Chinafrique

Publié le par melvin

Il y avait des sommets France – Afrique et il y aura désormais aussi des sommets Chine – Afrique. Le premier du genre se tient à Pékin ce week-end, dans le cadre de la 3e Conférence ministérielle du Forum sur la coopération sino – africaine. Ce sommet du 3 au 5 novembre qui connaîtra la participation d’une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement africains, dont les présidents Thabo Mbéki d’Afrique du Sud et Olusegun Obasanjo du Nigeria, parmi les plus importants, devrait consacrer le nouveau partenariat stratégique entre la Chine et l’Afrique, basé, dit-on, sur « l'égalité, la confiance mutuelle, et la coopération gagnant -gagnant ».

 

 

On dit souvent que qui se ressemble, s’assemble. Par certains points, l’Afrique et la Chine se ressemblent trop, pour ne pas s’assembler. La Chine est par exemple attachée à sa longue histoire ponctuée d’événements et un style unique, qui ont rendu célèbre sa culture cinq  fois millénaire, tout comme l’Afrique est fière de son héritage culturel et de ses traditions de longue date. De même, la Chine est le pays en développement le plus vaste, tandis que l’Afrique concentre le plus grand nombre de pays en développement. Les deux continents – la chine en est bien un – ont beau être lointains, l’un de l’autre, ils se fréquentent depuis des millénaires.

 

 

En effet, les contacts entre la Chine et l’Afrique ont commencé au IIe siècle avant Jésus - Christ, lorsque un Chinois du nom de Du Huan, de la dynastie des Tang, effectua un voyage dans les pays arabes. Et, depuis Du Huan, l’amitié entre les deux continents a résisté à l’épreuve du temps et à bien de vicissitudes, pour être aujourd’hui une coopération étendue, allant de l’économie à la diplomatie, en passant par la culture et le sport. Selon le gouvernement chinois, le commerce bilatéral sino-africain s’est chiffré en 2005 à 39,74 milliards de dollars, soit pratiquement le double de celui de 2000. Et, au premier semestre de cette année 2006, la valeur du commerce bilatéral sino-africain avait déjà atteint 11,54 milliards de dollars, soit une augmentation de 52% par rapport à la même période en 2005.

 

 

Les échanges entre la Chine et l’Afrique sont donc en perpétuelle augmentation, et se font souvent au grand dam des puissances occidentales dont certaines en pâlissent ouvertement de jalousie. Hier, réservoir de matières premières pour l’Occident, l’Afrique semble aujourd’hui vouloir se donner à la Chine qui a de quoi lui plaire. En effet, la Chine est devenue un géant. Même si on a toujours du mal à la classer parmi les pays développés, elle est tout de même la 6e puissance mondiale en matière de PIB. Et d’ailleurs, si on compte Hong – Kong comme appartenant à l’Empire du Milieu, la Chine est la 4e puissance mondiale, devant la France …

 

 

Avec les Chinois, l’Afrique gagne un fournisseur important et un client riche qui fait tomber sur le continent une pluie d’aides financières, de prêts préférentiels et de programmes de soutien divers. Cumulativement, la Chine a investi en Afrique un total de 6,27 milliards de dollars couvrant les domaines aussi divers que le commerce, l'industrie de transformation, l'exploitation de ressources, les télécommunications, l'agriculture. Dans le cadre de l'aide gouvernementale, elle a réalisé 720 projets clé – en - main pour 49 pays africains. Elle a déjà annulé 1,2 milliard de dollars de dettes contractées par 31 pays du continent.  

 

 

Les Chinois apportent également à l’Afrique leur force de travail très appréciée. L’Empire du Milieu compte actuellement quelque 78 000 ouvriers engagés sur le continent dans la construction des routes, de ponts, de voies ferrées, et autres bâtiments. La Chine est capable de fournir un ingénieur des travaux publics à 100 dollars par mois, soit 100 fois moins cher qu’un ingénieur européen. En plus, l’ingénieur chinois a l’avantage d’être humble ; il ne revendiquera pas la science infuse et ira vivre dans les mêmes quartiers populeux que les ouvriers africains, sans se réclamer d’une race supérieure. Le gouvernement chinois ne donne pas non plus des leçons de démocratie et de bonne gouvernance aux dirigeants africains. Sans compter que la Chine est aussi l’un des 5 membres permanents détenteurs du droit de veto à l’Onu. Et certains pays africains auraient tort de ne pas avoir un tel allié puissant qui peut, sans remords, fermer les yeux sur les violations des droits de l’homme et le mépris de la démocratie.

 

 

Les Africains ont le droit de se retourner vers la Chine. Mais , de là à penser que les Chinois viennent investir sur le continent pour aider l’Afrique, il y a un pas que les Africains auraient tort de vite franchir. Il ne faut pas prendre la Chine pour ce qu’elle n’est pas. Les Chinois ne sont pas de bons samaritains. D’ailleurs, il y a encore des esclaves chez eux ; ce qui en dit long sur leur respect de l’humain. L’Afrique est juste un eldorado qui leur permet de subvenir à leurs besoins de survie et étancher  leur soif de grandeur.

 

 

Besoins de survie d’abord. La poursuite à un rythme accéléré du taux de développement de l’Empire du Milieu condamne la Chine à la recherche effrénée des ressources énergétiques. Elle trouve dans l’Afrique, un réservoir de pétrole accessible et bon marché. Elle va y puiser abondamment. Au passage, elle récupère une partie des yuans dépensés dans l’achat du pétrole, en écoulant sur le vaste marché africain, toutes les chinoiseries sorties de son industrie. Plus encore, le projet de création de tout un quartier chinois dans la ville de Luanda en Angola, laisse penser que certains pays africains pourraient demain servir de colonies de peuplement à la Chine. Il faut quand même garder à l’esprit que l’Empire du Milieu peut envoyer 10 millions de Chinois dans chacun des 53 pays africains et demeurer encore le pays le plus peuplé au monde.

 

 

Soif de grandeur ensuite.   La Chine ambitionne de devenir le pays le plus puissant du monde. Dans cette perspective, l’Afrique peut être un champ d’expérimentation du leadership qu’elle veut se donner. Jusqu’ici, la Chine entretenait des relations bilatérales suivies avec chacun des pays africains pris individuellement. Aujourd’hui, elle se sent la capacité  de leur parler tous ensemble. Il y a ainsi des signes qui ne trompent pas. Il y avait des sommets France – Afrique et il y a maintenant des sommets Chine – Afrique. Et, demain, peut-être, il y aura une Chinafrique comme il y a une Françafrique. En tout cas, l’Afrique étant devenue stratégique pour la survie de la Chine , celle-ci sera de plus en plus tentée de s’ingérer dans la gestion des pays africains. La super-puissance chinoise s’éveille en Afrique.

 

 

Napoléon disait : quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera.

 

 

Publié dans Libres propos

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