Demain c'est pont

Publié le par melvin

Ce lundi 23 octobre 2006 est férié au Cameroun. C’est la fin du ramadan et les musulmans du pays sont en fête après un long mois de jeûne. Les autres Camerounais qui ne s’intéressent au ramadan que pour savoir quel jour il va s’achever, en profitent pour se reposer. En plus, cette année, le jeûne prenait fin un lundi, donc, long week-end garanti. Un jeune inspecteur des Impôts qui m’honore de son amitié est allé passer le sien quelque part à l’Ouest, me prévenant vendredi qu’il ne serait pas de retour avant lundi soir. Son calcul était simple : le ramadan pourrait s’achever lundi ou mardi et, au moins lundi serait férié. Et, dans le pire des cas, la fête aurait lieu dimanche et la journée de lundi serait ‘’automatiquement pont’’. Je n’ai évidemment pas pu le convaincre du contraire. Il avait un argument imparable : « c’est la loi qui le dit » ! Nombre de Camerounais raisonnent d’ailleurs comme mon ami des Impôts. Ce qui me pousse à penser que : 1- les Camerounais ne sont pas toujours au fait de cette loi sur les fêtes légales dont ils se prévalent si souvent, 2 – ce pays a définitivement été mis en congé et ses habitants guettent la moindre occasion pour ne pas aller ‘’travailler’’.

 

Le régime des fêtes légales est fixé au Cameroun par la Loi n° 73/5 du 7 décembre 1973. Cette loi prévoit deux types de fêtes légales : les fêtes légales civiles et les fêtes légales religieuses. Les fêtes légales civiles sont, de façon limitative : le Jour de l’An (le 1er janvier), la Fête de la Jeunesse (le 11 février), la Fête du Travail (le 1er mai) et la Fête Nationale (le 20 mai). Quant aux fêtes légales religieuses, sont considérées comme telles, les fêtes d’inspiration religieuse suivantes : l’Ascension, le Vendredi Saint, l’Assomption (15 août), la Noël (25 décembre), la Fête de la fin du Ramadan et la Fête du Mouton.

 

C’est clair, tous les jours de fêtes légales sont fériés. Quant aux ‘’ponts’’, il faut distinguer selon qu’il s’agit d’une fête légale civile ou d’une fête légale religieuse. Seules en effet les fêtes légales civiles peuvent donner ‘’automatiquement’’ lieu à pont. Au vu de l’article 2 de la Loi n° 73/5 en effet, « lorsqu’une fête légale civile est célébrée un dimanche ou un jour férié, le jour constitutif est assimilé à cette fête du point de vue des conditions de travail et de rémunération ». Quant aux fêtes légales religieuses, elles ne donnent lieu à pont que si le président de la République le veut. Au vu de l’article 3 de la loi en effet, « lorsqu’une fête légale religieuse est célébrée un dimanche ou un jour férié, le président de la République , peut, par arrêté, déclarer férié non chômé le jour consécutif ».

 

Et encore, il est important de noter que le chômage est obligatoire pour l’ensemble des travailleurs uniquement pour les jours de fêtes légales civiles et il n’est pas obligatoire les jours de fêtes légales religieuses. On peut donc aller travailler le jour de la fête du Ramadan ou de la Noël par exemple. Mais combien de Camerounais sont prêts à y aller ?

 

En dehors des fêtes légales, il peut arriver que le prince déclare un jour férié de façon tout à fait discrétionnaire, peut-être pour célébrer une victoire des Lions, lorsqu’ils sont indomptables, peut-être aussi pour obliger la nation à suivre à la télévision son investiture à la magistrature suprême, comme ce fut le cas un 3 novembre 1997, en attendant, pourquoi pas, d’avoir un férié pour célébrer l’anniversaire du prince. Ce jour – là sans doute, le prince aura la majorité des Camerounais derrière lui. Seulement, on  n’imagine pas ce que ces fériés chômés coûtent aux entreprises et à l’économie du pays. Même le Gicam n’ose pas chiffrer ces pertes – là.

 

Je me souviendrai encore longtemps de cette journée de février 2000. Les Lions, alors impitoyables, venaient de déplumer les Aigles du Nigeria à domicile, pour remporter leur troisième Coupe d’Afrique des nations. J’avais regardé cette finale à la télé en compagnie de Alphonse Bibehe, l’alors flamboyant directeur général de Siac – Isenbeck. A peine l’arbitre avait-il  sifflé la fin de la partie que déjà, le Dg Bibehe bondissait sur son téléphone pour demander à son directeur des ressources humaines de faire diffuser un communiqué demandant aux personnels de la Siac de se rendre au travail le lendemain, férié ou pas.

 

Je crois qu'il avait raison de refuser de construire des ponts sur le calendrier, au lieu d'en construire sur les cours d'eau du pays qui en ont tant besoin.  Ce n’est pas en refusant d’aller au travail que les Camerounais développeront leur pays. En ces temps où feymania, détournements de deniers publics et corruption sont érigés en voies de ‘’réussite’’ sociale, il faut réapprendre aux Camerounais les vertus du travail, car c’est le travail seul qui empêchera ce pays de sombrer. A mon avis, il faut revoir la loi 73/5 pour en exclure toutes les possibilités de pont, et transformer certaines fêtes légales à l’instar de la fête de la jeunesse par exemple, en journée d’engagement de la jeunesse aux travaux d’intérêt public comme jadis l’opération sahel vert par exemple et ainsi, amener les jeunes à croire en leur pays et en eux-mêmes,  au lieu de rêver d’un hypothétique meilleur ailleurs. Pourquoi d’ailleurs ne réhabiliterait-on pas  la demi-journée de travail du samedi matin supprimée en 1987 ? Il y a tant de choses à faire dans ce pays et on n’en a fait que si peu. Personne ne viendra les faire à la place des Camerounais.

 

Publié dans Libres propos

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