Coup de pouce à Gbagbo

Publié le par melvin

On ne saura peut-être jamais pourquoi Paul Biya ne s’est pas rendu à Addis-Abeba le 17 octobre, où il devait diriger la réunion des 15 chefs d’Etat membres du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine dont le Cameroun assure la présidence tournante en ce mois d’octobre 2006. Peut – être que son état de forme ne lui permet plus de participer à ce type de réunion marathon. Peut-être aussi qu’il ne souhaitait pas avoir à répondre aux coups de fil intempestifs de Jacques Chirac, qui a fait de cette réunion consacrée à la Côte-d ’Ivoire, une affaire personnelle. Toujours est-il que le président camerounais qui snobe les discutailleries africaines, s’est fait représenter à cette réunion par son ministre des Affaires étrangères, Jean – Marie Atangana Mebara. Donnant ainsi à Denis Sassou Nguesso, président en exercice de l’Union africaine, la possibilité de diriger cette réunion cruciale et d’imposer les vues chiraquiennes qu’il était allé recueillir quelques jours plus tôt à Paris.

 

 

On le sait, à défaut d’écarter purement et simplement Laurent Gbagbo du pouvoir en Côte-d’Ivoire, Jacques Chirac veut en faire une sorte de reine d’Angleterre ayant les mains liées pour combattre la rébellion et libres pour faire sa ‘’paix’’. Dans le cadre d’un arrangement politique imaginé à l’Elysée, la constitution ivoirienne serait suspendue et le président ivoirien serait dépouillé de tous ses pouvoirs, qui reviendraient à un Premier ministre non élu, qui aurait le droit de nommer aux emplois civils et militaires et qui gouvernerait le pays en signant des ordonnances et des décrets-lois.

 

 

Dans un conclave dominé par la présence majoritaire de chefs d’Etat acquis à la France - Bongo, Compaoré, Sassou, Wade - , la ligne chiraquienne a failli passer comme une lettre à la poste. Et Laurent Gbagbo doit finalement au Cameroun de n’avoir pas été totalement dépouillé de ses pouvoirs. De sources ivoiriennes dignes de foi, c’est le ministre camerounais des Affaires étrangères qui aurait ouvert la ligne de résistance contre l’initiative visant à la suspension de la constitution ivoirienne. « Je ne comprends pas très bien pourquoi vous demandez la suspension de la Constitution de Côte d’Ivoire. La Constitution , c’est l’âme d’un pays. Dites-moi lequel des pays ici présents ou représentés n’a pas de Constitution ?», aurait-il demandé aux chefs d’Etat, les laissant perplexes et totalement désarmés. Le Cameroun a ainsi préservé la constitution ivoirienne qui, on le sait,  sert de bouclier à Laurent Gbagbo contre ceux qui veulent l’écarter du pouvoir.

 

 

Davantage, Jean-Marie Antagana Mebara, précisant qu’il s’agissait là d’une exigence du président camerounais, Paul Biya, se serait opposé à ce que le Premier ministre ivoirien ait tout seul le pouvoir de signer des ordonnances et des décrets, c’est-à-dire de gouverner sans contre-pouvoir et d’être le maître absolu du pays. Sur proposition du Cameroun, le Conseil de Paix et de sécurité a donc retenu que : « dans l’accomplissement de sa mission, le Gouvernement peut, en toutes matières, prendre, en Conseil des Ministres, des décisions par ordonnance ou décrets-lois». On note bien qu’il s’agit du « gouvernement » où tous les belligérants ivoiriens sont représentés et pas du Premier ministre tout seul. Et, « en conseil des ministres ». Or, les conseils des ministres sont présidés par le président de la République. Par conséquent, aucune décision majeure ne pourra être prise par le Premier ministre, qui n’ait été discutée en présence du président Gbagbo et de ses partisans, et donc, qui n’ait été approuvée par lui.

 

 

Le coup de pouce du Cameroun à Laurent Gbagbo est par conséquent manifeste. On se doute bien que ce n’est pas par amitié que Paul Biya a volé au secours de cet ancien opposant fougueux qui fut jadis le copain de son farouche adversaire, John Fru Ndi. Ce n’est pas non plus par défiance à l’égard de la France. Peut – être qu’on ne saura jamais non plus, si le président camerounais a ainsi agi, par rejet de l’injustice ; pour préserver la loi, les institutions républicaines et la démocratie contre un coup de force ; ou tout simplement pour ne pas faire à autrui ce qu’il ne souhaiterait pas qu’on lui fît.

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Côte-d'Ivoire

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Bertrand 24/10/2006 10:34

On verra si le Conseil de sécurité suivra les résolutions africaines.