faut être particulièrement de mauvaise foi pour prétendre qu’il ne peut rien apporter au football camerounais.
Et pourquoi n’y a –t-il qu’à Joseph – Antoine Bell que l’on demande de produire des preuves de ce qu’il peut faire, pour jouer un quelconque rôle dans ce football ? D’autres qui n’ont pourtant pas les mêmes états de service que lui, ont juste besoin de quelque familiarité et des courbettes, pour devenir entraîneur, directeur – général, président, voire ministre. En plus, lorsque Bell fut le capitaine respecté de la grande Olympique de Marseille, avec dans les rangs des joueurs européens de classe internationale tels que les Français Giresse, Papin et les Allemands Klaus Allofs et Förster, au Cameroun, il n’avait pas suffisamment prouvé qu’il pouvait être capitaine des Lions indomptables. On lui préféra Stephen Tataw. C’est tout dire.
Demander des preuves préalables à Bell est une manœuvre, parmi d’autres, pour mieux l’écarter de la gestion du football Camerounais. Après tout, ce pays qui peut tout de même se passer d’esprits aussi brillants que Jean-Jacques Ekindi ou Sanda Oumarou, pour ne citer que ces deux là, n’a pas nécessairement besoin de Joseph – Antoine Bell.
Bell est incontrôlable et gêne beaucoup de gens, et pas seulement dans le petit monde du football camerounais. Son problème c’est d’être brillant, de se montrer le meilleur, en faisant voir que d’autres sont nuls. C’est une sorte de Patton camerounais : un général brillantissime, aimé du petit peuple, mais qui n’eut jamais les faveurs de l’establishment, parce qu’il ne savait pas la fermer.