Les hospices de la république

Publié le par melvin

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Un haut commis de l’Etat raconte, hilare, la désillusion d’un ministre de la République qui avait pris sa fonction trop au sérieux, au point d’envisager une réforme hardie d’un organisme placé sous sa tutelle. Normal ! Sa nomination à la tête de ce département ministériel avait été applaudie et on en attendait beaucoup. Un jour, le ministre est enfin convoqué au palais pour expliquer au prince le renouvellement des hommes qui accompagne sa réforme. Et, à propos du président grabataire de l’organisme, dont le ministre sollicite le remplacement par un jeune intellectuel brillant et respecté, il s’entend répondre : « pourquoi voulez-vous changer le président ? C’est vous qui subviendrez à ses besoins quand il ne sera plus là-bas ? Je ne souhaite pas être sollicité demain pour avoir à le faire. Alors, laissez-le là où il est ». Fin de la réforme.

On s’est souvent interrogé sur la logique qui préside aux nominations sous le Renouveau. Surtout, avec ces vieux routiers de la politique qui sont mis à la touche, et qui un jour, reviennent au premier plan à un poste important ou à un autre. Il semble bien qu’il n’y a pas ‘’une’’, mais ‘’des’’ logiques. Sous Paul Biya, les nominations ne servent pas toujours à trouver des solutions, elles  permettent de gérer des problèmes. Il peut s’agir de gérer le fragile équilibre régional, comme il peut s’agir de gérer des questions bassement existentielles de véritables cas sociaux que sont ces anciens ministres ou hauts commis de l’Etat à la santé fragile, que le prince est bien obligé de caser, pour ne pas avoir à répondre tout le temps à leurs incessantes demandes d’aide.

En attendant peut-être demain que le Sénat vienne remplir cette fonction, de vénérables institutions et d’importants organismes de l’Etat sont devenus des hospices où l’on case les vieux de la république. On les retrouvera comme présidents de conseil d’administration, présidents d’autorité de régulation, ambassadeurs, etc. Dans un pays comme la France, il existe des ‘’pupilles de la nation’’, ces orphelins dont les parents ‘’sont morts pour la patrie’’, et qui bénéficient par conséquent, d’une tutelle et de privilèges de l’Etat. Le Cameroun lui, vient d’inventer les ‘’gaga de la nation’’ qui restent à la charge de l’Etat, à vie, pour ‘’services rendus à la nation’’. On peut se poser à leur sujet, plusieurs questions : vu qu’ils ne furent pas des bénévoles de l’Etat, qu’ont-ils fait des fortunes amassées, pour demeurer aujourd’hui accrochés aux basques de la nation ? Pourquoi leurs progénitures ne subviendraient-elles pas à leurs besoins, aussi coûteux puissent-ils être? et, pourquoi auraient-ils plus droit aux privilèges de la république, que tout autre serviteur de l’Etat ?

Quoi qu’il en soit, le coût de la gérontocratie est beaucoup plus important que la simple prise en charge financière de ces vieux par leurs hospices. Ce coût, c’est la diminution de l’efficacité de l’action de l’Etat dans les domaines confiés aux vieux qui ont tant servi l’Etat, qu’ils méritent aujourd’hui d’avoir leur retraite, pour bien se reposer. Il n’y a qu’à voir l’inertie de la diplomatie camerounaise, gérée depuis près de 20 ans, par les mêmes vieux ambassadeurs. Ou encore ces fautes de gestion dans les sociétés d’Etat qui donnent lieu aujourd’hui à l’Opération Epervier, mais qui auraient pu être évitées, si les conseils d’administration avaient été plus regardants, plus éveillés. Enfin et surtout, la politique des hospices de la république retarde la responsabilisation des jeunes, ou des moins âgés qui ont pourtant été formés pour prendre la relève. En cela, le Cameroun du Renouveau rame totalement à contre-courant de son modèle, la France, où l’on assiste aujourd’hui à un profond renouvellement du personnel public. C’est une exigence de notre temps. Les enjeux d’aujourd’hui et les désirs d’avenir, ne peuvent pas être gérés par les anciens élèves de l’Ecole des Hautes Etudes Politiques d’Outre-Mer. Ce n’est pas de leur époque.

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KONAMI 28/05/2007 11:00

EXCELLENT