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Jeudi 31 mai 2007 4 31 /05 /2007 21:39

came.jpg Il ne faut pas croire que les accidents d'avions sont les pires catastrophes qui puissent nous endeuiller. Surtout pas. Le Cameroun n'est-il pas passé à côté d'un Tsunami il n’ y a pas longtemps ? Le 23 juillet 2002, un tremblement de terre s'était déclenché en pleine mer, à 30 kilomètres de Kribi. Il n'était heureusement que d'une magnitude de 3,6 sur l'échelle de Richter. Quelques points de plus sur cette échelle, et c'eût été le désastre. Notre pays n'est donc pas à l'abri de catastrophes naturelles de grande ampleur. L'explosion de gaz au Lac Monoun qui fit 45 morts dans la région du Noun, le 15 août 1984 et l'émanation de gaz toxique le 22 août 1986, avec près de 2000 morts au Lac Nyos, témoignent d'ailleurs d'une activité sismique importante et inquiétante dans le sous-sol camerounais.

Il faut le savoir, le Cameroun est une zone à risques traversée par une ligne de tremblements de terre et d'éruptions volcaniques que les géologues identifient comme la " ligne Cameroun ". Celle-ci est constituée de plus de 60 massifs volcaniques et océaniques allant de l'île de Pagalu à Sao Tomé et Principe, jusqu'au Lac Tchad. Monoun et Nyos ont démontré que le danger peut venir de partout sur cette ligne. Le Mont Cameroun est cependant avec ses 4100 mètres, le site le plus regardé. Et il y a de quoi. Volcan encore en activité, le " Char des dieux " se met en colère en moyenne tous les 20 ans. Ces 100 dernières années, il a craché du feu à sept reprises. Les géologues s'attendent encore à une nouvelle éruption d'ici à 2015, voire 2020 au plus tard.

Les éruptions du Mont Cameroun sont souvent effusives et calmes. Elles laissent alors s'échapper des laves qui dévalent lentement la montagne. Mais elles peuvent parfois être très explosives et violentes comme en 1922. Une éruption sur le flanc ouest du Char des dieux avait tué plus de 100 personnes cette année-là. L'émission de laves avait duré 6 mois et détruit des maisons, des plantations et des infrastructures ferroviaires. Si jamais l'explosion était plus violente encore, ce qui n'est pas exclu, une partie de la ville de Douala serait touchée par le feu.

D'autres volcans au Cameroun mériteraient qu'on leur prête une attention certaine. Il s'agit des Manengouba et Bamboutos, voire le volcan de l'Adamaoua. D'aucuns les considèrent comme éteints depuis une vingtaine de millions d'années. Ont-ils pour autant cessé d'être dangereux ? Certains comme le volcanologue Jean Nni en doutent, estimant par exemple que l'éruption de gaz au Lac Nyos pourrait être la preuve que le Mont Bamboutos voisin est en activité. En Nouvelle Guinée, une éruption meurtrière s'est soudain produite en 1951 sur le Mont Lamington, pourtant considéré jusque-là comme éteint. C'est dire si la vigilance devrait être de mise sur la " ligne Cameroun ".

En ce 21e siècle, les volcanologues peuvent prévoir de façon assez précise le début d'une éruption volcanique, en faisant état des variations de température, de pression et de composition des gaz à l'intérieur même du volcan. On peut ainsi assurer à temps l'évacuation préventive de la population locale, voire limiter certains dégâts matériels. En est-on conscient au Cameroun ? Apparemment oui. Au lendemain de l'éruption volcanique de 1982 sur le Mont Cameroun, le gouvernement avait mis en place 13 stations sismiques pour contrôler les vibrations et autres ondulations sismiques qui se produisent dans la croûte terrestre. Seulement, certaines comme celles de Foumbot et Bambui ont été fermées dès 1993, à cause, dit-on, de la crise économique. Il ne fallait pourtant que 2 millions de francs cfa pour assurer la maintenance annuelle de chacune d'elles.

Au moment où se produisait la dernière éruption sur le Mont Cameroun en mars 1999, la station d'Ekona, chargée de surveiller le Char des dieux, fonctionnait à près de 30% de ses possibilités, avec un sismographe en état de marche sur trois. Le ministère de la Recherche scientifique devait même avouer que les Lacs Monoun et Nyos qui ont endeuillé des centaines de familles camerounaises en 1984 et 1986, ne font plus l'objet d'aucun suivi permanent. Et donc, le volcan sur lequel le Cameroun est assis peut exploser un jour sans que personne ne s'en rende compte.

La carence d'une politique nationale de prévention et de gestion des catastrophes est ici synonyme d'inconscience criminelle. Avec les 7 éruptions volcaniques des 100 dernières années sur le Mont Cameroun, Buéa est une zone à hauts risques. Mais cette ville n'est toujours pas dotée d'une unité de protection civile, pas de sapeurs pompiers, pas d'aires ni de moyens d'évacuation des populations qui, de façon tout à fait incroyable, construisent des maisons sur un ancien lit d'écoulement des laves, avec la bénédiction des autorités municipales.

Par melvin - Publié dans : Libres propos
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Jeudi 31 mai 2007 4 31 /05 /2007 21:20
acciavi.jpg L’accident d’avion du Boeing 737-800 de la compagnie Kenya Airways qui s’est écrasé à Mbanga Pongo, moins de 5 minutes après son décollage de l’aéroport international de Douala, le 05 mai, constitue le 33e accident d’avion enregistré au Cameroun depuis 75 ans. C’est dans les années 1930 que des avions ont commencé à atterrir au Cameroun. L’aéroclub de Douala reçut ainsi son premier avion en 1934 ; le tout premier transporteur aérien reliant le Cameroun à l’Europe étant la compagnie française UAT.

Le premier accident d’avion en terre camerounaise survient quant à lui le 14 décembre 1945 à Yaoundé, avec la compagnie belge Sabena. Il ne fait heureusement pas de mort. Mais deux années plus tard, les premières victimes sont enregistrées lorsque le AAC.1 de Air France s’écrase le 1er juillet 1947 dans la région d’Eseka, faisant 13 morts. Depuis, 31 autres accidents d’avions sont survenus au Cameroun, emportant au total 508 personnes.

La période actuelle peut être considérée comme la plus noire et la plus triste de l’histoire du transport aérien au Cameroun. En l’espace de 13 mois, trois accidents d’avions sont survenus, avec à la clé, la disparition des 122 personnes qui se trouvaient à bord de ces aéronefs. Il y a d’abord eu l’avion de ravitaillement libyen qui s’est écrasé le 22 avril 2006 à Kousseri, avec ses 6 occupants. Puis, le 24 février 2007, l’avion sud-africain annoncé comme disparu, dont l’épave a été récemment retrouvée sur le Mont Cameroon à Buéa. Et puis…et puis, le crash de la Kenya Airways, l’accident le plus meurtrier jamais survenu au Cameroun : 114 morts !

Les 33 accidents enregistrés sont survenus dans 13 localités différentes. A tout seigneur, toute horreur. Douala, la capitale économique fait figure de région la plus concernée, avec 430 morts pour 13 accidents. Le premier accident survenu ici, le crash d’un Douglas DC-4 de Air France, emporta 29 personnes le 03 février 1951. Puis, il y eut le Douglas DC-7 de la Caledonian Airways qui s’écrasa sur l’une des criques du Wouri le 04 mars 1962, tuant ses 111 occupants ; le crash du Douglas DC-6 de la compagnie UAT qui emporta 55 personnes le 03 mai 1963 et celui du Boeing 737-200 de la Camair, dans la mangrove de Youpwé, le 03 décembre 1995. Pour ne parler que des accidents les plus marquants, avant Mbanga Pongo.

Sur la liste noire, après Douala, il y a la capitale Yaoundé, et ses 23 morts en 5 accidents. Mais aussi, Kousseri, 3 accidents pour 11 morts, dont Michel Baroin, grand maître de la franc-maçonnerie qui périt dans le crash d’un jet privé. On peut signaler aussi les 8 morts de Garoua après deux accidents, ou encore, le Grumman Gulfstream G2 du gouvernement gabonais qui s’était écrasé le 06 février 1980 à Ngaoundéré, tuant 5 personnes. 

Avec ses 508 morts, le Cameroun figure en bonne place, au 8e rang des espaces aériens les plus meurtriers d’Afrique, continent le moins sûr dans le transport aérien mondial. Il arrive juste derrière des pays comme le Nigeria (1414 morts), la RDC (1105), l’Angola (1025), l’Egypte (996), le Maroc (857), le Soudan (671) et la Libye (633). Et encore, le ciel camerounais devient même plus dangereux que celui de tous ces pays, lorsqu’on prend en compte la moyenne de personnes tuées par accident d’avion : 15.3 au Cameroun, contre 15.2 au Nigeria, 12.1 en Libye, 11.4 en Egypte et au Maroc, 10.7 en Angola, 7.9 en RDC et 6.1 au Soudan.

Ces statistiques devraient peut-être constituer une interpellation pour une vraie politique nationale de protection civile et de gestion de telles catastrophes. Les accidents récents ont démontré à quel point celle-ci fait encore cruellement défaut. Dans le cas du Boeing de Kenya Airways, on est allé pendant 48 heures, chercher à des centaines de kilomètres un avion qui s’est écrasé à vol d’oiseau de l’aéroport d’où il venait de décoller. Pis encore, il a fallu trois bons mois, pour retrouver l’épave de l’avion sud-africain. Dans les deux cas, on doit les découvertes à de modestes chasseurs qui ont supplée à l’impuissance et au dénuement des aiguilleurs du ciel. 

Le ciel camerounais, semble-t-il est surveillé à partir de pays voisins. La partie sud dépend  du radar de Brazzaville au Congo et le septentrion, du radar de Ndjamena au Tchad. Que cela coûterait-il au Cameroun de se doter d’un radar, au minimum ? L’Autorité aéronautique nationale parle d’ « importantes sommes d’argent», là où des sources dignes de foi avancent le chiffre de 3 millions d’euros, soit près de deux milliards de Fcfa. En somme, un investissement largement à la mesure du Cameroun qui est tout de même l’un des rares pays au monde à imposer une onéreuse taxe d’aéroport de 10 000 Fcfa à chaque passager sur les vols internationaux. Or, les aéroports de Douala, Yaoundé, Garoua enregistrent en moyenne 250 000 passagers internationaux par an. Soit pour cette seule taxe, des recettes de l’ordre de 2.5 milliards de Fcfa par an. De quoi s’acheter chaque année un radar neuf, du moins si l’on estime que la sécurité du ciel camerounais est une préoccupation. Mais, au fait, où va l’argent collecté avec cette fameuse taxe d’aéroport et qu’en a-t-on fait depuis qu’elle est instituée ? 

 

 

 

Quelques vérités sur les accidents d’avions

 

  • L’Afrique a enregistré en 2006, près de 4.3 accidents d’avions par million de départs. C’est sept fois supérieur au taux de la moyenne mondiale de 0.75. Elle est donc la partie du monde la moins sûre.
  • Il n’y a jamais eu de mort dans des accidents d’avions dans deux pays d’Afrique, les Seychelles et l’ïle Maurice. De toute son histoire, la Sierra Leone a connu un seul mort, lors de l’accident d’un Antonov de African Air Charter le 1er avril 1995 à Kenema. La Guinée-Bissau, quant à elle, n’a enregistré que 5 morts dans deux accidents. D’ailleurs, depuis le 21 décembre 1930 où les deux avions avaient fait ces accidents le même jour, la Guinée-Bissau n’a plus jamais connu d’accident d’avion.
  • Le Bureau d’archives des accidents aéronautiques fait état de 16 345 accidents d’avions de 1918 au 5 mars 2007, dans lesquels 118 316 personnes ont péri. Soit en moyenne 183 accidents par an, dans lequel périssent 7 personnes.
  • Dans les accidents d’avion enregistrés, l’erreur humaine est à 68% la principale cause, la défaillance technique à 20%, la météorologie à 6%, le sabotage à 3%, etc.
  • 51.3% des accidents surviennent à l’atterrissage, 27.5%  en vol, 20.5% au décollage et 0.2% en stationnement.
  • 53.5% surviennent à moins 10km d’un aéroport, 15.6% en plaine, 10.3% en montagne, 9.4% en mer, 1.1% en ville, 0.4% dans le désert, 9.7% en terrain de type inconnu.
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Jeudi 31 mai 2007 4 31 /05 /2007 14:13

ensauva.jpg Samedi 05 mai 2007. Près de 12 heures après la disparition du Boeing 737-800 de Kenya Airways, au moment où les recherches balbutiaient déjà entre Kribi et Lolodorf, des sous-préfets mettant même à contribution chasseurs et bend-skins, pour mieux étaler l’impréparation de notre souverain Etat à faire face à ce type de tragédie, j’étais parvenu à joindre sur son mobile, un ministre avec qui il m’a été parfois donné de discuter. Un ministre important, du reste concerné au premier chef par cette catastrophe. Il se trouvait en mission dans le Septentrion, pour les préparatifs des fameuses élections municipales et législatives attendues, pour lesquelles notre république paresseuse va se mettre en congé, deux mois durant. 

Comme je lui annonce que le ministre kenyan des Transports est déjà dans un avion, en direction du Cameroun, mon interlocuteur me marque sa surprise.

-          Ah bon ?! Et que vient-il faire ? me demande-t-il.

-          Il est à la tête d’une délégation kenyane qui vient participer aux opérations de secours.

La réplique de mon interlocuteur de ministre est aussi sincère que brutale :

-          Mais, pourquoi sont-ils pressés ces Kenyans ? On n’a même pas encore retrouvé l’avion. Et puis, est- ce- qu’ils ont rempli les formalités d’usage avec le ministère des Affaires étrangères ?

J’insiste pour savoir si le ministre qu’il est, entend lui-même écourter son séjour dans le Grand Nord, pour rejoindre Douala. « Mais, pour quoi faire ? On n’a pas encore retrouvé l’avion. Les recherches sont en cours », me répond-il.

Au bout d’une dizaine de minutes de conversation qui me seront facturées par l’opérateur de téléphonie mobile, le ministre comprend de mon insistance, le ridicule de son attitude et bredouille enfin une étonnante excuse. « Même s’il faut que je redescende sur Douala, je ne vais tout de même pas le faire à dos d’âne. Je ne suis pas un ministre kenyan, moi ; je n’ai pas un avion spécial à ma disposition. » Le Cameroun en est donc là. Son Etat a perdu le sens de l’humain et des responsabilités.

Quand une catastrophe aérienne d’une ampleur de celle-ci survient dans un pays, le gouvernement se mobilise pour organiser les opérations de recherche, de secours, de réconfort et d’assistance aux familles des disparus. Et même, le chef de l’Etat monte au créneau pour rassurer la nation. Il n’y a pas longtemps, le voisin Olusegun Obasanjo qui venait de perdre son épouse, surmonta sa propre douleur pour coordonner la gestion d’un crash d’avion au Nigeria. Et le nôtre ? On ne le vit pas et on ne l’entendit point. Finalement,  notre gouvernement, dans sa gestion, laissa la triste impression d’être soit désemparé, soit inorganisé, soit peu professionnel, ou tout simplement peu concerné par un événement dont il aurait sous-estimé l’ampleur dès le début.

Un crash d’avion est toujours un événement particulièrement choquant. Des dizaines de personnes impuissantes devant leur sort, sont brutalement arrachées à la vie au même instant, dans une violence insoutenable. Cela interpelle l’humain. Ce genre de mort devrait être porteuse de vie : parler à ceux qui restent de ceux qui s’en vont et faire réfléchir les vivants sur leurs rapports à la vie et avec leurs semblables. A Douala, il n’eut point de cela, comme si la capitale économique, emportée par ses luttes quotidiennes pour la survie, n’était pas sous le choc. Les radios et les télévisions de la place, tout en se gargarisant du ‘’scoop’’ tombé du ciel, en véritables charognards, continuaient de diffuser sur les antennes, leurs indécentes musiques d’ambiance habituelles. Des amis me rapportent même des scènes incroyables, sur le site du crash à Mbanga Pongo, de vaillants reporters en quête de célébrité indue, brandissant comme des trophées, des morceaux d’avion retrouvés.

Quel type de personnes sommes-nous donc devenus, pour ne pouvoir plus nous recueillir devant ce type de tragédie ? Peut-être un peuple en voie d’ensauvagement qui a perdu le sens de l’humain.

Par melvin - Publié dans : Libres propos
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Dimanche 27 mai 2007 7 27 /05 /2007 18:36

     lafriksarko.jpg
Ellen Johnson Sirleaf, la présidente du Liberia, aura été le 24 mai, le premier chef d’Etat étranger reçu au Palais de l’Elysée par le nouveau président français Nicolas Sarkozy, qui avait annoncé lors de sa campagne électorale, qu’il  ferait de l’Afrique une des priorités de sa présidence, dans le cadre d’une relation rénovée. Lors de son déplacement au Bénin en mai 2006, Nicolas Sarkozy avait, en effet,  promis de « refonder la politique africaine de la France sur des relations transparentes et officielles entre pays démocratiques », de « tourner la page des complaisances, des secrets, des ambiguïtés » et de «cesser de traiter indistinctement avec des démocraties et des dictatures». Il avait aussi annoncé que l’aide publique au développement ne serait plus « une prime à la mauvaise gouvernance et aux régimes prédateurs », la priorité devant revenir à ceux des pays « et pas seulement francophones, qui respectent ces principes ».

Quoi de mieux pour marquer cette rupture d’avec les « réseaux d’un autre temps », que la visite de  Johnson Sirleaf ? Elle vient d’un pays anglophone, n’appartenant pas à l’ancien ‘’pré – carré’’ africain de la France. Un pays pauvre, mais méritant, qui se bat courageusement pour se remettre des ravages d’une longue guerre civile. Elle est aussi surtout le symbole d’un certain renouveau démocratique. C’est la première femme élue chef d’Etat en Afrique, et elle mène une lutte déterminée contre la corruption et pour la bonne gouvernance. Seulement, la visite de la présidente du Liberia est contrastée par celle, 24 heures plus tard, du président gabonais Omar Bongo, doyen des chefs d’Etat africains, depuis 40 ans au pouvoir.  Le symbole vivant de la Françafrique décriée. Le message est clair : la rupture annoncée se fera dans la continuité. La Françafrique est trop précieuse pour la France, et elle ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Simplement,  elle sera remodelée. Sarkozy y mettra de la forme.

L’Afrique reste doublement vitale pour la France. Elle sera encore demain l’un des principaux champs de la compétition politique, stratégique et économique entre les grandes puissances. Elle reste un enjeu pour la stabilité du monde et la lutte contre le terrorisme. Les Américains ne s’y sont pas trompés qui envisagent installer sur le continent un  commandement militaire d’ici à fin 2008. L’Afrique demeure aussi un vaste réservoir de ressources énergétiques, principalement le pétrole aujourd’hui, et l’eau demain. Soit des ressources importantes pour lesquelles la Chine et les Etats-Unis se livrent déjà une sourde guerre froide. Or, la France n’est pas en reste. Elle voudrait même préserver en Afrique une certaine clientèle ;  cet espace d’influence et de solidarité diplomatiques, dont elle se servira encore demain pour avoir une minorité de blocage face aux puissances anglo-saxonnes, dans les rapports de force du commerce international, à  l’OMC notamment.

Economiquement, bien que l’Afrique ne représente que 5% des échanges internationaux de la France, elle n’en est pas moins très rentable. Au-delà des précieuses matières premières que le continent noir  fournit à la France, elle lui garantit  un véritable ‘’cash-flow’’. Plus de 70% des filiales et succursales des entreprises françaises en Afrique sont régulièrement bénéficiaires. Le solde économique des échanges de la France avec le continent noir est toujours positif. En 2005, il était de + 3 milliards d’euros, de loin meilleur que le solde France/Europe par exemple, qui se situait  à – 18 milliards d’euros. De loin plus rentable aussi que les échanges avec les Amériques. Lorsque Paris exporte pour  600 milliards d’euros en Amérique du Nord, elle y dégage près de 50 milliards de bénéfices. En  exportant vers l’Afrique un volume inférieur à 150 milliards d’euros, elle y dégage 40 milliards de bénéfices.

Cette double réalité n’échappe pas au nouvel élu français. Toute l’obsession du successeur de Jacques Chirac est de préserver les intérêts français en Afrique, en veillant à ce que Paris se mouille le moins possible. Une ambition bien américaine : faire les affaires, mais rester discret. La rupture prônée par Nicolas Sarkozy consistera à ouvrir la France à l’Afrique économiquement utile et à sortir du face-à-face schizophrénique avec le pré - carré, dans lequel elle a pris de sérieux coups au Rwanda, au Zaïre et en Côte-d’Ivoire. Paris va donc élargir son champ d’action géographique en nouant des liens plus durables avec des pays anglophones, lusophones et arabophones. Une réorientation politique imposée par la réalité économique. La France est désormais un partenaire commercial important des pays africains non francophones qui représentent plus de 50% de ses échanges avec l’Afrique. Ses quatre principaux partenaires économiques et commerciaux subsahariens sont le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Angola et le Kenya. Loin devant la Côte-d’Ivoire, premier pays francophone du rang.

Dans le pré - carré, politiquement encombrant, le nouveau locataire du Palais de l’Elysée choisira la discrétion. Il entend limiter au strict minimum la présence militaire française en Afrique. Comme déjà annoncé par son prédécesseur au sommet France – Afrique de Bamako, au moins deux des cinq bases militaires françaises en Afrique devront bientôt fermer. Celles d’Abidjan et de Ndjamena notamment. Survivront peut-être celles de Dakar, de Libreville et de Djibouti. Mais, elles seront appelées à travailler en liaison avec les soldats de l’Union Africaine, ou sous mandat de l’ONU. Mais là n’est que la vision de la France. Qu’en pense l’Afrique ?

Par melvin - Publié dans : France
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Mardi 22 mai 2007 2 22 /05 /2007 13:26

                                                             marche.jpg
Les gros bonnets camerounais ont une façon bien à eux d’engraisser leurs amis... leur distribuer des marchés publics. Et sans obligation de réalisation.

Paul Wolfowitz, ci-devant patron de la Banque Mondiale, a donc propulsé sa poupée en lui offrant un juteux poste ? « Scandale mondial ! Honte planétaire ! Démission ! », entend-on de toute part. Au Cameroun, l’homme de la rue, lui, s’étonne : ces petites magouilles arrivent tous les jours au pays de Paul Biya ! Ici, le meilleur moyen d’engraisser sa belle, quand on a été placé à la tête d’un ministère, d’une grande ville ou d’une université par la grâce du Dieu Biya, consiste à lui attribuer un « marché public ». Pas très romantique certes, mais ça nourrit la bête.

Obligés depuis 2001 de passer des appels d’offre chaque fois que la valeur d’un marché public excède 5 millions de Cfa, les organismes publics et parapublics passent leur temps à distribuer des marchés. Le département de la Sanaga a besoin de réparer la toiture d’une école ? Appel d’offre. Le ministère des Transports a besoin d’alcootests ? Appel d’offres. Telle université a besoin de refaire sa pelouse et telle société d’État d’un chariot élévateur ? Appels d’offres, encore. Ces annonces sont si nombreuses qu’elles remplissent chaque mardi les pages du très officiel Journal des Marchés Publics. Une lecture soporifique pour le novice mais sur laquelle se jettent frénétiquement ceux qu’on appelle ici les « marcheurs publics ». Car la « passation de marchés publics » est devenue, au Cameroun, un juteux business dont profitent les ministres, sous-ministres, directeurs généraux et autres apparatchiks de l’administration pour faire plaisir à la famille, aux amis et à tous ceux qui, ayant une quelconque influence, « méritent » d’être bien traités. Tu as besoin de quelques billets ? Tiens, prends ce marché public et remplis-toi les poches !

C’est ainsi que Justin, 38 ans, a pu s’acheter une chouette villa, une grosse 4x4 et la belle cravate avec laquelle il s’éponge le front toutes les trois minutes. Il l’avoue sans problème : il n’y connaît rien en matière de réfection de route ou de construction de salles de classe. Mais comme il travaille dans la presse et qu’il a des amitiés bien placées, il engrange les « marchés publics » qu’il sous-traite ensuite à quelque petite boîte en manque d’activité. Pendant que les autres s’occupent des travaux, lui gère les relations publiques et répartit le magot. Corruption, surfacturation, trafics d’influence, délits d’initié : rien n’arrête les marcheurs publics et leurs protecteurs des administrations. Lesquels n’hésitent pas, à l’occasion, à s’auto-attribuer des marchés via quelques sociétés prête-nom. Autant dire que l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP), pourtant chargée de la « surveillance générale du système », et les Commissions de passation des marchés, censées siéger dans chaque administration, sont un peu dépassées.

Quant à l’exécution et à la finition des travaux, disons qu’elles sont… aléatoires. L’association Dynamique Citoyenne, qui vient de réaliser une enquête sur la question, indique que sur les 248 projets d’investissements qu’elle a inspectés, 136 n’ont pas été réalisés (55%) et 32 restent inachevés (12%) trois ans après la passation du marché. Ce qui n’empêche en rien les adjudicataires défaillants d’encaisser les billets. Exemple : cette société qui, n’ayant jamais construit les quatre salles de classe pour lesquelles elle avait « gagné » un marché, a tout de même empoché près de 360 millions de Cfa. Un montant qui, note Dynamique Citoyenne, équivaut à « 43 salles de classe » !

« Les projets arrêtés et financés doivent être effectivement exécutés dans les normes prévues », ordonnait Paupaul, la main sur le cœur, en 1997 . C’est comme si c’était fait.

Moussa Ka

Source : bakchich.info

Par melvin - Publié dans : le nerf de la guerre
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