Le moindre pire

Publié le par melvin

Lequel des deux Founding Fathers  l’emportera ? John Fru Ndi et Bernard Muna se disputent le corps en décomposition du Sdf. L’un a tenu le congrès de son Social Democratic Front à Bamenda, l’autre le sien à Yaoundé. Ils multiplient désormais manœuvres et procédures, afin de s’attirer les faveurs de leur ennemi commun, le régime Rdpc qui est appelé à arbitrer cette guerre fratricide. En panne d’idées et essoufflé par le passé et le passif d’une décennie d’un difficile combat infructueux, John Fru Ndi donne l’impression, dans cette bataille de trop, de vouloir coûte que coûte s’accrocher à son statut de chairman - entendez, président de l’opposition -, à partir duquel il est pourtant aujourd’hui évident qu’il ne peut plus faire avancer la lutte pour la démocratie au Cameroun.

 

 

Si au Sdf de Bamenda, le slogan à la mode n’était pas le ‘’politik no bi book’’ (la politique ce n’est pas l’école), Fru Ndi aurait pu voir en Muna, non pas un ennemi, mais, la deuxième génération de dirigeants du Sdf qui prendrait de ses mains, le flambeau de l’opposition, pour le porter plus haut, avec d’autres arguments. Bernard Muna, c’est un peu le fils que Fru Ndi et feu Siga Asanga auraient pu faire ensemble. Chez le premier, il aurait pris les dons d’orateur qui sait apporter au petit peuple la bonne parole du changement. Du second, il aurait hérité du sens des valeurs et de la grande capacité d’analyse et de proposition.

 

 

Indéniablement, l’ancien Bâtonnier de l’ordre des Avocats du Cameroun, a des atouts que nombre d’acteurs de la scène politique camerounaise lui envieraient. Anglophone, mais francophile, il est né au pouvoir et a grandi dans la contestation. Tour à tour, journaliste, magistrat et avocat, il a des états de service qu’il a fait falloir sur le plan international, notamment au Tribunal pénal international pour le Rwanda dont il a été le procureur général adjoint. Son réseau d’amitiés et de connaissances, laisse croire qu’il pourrait amener à la politique camerounaise, le maillon qui lui fait défaut : les classes moyennes. Bernard Muna a juste besoin d’un appareil politique solide pour apparaître demain comme une alternative crédible au régime Rdpc.

 

 

Il ne devrait par conséquent pas s’attendre à ce que le pouvoir de Yaoundé lui fasse un tel cadeau en lui apportant le Sdf sur un plateau en or. A mon avis, le régime Rdpc arbitrera la guerre fratricide des Founding Fathers en faveur de Fru Ndi et du Sdf de Bamenda. D’abord, parce qu’il l’a toujours fait ; chaque fois que Fru Ndi était en proie à des difficultés internes au Sdf, le pouvoir de Yaoundé a volé à son secours. Je ne vois pas de raison pour qu’il n’en soit pas de même cette fois encore. Après avoir atomisé l’Upc et aidé l’Undp à se saborder, le régime Rdpc ne veut pas donner l’impression de vouloir fragiliser ou détruire Fru Ndi. Il n’y a d’ailleurs aucun intérêt. John Fru Ndi est l’opposant que Paul Biya s’est choisi. Il incarne une opposition limitée, prévisible et sans perspectives. C’est le moindre pire dont le régime a fini par bien s’accommoder. Alors, pourquoi changer, juste pour changer ?

 

 

Après avoir demandé qu’on s’apaise et qu’on se taise, je doute fort que Biya se fasse à l’idée d’un nouveau challenger. Fru Ndi et lui, c’est nos Laurel et Hardy à nous. Un duo loufoque qui marche à la force des différences. L’un ne survivrait pas à la disparition de l’autre. Sans Biya, Fru Ndi perdrait son fond de commerce et n’existerait plus. Privé de Fru Ndi, Biya se retrouverait face au vide, et rien ne lui fait autant peur que d’imaginer la force de résistance qui pourrait naître de ce vide. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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