Yves - Michel et la Camair

Publié le par melvin

Plus rien ne semble pouvoir sauver la Camair. Dans sa forme actuelle, la compagnie camerounaise de transport aérien est appelée à disparaître très bientôt. Au plus tard en août prochain, le gouvernement camerounais aura choisi le partenaire stratégique de la nouvelle compagnie nationale. Ce sera Royal Air Maroc  ou SN Brussels, qui disposera alors de 51% des actions de la compagnie à créer.
Après la Camship, la Régifercam, la Sonel - et en attendant d'autres demain-, voilà encore un symbole des grandes ambitions camerounaises des années 70 qui s'écroule; un autre fleuron de notre économie qui tombe entre les mains des capitaux étrangers. Sommes-nous donc à ce point incapables, qu'il faille confier la gestion de notre 11e province à des étrangers?
Des amis avec lesquels j'en discutais le week-end, croient savoir que si on avait laissé travailler Yves-Michel Fotso, il serait parvenu à redresser la Cameroon Airlines. Je ne suis pas du même avis. Je crois que le fils Fotso a réellement eu les mains libres pour mener la Camair à bon port. Aucun autre dirigeant de cette compagnie n'a d'ailleurs jamais eu un tel  pouvoir. Pour la moindre décision, achat, location ou vente d'avion, suppression ou ouverture d'une ligne, licenciement ou recrutement de personnel, ses prédécesseurs devaient s'en réferer à la tutelle gouvernementale qui savait se montrer encombrante. Yves-Michel Fotso lui, était souverain, au point de disposer librement des 30 milliards Fcfa payés par les assureurs après la perte douloureuse de notre cher Boeing 747 Combi.
YMF décidait et agissait, sans s'en référer à la tutelle, et prenaît même souvent des libertés avec le Conseil d'Administration de la Camair, par exemple, en nommant des directeurs et assimilés, prérogative pourtant exclusivement dévolue au Conseil d'Administration. Mieux, il a pu bénéficier d'un contexte favorable, avec les faillites de Air Afrique, Swissair, Sabena, voire Lina Congo, qui offraient à la Camair de belles opportunités d'affaires.
Pour autant, Yves-Michel n'a pas fait mieux que ses prédécesseurs. Il a laissé la Camair dans le même état  de quasi faillite où il l'avait trouvée en 1999:  0 avion en propriété à son départ, contre 1 à son arrivée. 100 milliards fcfa de dette à son départ, contre une soixantaine avant lui; avec en prime, des menaces d'exclusion du Clearing House, d'interruption de livraison de carburant, de suspension des prestations d'Asecna et de résiliation des assurances avion.
Je reste convaincu que Yves-Michel Fotso était animé de bonnes intentions à son arrivée. Il avait d'ailleurs, en quelques mois de gestion, remarquablement redonné espoir à la Camair moribonde. Je pense même qu'il avait de grandes ambitions pour la compagnie nationale, comme en attestent sa volonté de faire de Douala un hub et la modernisation à grands frais du satellite B de l'aéroport international de Douala. Là réside sans doute la raison de son échec.
YMF a eu tort de minimiser la complexité de sa tâche, de confondre vitesse et précipitation, comme on dit. Il s'est trompé de mission: il devait restructurer et redresser, c'est-à-dire faire des économies; il a plutôt fait de l'expansion et donc multiplié les charges. Il a par exemple ouvert de nouvelles lignes dont la rentabilité n'était pas garantie. Etait-il par exemple judicieux de réouvrir la ligne de Londres dont YMF disait lui-même - avant le décret le nommant-,  qu'elle n'offre à la Camair que 2 passagers par vol? Or il fallait bien louer des avions, pour desservir ces lignes structurellement déficitaires.
En 2002, la Camair avait sur 3 ans, des engagements de 107 milliards fcfa sur ces avions en location. Soit plus de 30 milliards fcfa à payer annuellement! Autant dire qu'elle n'existait plus que pour payer les loyers de ses avions. Le président du Conseil d'Administration d'alors, feu Etienne Ntsama, qualifiait les erreurs de stratégie de Yves -Michel Fotso de "gestion commerciale et technique aventureuse".

Publié dans Libres propos

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Charles ATANGANA 25/06/2006 22:49

Tres cher, je suis ravi par le simple fait d`avoir pense et imagine ce que tu fais la. Et surtout le fait de dire que tu dis ce que tu penses. Alors s`agissant de la Camair, je ne pense pas que Yves-Michel Fotso ait eu les mains entirement libre pour la gestion de la Camair. Par contre je pense que le gouvernement a cette epoque voulait experimenter une nouvelle approche de gestion des entreprises publiques. C`est une gestion privee dans une entreprise publique avec une obligation de resultat. Et ce que Yves-Michel Fotso n`a pas reussi a faire c`est cette conjonction de competences. Alors meme qu`il en avait les moyens de le faire. Il est juste tomber dans la meme facilite de gestion comme Niat et Obough. Parce qu `a aucun moment YMF n`a utilise les canaux officiels pour demander a l`Etat de remplir ses devoirs alors meme que les caisses de l`Etat etaient en surliquidite..La liberte de gestion n`excluant pas le controle de la hierarchie dans le cas d`espece. Il est vrai que seul en dehors de tout ce que l`on peut dire aujourd`hui Yves connait ce qui s`est passe et ce qu`il a voulu faire de cette perche a lui donnee par le chef de l`Etat en personne..Mettons de cote les clivages ethno-politques, YMF avait-il lui meme mesure l`ampleur de la mission qui lui avait ete donnee?. Faire obstacle aux missions de controles de la gestion de la compagnie apparait aux yeux des uns et des autres comme une preuve a trop vouloir cacher quelque chose.. Ancien du college Sacre-Coeur de Makak, nous y avions cru...

JVT 24/06/2006 19:24

BONNE IDEE QUE CE BLOG.
J AI BEAUCOUP APPRIS DANS LES 2 1ERS ARTICLES. JE REVIENDRAI

René Dassie 24/06/2006 19:23

Hello Melvin! bravo pour avoir créer un bloc qui je l'espère, va faire la différence d'avec les sites d'infos camerounais, dont les débats n'attirent que des chiffonniers. Le ton est souple mais le propos profond; les intervenants vont certainement suivre la même ligne. Je suis d'accord avec toi sur YMF. chaque fois que je pense à ce type, j'ai un noeud dans la gorge: j'avais couvert la communication télévisée dans laquelle il appelait au patriotisme économique pour sauver la Camair. Mais vu ses résultats,surtout le gouffre financier qu'il a laissé à la place du fossé creusé par ses prédecesseurs, je me demande s'il y a un seul homme honnête dans ce pays, un seul vrai patriote capable d'avoir pour son pays l'amour qu'il faut pour le relever. un jour, des connaissances m'ont demandé ce que je pensais du gouvernement de mon pays et des problèmes ethniques. je leur ai répondu  qu'il n'y avait pas de gouvernement, mais une association de malfaiteurs qui s'étaient emparés du pouvoir, qu'ils gèrent à travers une organisation criminelle appelée RDPC. Je précisais aussi qu'au delà de la construction politicienne de près de 300 ethnies opposées les unes aux autres, il n'y avait que deux groupes: la voyoucratie et les masses misérables et silencieuses. Nos "amis" du pouvoirs le démontrent bien: quel que soit sa tribu d'origine, un camerounais qui accède à la mangeoire mange et se contente de manger, quitte même à scier la brache sur laquelle il est assis. c'est un peu semblable à l'attitude des virus qui pris dans les filets de leur propre ignorance détruisent le corps qu'ils infestent, et meurent avec lui.