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Jeudi 28 septembre 2006 4 28 /09 /2006 00:00

Finie la discrimination indigne et inacceptable. Les anciens combattants de l’armée française originaire des anciennes colonies d’Afrique et d’Asie qui avaient largement contribué à libérer la France du joug de l’Allemagne nazie, vont enfin pouvoir percevoir les mêmes pensions que leurs frères d’armes français. C’est du moins ce qu’a annoncé le gouvernement français, mercredi 27 septembre. Au sortir du conseil des ministres tenu ce mercredi, Hamlaoui Mékachéra, le ministre français délégué aux anciens combattants  déclare qu’ «Il n'y aura plus de différence, dans ces deux prestations que sont la retraite des combattants et la pension d'invalidité, entre les ressortissants de ces pays et les nationaux français ». A en croire le ministre, désormais, les anciens combattants africains et asiatiques « percevront exactement en euros ce que perçoivent les nationaux français ». Jusqu’ici, les pensions de ces anciens combattants étaient réduites à des montants symboliques, souvent 10 fois inférieures aux pensions perçues par les Français.  Selon le Groupe d'information et de soutien des immigrés, quand un ancien combattant français invalide à 100 % touche 690 euros par mois, un Sénégalais perçoit 230 euros, un Camerounais 104 euros, un Marocain ou un Tunisien, 61 euros. Egalement, une retraite d'ancien combattant s'élève à 430 euros par an pour un Français contre seulement 16 euros pour un Cambodgien.

 

La mesure de revalorisation décidée mercredi par le gouvernement français ne sera pas rétroactive. Elle sera appliquée à partir du 1er janvier 2007 à quelque 80 000 anciens combattants de l’armée française, originaires de 23 pays, essentiellement d’Afrique noire et du Maghreb. Elle devrait coûter à l’Etat français 110 millions d’euros (près de 70 milliards de francs cfa) par an. « Nous savons ce que nous devons à l’engagement et au courage de tous ceux qui ont défendu notre patrie et ses idéaux dans les conflits du 20e siècle », explique le Premier ministre Dominique de Villepin, reconnaissant que « l’Etat français a trop tardé à l’exprimer concrètement ». Le président français Jacques Chirac estime quant à lui que la revalorisation décidée est « un acte de justice et de reconnaissance envers ceux qui sont venus de l’ex-empire français combattre sous notre drapeau (…) Il s’agit de réintégrer cette mémoire dans notre mémoire nationale». Il a tout de même fallu 61 ans après la deuxième guerre mondiale, plus d’un demi-siècle, pour que cela fût fait !

 

Les indigènes

 

Les observateurs ne manquent pas de relever que la mesure de revalorisation des pensions des anciens combattants improprement appelés ‘’tirailleurs sénégalais’’ est décidée par le gouvernement français, le jour même où sort en France le film Indigènes qui aborde l’oubli des soldats maghrébins engagés dans l’armée française pendant la deuxième guerre mondiale. Ce film du réalisateur Rachid Bouchareb, déjà primé au dernier festival de Cannes, a ravivé le débat sur l’inégalité de traitement entre soldats qui ont pris part à la même guerre sous les mêmes couleurs. Le réalisateur et les quatre interprètes du film, avaient d’ailleurs remis au président français un document réclamant « l’égalité de droits entre anciens combattants français et coloniaux ». A en croire le comédien Jamel Debbouze, l’un des interprètes du film, Jacques Chirac avait promis la revalorisation, après avoir vu le film en avant-première au début du mois de septembre.

 

Dans l’entourage du président français, on reconnaît que le film « a fait avancer le débat ». Dès après l’avant-première de Indigènes, Jacques Chirac a demandé à son ministre des finances et à ceux de la Défense et des Anciens combattants, de revoir le dossier des pensions des anciens combattants issus des colonies. Il a donc fallu un film pour que Jacques Chirac tienne la promesse qu’il avait déjà faite aux anciens combattants en 1995 et 2002. Et surtout, pour que la France accepte de payer enfin sa dette d’honneur et de sang vis-à-vis de l’Afrique. Même si l’histoire officielle enseignée dans les écoles françaises ne le dit pas encore, l’Afrique a joué un rôle déterminant dans la résistance et la libération de la France  : l’Afrique a généreusement donné de son Sang, de Sol et de son Sous-sol pour tirer la France des griffes de l’Allemagne nazie.

 

La chair à canon

 

C’est en Afrique, au Tchad plus précisément, que le général de Gaulle, après son fameux appel du 18 juin, installa la première capitale de ‘’ la France libre’’. C’est ici, grâce à la force de conviction du gouverneur colonial Félix Eboué, qu’il constitua la première armée de résistance de la France. Sur les 560 000 hommes de l’armée française de l’époque, plus de la moitié, 300 000 combattants, venaient d’Afrique noire et du Maghreb : Marocains, Algériens, Soudanais, Tchadiens, Ivoiriens, Camerounais, Sénégalais, Malgaches, Béninois, Gabonais, Centrafricains, etc. Pour entretenir l’armée de Gaulle, les Africains ont dû également  mettre la main à la poche contribuant largement à l’effort de guerre obligatoire, pour acheter armes et munitions. Il y avait des collectes de fonds un peu partout sur le continent, y compris devant les écoles et les églises. Mieux, les matières premières de ces pays ont été largement vendues à la Grande-Bretagne pour payer l’effort de guerre.

 

Sur les champs de bataille, les Africains se sont montrés vaillants soldats, combattant à la vie, à la mort, comme s’ils défendaient leur propre patrie. « De 1940 à 1942, les Africains étaient sur tous les fronts sur les territoires français. Les combats les plus violents qui se sont déroulés dans le Nord de la France ont été essentiellement menés par les Africains. Et c’est pareil dans le Sud de la France. Quand on parle de la libération de la Provence , il faut dire que 300 000 Africains ont participé au débarquement de Provence. Débarquement qui est l’un des plus importants avec celui de Normandie. C’est lui qui a permis la libération de la ville de Toulon et de celle de Marseille. 80% des effectifs étaient originaires d’Afrique, avant que les Américains et les Britanniques n’arrivent. Et ça tout le monde l’oublie, tout le monde l’ignore... », raconte le journaliste camerounais Charles Onana, auteur d’un livre sur la France et ses tirailleurs.  Dans certaines batailles, les Africains improprement baptisés ‘’tirailleurs’’ (pour dire qu’ils ne savaient pas tirer), étaient utilisés comme chair à canon devant les chars ennemis. Parfois, lorsqu’il arrivait qu’avec leurs frères d’armes français, ils tombent entre les mains des soldats allemands, ceux-ci prenaient plaisir à massacrer les Africains et à faire prisonniers les Français.

 

Ingratitude institutionnelle…

 

Combien d’Africains sont ainsi tombés pendant la deuxième guerre mondiale en combattant pour ne pas que la France disparaisse comme France ? L’histoire officielle qui sait se montrer approximative parle de 40 000 morts et 72 000 blessés. Toujours est-il que, pendant 61 ans, les veuves et les orphelins de ceux-ci, ainsi que les blessures de ceux-là, n’ont jamais eu aux yeux des dirigeants français, la même importance que ceux des anciens combattants français. Pendant plus d’un demi-siècle, la France a dévalorisé la dette de sang et de l’honneur due à l’Afrique ; elle n’a pas su se montrer dignes des sacrifices que les Africains ont consentis pour elle. Un sénateur français dénonçant l’injustice faite aux anciens combattants venus d’Afrique, a un jour parlé d’ « un racisme institutionnel qui perdure ». On ne peut en dire moins, lorsque, le 1er décembre 1944, sur ordre des autorités françaises, un millier de combattants africains de retour de France, sont massacrés au camp militaire de Thiaroye au Sénégal, par l’armée française, parce qu’ils avaient osé revendiquer leur solde…comme les soldats français.

 

En 1947, le général Leclerc qui dirigea des troupes africaines de la France supplia son pays de s’acquitter, sans marchander, de sa dette d’honneur vis-à-vis de l’Afrique. Il ne fut point entendu. En 1959, Charles de Gaulle fut voter une loi pour la cristallisation des pensions des anciens combattants. « L’ensemble des tirailleurs de l’armée française ne pouvait plus toucher la même pension que leurs camarades blancs de l’armée française. On a transformé leurs pensions en indemnités à la tête du client. Le Malien ne pouvait pas toucher la même pension que l’Ivoirien, que le Togolais, que l’Algérien, le Marocain ou le Tunisien. Seuls quatre pays ont échappé à la loi de cristallisation : le Sénégal, le Gabon, le Tchad et la République Centrafricaine. Pas pour longtemps, puisqu’une nouvelle loi en 1994, cristallisait-elle aussi le système de pension de ces quatre pays. », explique Charles Onana.

 

…au nom de l’équité

 

En 1980, près de 700 anciens combattants ont porté plainte et obtenu gain de cause contre la France devant la Commission des droits de l'homme de l'ONU pour discrimination raciale.En 2001, le Conseil d'État a rendu un arrêt condamnant la France à verser au tirailleur sénégalais, Amadou Diop, une pension établie au même taux que celui en vigueur pour les Français et à lui payer les arriérés dus.  En 2005, Tahar Saïm, ancien militaire algérien vivant à Oran avec 76 euros par mois, a obtenu du tribunal administratif de Poitiers la revalorisation complète de sa pension. Les deux hommes sont morts, comme beaucoup d’autres anciens combattants, sans avoir pu bénéficier de ces décisions des tribunaux, le gouvernement français refusant toujours de se soumettre à la décristallisation des pensions, une mesure qui lui aurait coûté près de 1,8 milliards d’euros. A la place, il optait, non pas pour l'égalité avec les anciens combattants français mais pour « l'équité », avec un paiement calculé en fonction du niveau de vie de chaque pays. Le ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera était de ceux qui défendaient la thèse de ‘’l’équité’’, c’est-à-dire de l’égalité du pouvoir d’achat. «Ce qui est important, disait-il à l’époque, c’est de détenir le même pouvoir achat, que l’on soit à Paris ou à Hanoï. C’est équitable, mais pas satisfaisant politiquement».

 

Un membre du cabinet du ministre du budget osa même soutenir en 2002 que la décristallisation des pensions «  équivaudrait à multiplier par cinq ou par six le niveau des pensions existant. On assisterait alors à une véritable perturbation de l’économie locale en créant de subites fortunes pour quelques centaines de personnes ». Aujourd’hui, le gouvernement français peut fièrement annoncé qu’il accède enfin à la revendication des tirailleurs qui ont libéré la patrie. Normal, il a patiemment attendu pendant 60 ans que le nombre diminue considérablement. De la sorte, ils lui coûteront beaucoup moins cher. Reste à savoir si la politique d’apartheid ainsi subrepticement pratiquée, honore la patrie dite de la liberté et des droits de l’homme.

 

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Mercredi 16 août 2006 3 16 /08 /2006 00:00

J'adore Nathalie Yamb. Elle a une belle plume. Même en étant impertinente, elle reste très pertinente. Je partage ses opinions sur la Côte-d'Ivoire. Je ne peux donc m'empêcher de vous livrer celle-ci où elle ne comprend pas au nom de quoi la France proclame sa politique d'immigration, tout en déniant à la Côte-d'Ivoire le droit d'en avoir une.

Le hasard fait bien les choses. Il n’est pas dans mes habitudes de regarder les journaux télévisés français. Pourtant, hier soir, au détour d’un banal zapping, je suis tombée inopinément sur Nicolas Sarkozy, invité au 20 heures de France 2.

 

 

«  La France serait donc le seul pays au monde à ne pas pouvoir décider de qui peut rester sur son sol », s’est offusqué le ministre de l’Intérieur français. Je pense qu’il est absolument nécessaire de faire savoir à monsieur Sarkozy que le cas français n’est pas si isolé que cela. Si sa vision apocalyptique venait à se réaliser, alors la France rejoindrait la Côte d’Ivoire. Sauf que pour cette dernière, il ne s’agit pas d’un hypothétique scénario kafkaïen, mais d’une outrageante réalité. En effet, la Côte d’Ivoire est le seul pays au monde à ne pas avoir le droit de décider qui peut séjourner sur son sol.

 

 

« La régularisation massive ne fait que compliquer le problème », constate par ailleurs le candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2007, faisant allusion aux trente mille (30 000) demandes reçues par les préfectures françaises. D’ailleurs, c’est décidé, il n’en régularisera qu’au maximum six mille (6 000). Il serait intéressant de recueillir le point de vue de monsieur Sarkozy sur l’exigence posée à l’Etat de Côte d’Ivoire par la « communauté internationale» de régulariser trois millions et demi (3 500 000) de sans-papiers. Surtout quand on sait que le PIB de la Côte d’Ivoire est de 648 dollars par habitant, alors qu’il est de 33.899 dollars par tête en France. Elémentaire, mon cher Watson !

 

 

« Renvoyer au Mali des Maliens ne peut pas être qualifié de traque ou de déportation », poursuit le président de l’UMP, parti de la majorité présidentielle en Hexagone. Il est bien difficile de donner tort à monsieur Sarkozy sur ce point. Et pourtant ! Le président et le vice-président du FPI, parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, qui ont récemment vivement dénoncé la fraude massive à la nationalité en cours lors des audiences foraines, se sont vus sévèrement tancés par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies. Quiconque ose simplement évoquer la mise en œuvre d’une procédure conforme à la Constitution d’identification des sans-papiers résidant en territoire ivoirien est aussitôt taxé de xénophobie, quand des tendances génocidaires ne sont pas immédiatement diagnostiquées. D’ici à ce que l’ami Nicolas soit interdit de voyager à l’extérieur de son pays parce que sanctionné par l’ONU, il n’y a qu’un pas… qui ne sera jamais franchi, bien sûr!

 

 

« Il ne suffit pas d’entrer en France pour avoir le droit de rester en France », martèle le ministre de l’Intérieur. Mais il suffit apparemment d’entrer en Côte d’Ivoire pour avoir le droit de rester en Côte d’Ivoire. De voter en Côte d’Ivoire. D’être candidat à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Et de prendre les armes contre l’Etat de Côte d’Ivoire, au cas où celui-ci s’aventurerait à ne pas obtempérer illico.

 

 

« Nous souhaitons une immigration maîtrisée, pour que chaque immigré qui vient en France puisse avoir un travail et un logement », termine monsieur Sarkozy. Rien à redire, Nicolas ! Tu as pris dans ma bouche, comme on dit chez moi.

 

 

Nathalie Yamb

 

 

 

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Lundi 31 juillet 2006 1 31 /07 /2006 00:00

Le Sdf de Bamenda s’est doté d’un Shadow Cabinet. John Fru Ndi, le désormais leader de cette tendance du Social Democratic Front a formé le 26 juillet, un Cabinet de 36 membres ayant la charge de 18 ‘’départements ministériels’’. Il s’agit là d’une véritable curiosité aux relents de révolution, dans le contexte camerounais dont le système politique est tout de même fortement présidentialiste. Le shadow cabinet, lui, relève plutôt du système parlementaire. C’est le fruit d’une longue tradition britannique dont le fonctionnement est facilité par le bipartisme. En Grande-Bretagne, une pratique assez ancienne veut que le chef de l’opposition parlementaire attribue des responsabilités à certains de ses collègues députés du même parti que lui, qui forment ainsi un ‘’contre – gouvernement’’ chargé de suivre comme une ombre, les gestes des ministres du ‘’vrai’’ gouvernement ; d’où l’expression anglaise de ‘’shadow cabinet’’ dont la traduction française est ‘’cabinet fantôme’’. 

 

Ce n’est pas, comme d’aucuns pourraient l’entendre au Cameroun, une mangeoire de l’ombre où l’on se disputerait des marchés occultes. Le shadow cabinet est plutôt une sorte de centre officiel de critiques du gouvernement et de contre-propositions ; une vraie équipe de travail. Chaque membre du shadow cabinet est le porte-parole du parti dans le secteur qui lui est confié. Il surveille et analyse les actions du ministre en charge de ce secteur (‘’département ministériel’’), afin d’y apporter des solutions alternatives. Le shadow cabinet est ainsi une sorte d’école normale, ou un centre d’entraînement du gouvernement. Ses membres ont naturellement vocation à devenir ministres une fois les élections remportées. Le Premier ministre Margaret Thatcher par exemple, avait nommé la plupart des membres de son shadow cabinet au gouvernement officiel.

 

Dans les démocraties qui se nourrissent d’alternances, le shadow cabinet est une véritable institution vénérée à laquelle l’Etat alloue des moyens pour faciliter son fonctionnement. En Grande-Bretagne par exemple, le royaume garantit un salaire au Premier ministre du gouvernement fantôme et lui attribue des locaux pour travailler au Parlement. A l’époque où Tony Blair était chef de l’opposition, le Premier ministre John Major avait autorisé le secrétaire général de chaque ministère à rencontrer les ministres du shadow cabinet. Les membres du gouvernement fantôme pouvaient ainsi se tenir au courant et discuter des grands dossiers du pays. Le Canada va plus loin encore. Le Parlement prend en charge toutes les dépenses de fonctionnement du chef de l’opposition qui a notamment à sa disposition, un budget pour recruter des chercheurs appelés en appui à son cabinet fantôme ; ce qui permet à l’opposition d’apporter des critiques utiles et des alternatives crédibles aux actions du gouvernement.

 

Dans ces démocraties – là, il y a comme une égalité entre l’opposition et le pouvoir qui sont pratiquement les deux faces d’une même pièce et sont tous au service du pays, mais chacun avec ses idées. Par conséquent les impôts des citoyens servent non seulement pour permettre au gouvernement d’exécuter la politique de la nation, mais aussi, garantissent l’existence d’une opposition forte et capable de proposer une alternative à la majorité de l’heure.  Le shadow cabinet de John Fru Ndi que l’on pourrait situer dans ce sillage là, vient rappeler à quel point le Cameroun est encore éloigné des conditions d’une alternance pacifique et utile au pays. Ce gouvernement fantôme pourrait même relancer l’idée, mille fois miroitée, mais jamais concrétisée, d’un statut de l’opposition. Mais, on peut douter que ce (ne) soit (que) pour bousculer les institutions camerounaises que Fru Ndi a décidé de créer son cabinet fantôme.

 

Avec son shadow cabinet, le père du ‘’suffer don finish’’ veut reprendre l’initiative, pour résister politiquement à ceux qui, dans son propre parti et au-delà, trouvent qu’il encombre désormais la scène politique, tout comme Paul Biya, et entendent le pousser à la retraite. En créant un cabinet qui est par essence, une équipe de députés, Fru Ndi règle politiquement le cas Muna, en rappelant qui contrôle le Sdf institutionnel dont les membres sont élus du peuple, et donc, peut se prévaloir d’une légitimité certaine. Son contre – gouvernement ramène l’opposition à Ntarikon et réduit le jeu politique en un face-à-face entre le Rdpc et le Sdf. Et, le centre officiel de critiques et de contre-propositions est peut-être un message qu’il envoie aux Camerounais pour mieux leur signifier qu’il entend remettre le Sdf au travail, afin de bâtir une alternative crédible.

 

Reste que, le Sdf de Bamenda où sévit aujourd’hui le ‘’politik non bi book’’ (‘’la politique ce ne sont pas les diplômes’’), s’apparente à un radeau de la Méduse , où les soudards, dont la seule qualité est leur dévotion au chairman, se nourrissent de la chair des penseurs qui sont montés à bord. Y a-t-il encore suffisamment de têtes au Sdf, pour aller à la conquête du Cameroun ? Au passage, le gouvernement fantôme tel qu’il est formé, va certainement donner du grain à moudre à ceux qui ont toujours vu dans le Sdf, le ‘’parti des anglo – bami’’ : il n’y a point de musulmans du Nord, peu ou prou de bétis, de bassa, etc. Pour ceux-là, le Shadow Cabinet de Ntarikon risque de n’être qu’un cabinet noir.

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 4 juillet 2006 2 04 /07 /2006 00:00

Je m'étais permis de le penser : l’Equipe de France n’allait pas en Allemagne à la Coupe du monde de football ; elle se rendait au jubilé mondial de son capitaine Zinédine Zidane. Mais alors, quel jubilé ! Dans une Coupe du monde qui n’a pas su ou pu utiliser à fond ses génies annoncés, Messi, Robinho, Rooney, Fabregas, …, le vétéran Zidane s’est chargé d’emballer la compétition et de lui apporter le football positif et le spectacle qui lui faisaient tant défaut. Samedi 1er juillet 2006, sous sa conduite, l’Equipe de France a brillamment repris sa marche en avant, et renvoyé à la maison les hyper favoris brésiliens, après leur avoir infligé une véritable leçon de football. Zidane, dans tous les bons coups, a su donner de ses jambes et de son cœur, pour que la France gagne. Il a convoyé nombre de bons ballons et offert celui du but de la victoire à Thierry Henry, en même temps que la fameuse passe décisive si longtemps quémandée.

 

Cette chaude nuit francfortoise était décidément la sienne. Il a su l’illuminer de ses improvisations si personnelles, et éclipser les étoiles d’en face, qui ont du coup, paru bien ternes. La cheville toujours aussi souple et les idées résolument claires, Zizou a caressé le ballon sous toutes ses formes, de la semelle comme du cou-de-pied, de l’intérieur ou de l’extérieur, de la pointe et du talon, martyrisant au passage le résistant Cafu. Le Brésilien, ce samedi, c’était lui, et pas Ronaldinho qui avait oublié, ses passes aveugles aux vestiaires, et surtout pas ses coéquipiers du Real Madrid, Ronaldo et Roberto Carlos, alourdi ou essoufflé par le rythme de ce match fou fou foot.

 

A  lire la joie dans le regard du jeune Robinho, vaincu d’un soir, mais tout heureux de poser à côté du géant, on peut comprendre ce que Zinédine Zidane a représenté pour le football actuel. Il était un phare. Comment, dès lors, ne pas applaudir l’initiative du quotidien espagnol Marca  qui offre une récompense à celui qui saura convaincre Zinédine Zidane de ne pas raccrocher ses godasses à la fin de ce Mondial allemand ? Le monde du football a du mal à se faire à l’idée que, passée cette première semaine de juillet 2006, le phare va s’éteindre. Zizou ne jouera plus de match officiel, ce sera sa dernière compétition, son jubilé. A 34 ans et plus tous ses cheveux, il va définitivement prendre sa retraite. Ah ! si seulement Roger Milla pouvait lui prêter une de ses sept vies !

 

Zinédine Zidane se retire, mais le monde du football ne l’oubliera pas, parce que l’impression qu’il laisse est ineffaçable. En mouvement sur l’aire de jeu, en photo, et même en pub, Zidane offrait au football quelque chose d’unique, qui tenait à la fois du sport et du spectacle, du rêve et de l’exploit. Cette Coupe du monde achève de le confirmer, il aura été le plus grand joueur de sa génération, et sans doute aussi, l’un des plus grands champions de l’histoire du football. Un géant, un monument.

 

A la veille de la Coupe du monde 98, j'avais lu un bel article commis dans L’Equipe Magazine par  Johan Cruyff, dans lequel il commentait les supputations des critiques sportifs argentins sur les joueurs ayant marqué l’histoire du football. L’idée était que les époques aussi bien que les joueurs étant difficilement comparables, le meilleur footballeur de tous les temps n’existe pas ; que des joueurs se sont clairement distingués à chaque décennie. Les années 50 avaient été celles de Di Stefano, les années 60 celles de Pelé, les années 70 celles de Cruyff et les années 80 celles de Maradona. Et Cruyff concluait que les années 90 resteraient sans roi. Et pour cause, expliquait le triple Ballon d’Or France Football, le football est devenu un véritable commerce et le jeu a cessé d’être quelque chose de naturel. Désormais, les enfants encore très petits, entrent dans un système où il leur est très difficile de développer tout leur talent. Selon Johan Cruyff, « le football est quelque chose qu’on apprend dans la rue, qu’on vit dans la rue et qu’on améliore dans la rue ». Or, « on ne joue plus dans les rues depuis des années et les enfants, dès l’âge de six ou sept ans, commencent à fréquenter des écoles de football où l’on tue peu à peu en eux tout sens de l’improvisation. Très tôt on leur inculque qu’il faut jouer pour l’équipe et ils se retrouvent presque tous pareils. A tel point que, quand un garçon de quinze ou seize ans fait quelque chose qui sort un peu de l’ordinaire, tout le monde commence à parler d’un joueur ‘’atypique’’ alors qu’en réalité ce n’est pas le cas. »

 

Zinédine Zidane n’a-t-il pas échappé à cette morosité ? Je pense qu'il était bien atypique. S’il n’a pas traversé une décennie entière, de son immense talent, il a marqué la seconde moitié des années 90 et la première des années 2000. Zizou n’était pas seulement un footballeur, mais une sorte de chorégraphe, un véritable danseur, un artiste qui, du ballon,  savait faire avec ses pieds, ce que d’autres parviendraient à peine à faire avec leurs mains. Johan Cruyff, encore lui, écrivait qu’ « un joueur hors série est celui qui fait des choses que la majorité est incapable de faire. Il peut s’agir de sa rapidité, de son tir, de sa vision de jeu, de son jeu de tête ou de son dribble, mais tous ces ingrédients ne font de personne le meilleur. Pour être le meilleur, il faut avoir presque toutes ces qualités, physiques et techniques, mais aussi beaucoup d’autres éléments. Il faut être un gagneur et il faut être décisif dans les victoires de son équipe, il faut être un leader sur le terrain et en dehors, il faut gagner le respect de tous, compagnons et adversaires. Au fond, tout le monde s’attend que chaque fois que le meilleur a le ballon entre les pieds, il invente quelque chose que les autres n’auraient même pas l’idée d’essayer. Mais il faut aussi qu’il joue quand il n’a pas le ballon. » Zinédine Zidane était tout cela à la fois. A la fin de France - Brésil de samedi dernier, le roi Pelé en personne a dit de lui qu’il est un « magicien ».  Et encore, Diego Maradona estimait que Zidane jouait petit bras et n’utilisait que 60% de son potentiel. Que n’aurions-nous alors vu s’il s’était donné à fond en exploitant seulement 90% de ses moyens ?!

 

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Jeudi 29 juin 2006 4 29 /06 /2006 00:00

Lequel des deux Founding Fathers  l’emportera ? John Fru Ndi et Bernard Muna se disputent le corps en décomposition du Sdf. L’un a tenu le congrès de son Social Democratic Front à Bamenda, l’autre le sien à Yaoundé. Ils multiplient désormais manœuvres et procédures, afin de s’attirer les faveurs de leur ennemi commun, le régime Rdpc qui est appelé à arbitrer cette guerre fratricide. En panne d’idées et essoufflé par le passé et le passif d’une décennie d’un difficile combat infructueux, John Fru Ndi donne l’impression, dans cette bataille de trop, de vouloir coûte que coûte s’accrocher à son statut de chairman - entendez, président de l’opposition -, à partir duquel il est pourtant aujourd’hui évident qu’il ne peut plus faire avancer la lutte pour la démocratie au Cameroun.

 

 

Si au Sdf de Bamenda, le slogan à la mode n’était pas le ‘’politik no bi book’’ (la politique ce n’est pas l’école), Fru Ndi aurait pu voir en Muna, non pas un ennemi, mais, la deuxième génération de dirigeants du Sdf qui prendrait de ses mains, le flambeau de l’opposition, pour le porter plus haut, avec d’autres arguments. Bernard Muna, c’est un peu le fils que Fru Ndi et feu Siga Asanga auraient pu faire ensemble. Chez le premier, il aurait pris les dons d’orateur qui sait apporter au petit peuple la bonne parole du changement. Du second, il aurait hérité du sens des valeurs et de la grande capacité d’analyse et de proposition.

 

 

Indéniablement, l’ancien Bâtonnier de l’ordre des Avocats du Cameroun, a des atouts que nombre d’acteurs de la scène politique camerounaise lui envieraient. Anglophone, mais francophile, il est né au pouvoir et a grandi dans la contestation. Tour à tour, journaliste, magistrat et avocat, il a des états de service qu’il a fait falloir sur le plan international, notamment au Tribunal pénal international pour le Rwanda dont il a été le procureur général adjoint. Son réseau d’amitiés et de connaissances, laisse croire qu’il pourrait amener à la politique camerounaise, le maillon qui lui fait défaut : les classes moyennes. Bernard Muna a juste besoin d’un appareil politique solide pour apparaître demain comme une alternative crédible au régime Rdpc.

 

 

Il ne devrait par conséquent pas s’attendre à ce que le pouvoir de Yaoundé lui fasse un tel cadeau en lui apportant le Sdf sur un plateau en or. A mon avis, le régime Rdpc arbitrera la guerre fratricide des Founding Fathers en faveur de Fru Ndi et du Sdf de Bamenda. D’abord, parce qu’il l’a toujours fait ; chaque fois que Fru Ndi était en proie à des difficultés internes au Sdf, le pouvoir de Yaoundé a volé à son secours. Je ne vois pas de raison pour qu’il n’en soit pas de même cette fois encore. Après avoir atomisé l’Upc et aidé l’Undp à se saborder, le régime Rdpc ne veut pas donner l’impression de vouloir fragiliser ou détruire Fru Ndi. Il n’y a d’ailleurs aucun intérêt. John Fru Ndi est l’opposant que Paul Biya s’est choisi. Il incarne une opposition limitée, prévisible et sans perspectives. C’est le moindre pire dont le régime a fini par bien s’accommoder. Alors, pourquoi changer, juste pour changer ?

 

 

Après avoir demandé qu’on s’apaise et qu’on se taise, je doute fort que Biya se fasse à l’idée d’un nouveau challenger. Fru Ndi et lui, c’est nos Laurel et Hardy à nous. Un duo loufoque qui marche à la force des différences. L’un ne survivrait pas à la disparition de l’autre. Sans Biya, Fru Ndi perdrait son fond de commerce et n’existerait plus. Privé de Fru Ndi, Biya se retrouverait face au vide, et rien ne lui fait autant peur que d’imaginer la force de résistance qui pourrait naître de ce vide. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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