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Mercredi 6 décembre 2006 3 06 /12 /2006 00:00

Aujourd’hui c’est le 1er décembre, journée mondiale consacrée à la lutte contre l’ennemi invisible qu’est le sida. Depuis l’identification du Vih /sida au début de la décennie 80, la pandémie a fait plus de 20 millions de victimes dans le monde, dont 2,9 millions en 2006. Le programme Onusida des Nations Unies sur le Vih / sida estime le nombre total de personnes vivant avec le virus à près de 40 millions. Et, le sida continue ses ravages au rythme de 4,3 millions de nouvelles contaminations annuelles, dont plus de 530 000 enfants.

 

 

 

Comme de bien entendu, le continent noir demeure la partie du monde la plus touchée. En Afrique au Sud du Sahara où 2,8 millions de personnes ont encore été contaminées cette année, 4 nouvelles personnes meurent de sida chaque minute qui passe.

 

 

 

Ces statistiques froides, aussi effrayantes soient-elles, ne rendent pas suffisamment compte des drames humains vécus au quotidien dans les familles. Ces enfants en très bas âge qui deviennent subitement orphelins et sans guide dans ce monde si difficile. Cette progéniture longtemps espérée mais trop tôt enterrée parce que contaminée à la naissance par une mère qui ne se savait pas atteinte. Ou encore, cet être cher ou aimé, que l’on accompagne douloureusement dans sa double mort sociale et biologique.

 

 

 

En famille, au bureau ou dans le voisinage,  chacun de nous a déjà dû rencontrer au moins une fois une personne atteinte de sida. J’incline donc à penser qu’il n’y a plus d’homme assez inconscient pour continuer à voir dans le Vih, un syndrome inventé pour décourager les amoureux. Le sida existe et il faut lutter contre. En attendant la découverte espérée d’un vaccin, la prévention reste la seule arme dont dispose l’humanité contre le Vih.

 

 

 

La prévention, mais pas nécessairement l’abstinence qui est un vœu pieux, une belle utopie. La prévention, par la systématisation des rapports protégés, sauf peut-être avec des partenaires jugés fiables, notamment après des tests de dépistage. Chacun devrait s’imposer le courage de se faire dépister, pour connaître son état. Le sida, il est vital de savoir si on l’a ou si on ne l’a pas. Quand on sait qu’on l'a, on peut éviter de contaminer les autres et préserver des vies. En plus, quand on sait assez tôt qu’on l’a, on peut suivre un traitement adéquat, pour vivre le plus longtemps possible, parce qu’on peut rester séropositif de 20 à 30 ans.

 

 

 

Il n’y a pas longtemps, j’étais en consultation à l’hôpital Laquintinie chez un médecin qui impose systématiquement le dépistage à ses patients parce qu’il ne souhaite écarter aucune hypothèse dans son diagnostic, même pour la maladie la plus bénigne en apparence. Seulement, la plupart des patients ne reviennent pas prendre connaissance des résultats de leurs tests de dépistage. Les enveloppes abandonnées forment une montagne sur la table du docteur. Les tests négatifs sont soulignés au marqueur vert et les tests positifs, ceux des personnes contaminées sont soulignés au marqueur rouge. Les rouges dominent largement les verts. Et, parmi ces rouges, véritables bombes ambulantes libres de toute tentation dans la nature, il y a peut-être votre partenaire d’un jour ou de toujours. Raison de plus pour se sentir concerné.

 

 

 

Par melvin - Publié dans : Libres propos
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Samedi 2 décembre 2006 6 02 /12 /2006 00:00

Toute la ville de Douala en parle. Des amis m’en ont fait un résumé. Jean – Lambert Nnang a affronté Joseph – Antoine Bell sur les antennes de Rfi. Le débat, à ce qu’il semble, a souvent volé bien bas. Normal, en public, chacun s’exprime avec les arguments de son éducation ; celle de certains leur autorise l’outrance et l’offense. Mais, Bell et Nnang, sur le même ring, ce n’est qu’une illusion médiatique. Les deux ne boxent pas dans la même catégorie. L’un est un grand nom du football camerounais, l’autre veut y écrire le sien.

 

Jean - Lambert Nnang qui n’eut jamais, ni la mémoire d’un Abel Mbengue, ni la verve d’un Abed Nego Messang de regrettée mémoire, a le mérite d’être devenu une référence dans le désert de la télé unique. Il a su se donner un statut de star en côtoyant les vedettes des Lions indomptables et doit aujourd’hui à sa fidélité à Iya Mohamed, d’être devenu le directeur – général d’une Fécafoot qui n’est même pas à la mesure de l’organisation d’un tournoi Interpoules et fait descendre le football camerounais encore un étage en dessous, chaque année.

 

Pour avoir été un pestiféré dans sa famille d’origine, du fait de son caractère bien trempé, Jean – Lambert m’étonne lorsqu’il reproche à Bell de demeurer critique. Le connaisseur du football qu’on voit en lui me surprend davantage lorsqu’il reprend contre l’ancien gardien des Lions indomptables, des arguments de bistrot du genre : qu’a-t-il déjà fait pour le football camerounais ? Quelles preuves a-t-il déjà faites qu’il peut être un dirigeant de ce football ? Pour ce que Bell a déjà fait, l’histoire ne peut pas être réécrite. Pour ce qu’il peut encore faire, il faut être particulièrement de mauvaise foi pour prétendre qu’il ne peut rien apporter au football camerounais.

 

Et pourquoi n’y a –t-il qu’à Joseph – Antoine Bell que l’on demande de produire des preuves de ce qu’il peut faire, pour jouer un quelconque rôle dans ce football ? D’autres qui n’ont pourtant pas les mêmes états de service que lui, ont juste besoin de quelque familiarité et des courbettes, pour devenir entraîneur, directeur – général, président, voire ministre. En plus, lorsque Bell fut le capitaine respecté de la grande Olympique de Marseille, avec dans les rangs des joueurs européens de classe internationale tels que les Français Giresse, Papin et les Allemands Klaus Allofs et Förster, au Cameroun, il n’avait pas suffisamment prouvé qu’il pouvait être capitaine des Lions indomptables. On lui préféra Stephen Tataw. C’est tout dire.

 

Demander des preuves préalables à Bell est une manœuvre, parmi d’autres, pour mieux l’écarter de la gestion du football Camerounais. Après tout, ce pays qui peut tout de même se passer d’esprits aussi brillants que Jean-Jacques Ekindi ou Sanda Oumarou, pour ne citer que ces deux là, n’a pas nécessairement besoin de Joseph – Antoine Bell.

 

Bell est incontrôlable et gêne beaucoup de gens, et pas seulement dans le petit  monde du football camerounais. Son problème c’est d’être brillant, de se montrer le meilleur, en faisant voir que d’autres sont nuls. C’est une sorte  de Patton camerounais : un général brillantissime, aimé du petit peuple, mais qui n’eut jamais les faveurs de l’establishment, parce qu’il ne savait pas la fermer.

 

 

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : chez les lions
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Vendredi 1 décembre 2006 5 01 /12 /2006 00:00

Mieux vaut tard que jamais, dit-on. Après 15 ans de déni, le gouvernement camerounais se convertit à la Ceni. Une Commission électorale nationale indépendante pourrait bientôt voir le jour, afin de crédibiliser les élections camerounaises. C’est du moins l’impression que donnent les consultations improvisées de l’Immeuble Etoile, où des personnalités du monde politique et de la société civile ont été invitées à aller enrichir le projet de commission électorale que le gouvernement s’apprêterait à déposer à l’Assemblée nationale. Une élection c’est un grand rendez-vous pour une nation. C’est le moment où le peuple donne à ses gouvernants le quitus dont ils ont besoin pour mener à bien leur mandat. Le philosophe Fabien Eboussi Boulaga dirait que l’élection est « une technique de création ou de renouvellement du contrat social, de la confiance mutuelle, du cadre de résolution pacifique des conflits et d’arbitrage de revendications concurrentielles ».

 

 

Depuis le retour du Cameroun au multipartisme en 1991, les élections, au-delà de la pluralité de candidatures, n’ont pas été de grands moments de démocratie. Que de rendez-vous manqués de la nation avec elle-même ! De mars 1992 à octobre 2004, huit scrutins électoraux ont été organisés au Cameroun. Et, à chaque fois, le parti au pouvoir, le Rdpc, s’est fait proclamer grand vainqueur d’une petite élection conspuée par l’opposition. Et pour cause, ces élections sont organisées par une Administration proche du parti au pouvoir, avec son armada de sous – préfets érigés en faiseurs d’ ‘’élus’’, comme d’autres hier, faisaient des rois. Toute l’importance de la commission électorale indépendante est, non pas de mettre l’Administration hors-jeu – elle reste malgré tout incontournable -, mais de ne plus en faire le maître d’un jeu électoral, dont à dire vrai, ses nombreuses charges quotidiennes ne lui laissent que peu de temps. Du recensement des électeurs au décompte des voix, les phases essentielles du processus électoral seraient du ressort de la Commission électorale indépendante. Des tâches primordiales comme les inscriptions sur les listes électorales, l’établissement des bureaux de vote, la confection du matériel électoral, seraient effectuées par la commission, ou sous sa houlette.

 

 

L’opposition camerounaise réclame la création d’une Commission électorale nationale indépendante depuis 15 ans. Même l’Eglise catholique, pourtant si réservée ici, en a fait une revendication cardinale. Seulement, le pouvoir Rdpc n’en a jamais voulu. On avait ainsi  pu entendre le ministre Kontchou professer en 1992 que le Cameroun a le code électoral le plus abouti et le plus moderne d’Afrique, voire du monde. Ce qui n’avait pour autant pas empêché une autre éminence grise du régime, d’aller, une décennie plus tard, pasticher l’Onel sénégalais, pour en faire le modèle camerounais de démocratie avancée. Mais, l’Onel ne fut qu’un observateur lié et impuissant, là où on a besoin d’un organisateur libre et fort.

 

 

Alors, pourquoi le pouvoir Rdpc donnerait-il aujourd’hui à l’opposition ce qu’il lui a toujours refusé depuis 1991 ? Peut-être parce que le prince en a assez que les Anglophones du Commonwealth lui rappellent ce sujet chaque fois que son chemin croise le leur. Peut – être aussi qu’après avoir préservé l’essentiel, avec la présidentielle d’octobre 2004, le meilleur élève a déjà assimilé la nouvelle démocratie d’Afrique francophone, actuellement enseignée au Togo et au Gabon, où l’élection présidentielle est verrouillée et les élections législatives ouvertes. Toujours est-il qu’en organisant les consultations de l’Immeuble Etoile, ce pouvoir qui ne se rabaisserait pas à céder aux exigences de son opposition ou de la communauté internationale, veut donner l’impression de n’être pas sous pression, et avancer, comme un gage de sa profonde envie d’assainir les pratiques électorales au Cameroun, que l’initiative est la sienne.

 

 

L’opposition, de Anicet Ekane à John Fru Ndi, en passant par Jean-Jacques Ekindi, s’est rendue de bon cœur à ces consultations. Elle n’avait d’ailleurs pas trop le choix. D’abord, la Commission électorale nationale indépendante est une exigence constante qu’elle formule depuis 1991. Ensuite, dans un pays, c’est l’opposition qui fait la paix ou la guerre, et l’opposition camerounaise a manifestement choisi de faire la paix.  Elle n’a jamais refusé de saisir la main tendue de ce pouvoir qu’elle sait pourtant roublard. Enfin, elle a intérêt à ce que les prochaines élections législatives en juin 2007, soient transparentes, afin d’empêcher le Rdpc d’obtenir cette majorité qualifiée qui lui permettrait d’envisager la modification de la constitution pour en expurger la limitation des mandats présidentiels.

 

 

Passé l’enthousiasme des consultations, il sera toujours temps de se rendre compte que cette Ceni souvent proclamée comme un mot magique, n’est pas une panacée. Après tout, il y a bien des commissions électorales indépendantes dans certains pays africains où les élections sont encore et toujours contestées. La Ceni à elle seule ne se suffit pas. Les élections tiennent de la démocratie : seuls, les textes ne servent à rien. Il faut en plus des hommes qui y croient et qui les mettent en pratique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : politique
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Mardi 14 novembre 2006 2 14 /11 /2006 00:00

Plus qu’une poignée de jours et on saura qui sera le 51e Ballon d’Or France Football, et donc, pratiquement le meilleur footballeur du monde. Celui-là aura en tout cas été choisi parmi les footballeurs évoluant en Europe, par un jury international composé de 52 journalistes sportifs européens, à raison d’un journaliste par pays affilié à l’Union européenne de football (Uefa). Les règles du jeu sont simples. Au vu des articles 5, 6 et 7 du règlement établi par le journal France Football, organisateur du prix, « Chaque juré désigne les noms de cinq joueurs par ordre décroissant de mérite (…)  Ces noms sont puisés dans une liste de 50 joueurs préalablement établie par la rédaction parisienne de France Football. Les cinq joueurs cités se voient respectivement attribuer 5, 4, 3, 2 et 1 points. Le trophée du Ballon d’Or France Football est attribué au joueur totalisant le plus grand nombre de points. »

 

A 13 jours de l’annonce officielle du Ballon d’Or le 27 novembre, les jeux sont pratiquement  faits. Les 52 journalistes européens doivent avoir déjà voté. Il ne reste plus qu’à la rédaction de France Football de dépouiller les votes, délibérer et réaliser la traditionnelle interview avec l’heureux élu. Au Cameroun, on attend de savoir si Samuel Eto’o sera celui là. Depuis maintenant quatre ans, le buteur des Lions indomptables est abonné au classement du Ballon d’Or où il est en progression constante. Cette année, il fait office de favori. Le monde du foot lui reconnaît l’étoffe du Ballon d’Or. Même le Français Thierry Henry, un des sérieux prétendants au titre 2006, concède que « si Eto’o avait été Brésilien, il y a longtemps qu’il aurait été élu Ballon d’Or ».

 

Avec sa belle saison 2006, Samuel Eto’o peut devenir le premier Africain à être sacré, après le Libérien George Weah en 1995, mais surtout, le premier footballeur après l’Anglais Kevin Keegan en 1978, à devenir Ballon d’Or en année de Coupe du monde, sans avoir participé au Mondial. Pour la deuxième année consécutive, il a été sacré champion d’Espagne avec le Barça, qu’il a aidé à remporter sa première Champions League depuis 1992. Malgré une absence de près d’un mois pour cause de Coupe d’Afrique où il a été fait soulier d’or, Samuel Eto’o a terminé en tête des buteurs du championnat d’Espagne, rééditant sa performance de 2005. Les journalistes européens ont fait de lui le meilleur joueur de la finale de la Champion ’s League 2006. Il a été une fois de plus désigné cette année comme le meilleur attaquant d’Europe et figure encore dans l’équipe type de la Fifpro , formée par plus de 30 000 footballeurs professionnels de par le monde.

 

L’élimination du Cameroun de la Coupe du monde 2006 ne semble pas l’avoir défavorisé, dans la mesure où le Mondial allemand n’a finalement mis en valeur aucun des prétendants sérieux au Ballon d’Or. Tout comme son absence des terrains depuis un mois, pour cause de blessure, a achevé de révéler son importance dans le jeu barcelonais, au point d’en faire LE joueur essentiel du Barça. Depuis son absence, Eto’o n’a jamais été autant présent dans les médias sportifs européens. Il n’y a plus de match du Barça où les commentateurs ne regrettent de ne pas le voir sur la pelouse. L’engouement des télévisions et des quotidiens sportifs européens à décrocher un entretien avec lui, est tel que le pichichi a dû se réfugier à Majorque, à l’abri des caméras, pour entreprendre sa rééducation. Etre devenu le chouchou de ces journalistes qui votent ne peut être qu’un bon signe : Eto’o a gagné des points là où hier, on lui crachait dessus. 

 

Qu’est – ce - qui, dès lors, pourrait objectivement empêcher le Camerounais de devenir le 51e Ballon d’Or ? Certains évoquent sa blessure. On a pu par exemple entendre Didier Drogba et Nicolas Anelka déclarer qu’ils voteraient volontiers Eto’o …s’il n’était pas blessé. Mais, en quoi sa blessure serait-elle un obstacle à son sacre ? Le Ballon d’Or se joue sur toute l’année civile : 12 mois, de janvier à décembre. Eto’o est blessé pour 5 mois, c’est vrai. Mais, pour l’année 2006 qui juge le 51e Ballon d’Or, il n’aura été blessé que 1 mois et demi. Ce qui signifie aussi qu’il a brillé pendant 10 mois et demi. Pour cette année 2006, d’autres sérieux prétendants, Thierry Henry et l’Italien Buffon notamment, ont souvent été à l’arrêt pour cause de blessures. Ils n’en sont pas moins des favoris et personne ne leur reproche ces absences.

 

Le cas de Buffon est beaucoup plus curieux. L’Italien, grand admirateur de Thomas Nkono qui lui donna envie de devenir gardien de buts, est certainement un grand gardien. Il a été champion d’Italie avec la Juve et champion du monde avec l’Italie. Mais, personne ne se souvient qu’il ait été décisif pour l’un ou l’autre titre. Mais encore, il joue désormais en deuxième division. Ce qui est pour le moins un sérieux handicap : il ne joue pas la Champion ’s League qui est déterminante en Europe et personne ne voit ses matches de championnat. Autant dire que Buffon, au-delà de sa blessure en début d’année est absent du jeu depuis la fin de la Coupe du monde. Au moins depuis quatre mois. Donc, beaucoup plus longtemps qu’Eto’o. Dès lors, au nom de quelle logique ferait-on de lui, comme Michel Platini et Didier Deschamps le souhaitent,  le premier gardien de buts sacré depuis Yachine en 1963 et, surtout le premier joueur à être élu alors qu’il évolue en deuxième division ?

 

On verra bien si le Ballon d’Or France Football a des logiques que la logique du football ignore.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : chez les lions
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Vendredi 3 novembre 2006 5 03 /11 /2006 00:00

Il y avait des sommets France – Afrique et il y aura désormais aussi des sommets Chine – Afrique. Le premier du genre se tient à Pékin ce week-end, dans le cadre de la 3e Conférence ministérielle du Forum sur la coopération sino – africaine. Ce sommet du 3 au 5 novembre qui connaîtra la participation d’une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement africains, dont les présidents Thabo Mbéki d’Afrique du Sud et Olusegun Obasanjo du Nigeria, parmi les plus importants, devrait consacrer le nouveau partenariat stratégique entre la Chine et l’Afrique, basé, dit-on, sur « l'égalité, la confiance mutuelle, et la coopération gagnant -gagnant ».

 

 

On dit souvent que qui se ressemble, s’assemble. Par certains points, l’Afrique et la Chine se ressemblent trop, pour ne pas s’assembler. La Chine est par exemple attachée à sa longue histoire ponctuée d’événements et un style unique, qui ont rendu célèbre sa culture cinq  fois millénaire, tout comme l’Afrique est fière de son héritage culturel et de ses traditions de longue date. De même, la Chine est le pays en développement le plus vaste, tandis que l’Afrique concentre le plus grand nombre de pays en développement. Les deux continents – la chine en est bien un – ont beau être lointains, l’un de l’autre, ils se fréquentent depuis des millénaires.

 

 

En effet, les contacts entre la Chine et l’Afrique ont commencé au IIe siècle avant Jésus - Christ, lorsque un Chinois du nom de Du Huan, de la dynastie des Tang, effectua un voyage dans les pays arabes. Et, depuis Du Huan, l’amitié entre les deux continents a résisté à l’épreuve du temps et à bien de vicissitudes, pour être aujourd’hui une coopération étendue, allant de l’économie à la diplomatie, en passant par la culture et le sport. Selon le gouvernement chinois, le commerce bilatéral sino-africain s’est chiffré en 2005 à 39,74 milliards de dollars, soit pratiquement le double de celui de 2000. Et, au premier semestre de cette année 2006, la valeur du commerce bilatéral sino-africain avait déjà atteint 11,54 milliards de dollars, soit une augmentation de 52% par rapport à la même période en 2005.

 

 

Les échanges entre la Chine et l’Afrique sont donc en perpétuelle augmentation, et se font souvent au grand dam des puissances occidentales dont certaines en pâlissent ouvertement de jalousie. Hier, réservoir de matières premières pour l’Occident, l’Afrique semble aujourd’hui vouloir se donner à la Chine qui a de quoi lui plaire. En effet, la Chine est devenue un géant. Même si on a toujours du mal à la classer parmi les pays développés, elle est tout de même la 6e puissance mondiale en matière de PIB. Et d’ailleurs, si on compte Hong – Kong comme appartenant à l’Empire du Milieu, la Chine est la 4e puissance mondiale, devant la France …

 

 

Avec les Chinois, l’Afrique gagne un fournisseur important et un client riche qui fait tomber sur le continent une pluie d’aides financières, de prêts préférentiels et de programmes de soutien divers. Cumulativement, la Chine a investi en Afrique un total de 6,27 milliards de dollars couvrant les domaines aussi divers que le commerce, l'industrie de transformation, l'exploitation de ressources, les télécommunications, l'agriculture. Dans le cadre de l'aide gouvernementale, elle a réalisé 720 projets clé – en - main pour 49 pays africains. Elle a déjà annulé 1,2 milliard de dollars de dettes contractées par 31 pays du continent.  

 

 

Les Chinois apportent également à l’Afrique leur force de travail très appréciée. L’Empire du Milieu compte actuellement quelque 78 000 ouvriers engagés sur le continent dans la construction des routes, de ponts, de voies ferrées, et autres bâtiments. La Chine est capable de fournir un ingénieur des travaux publics à 100 dollars par mois, soit 100 fois moins cher qu’un ingénieur européen. En plus, l’ingénieur chinois a l’avantage d’être humble ; il ne revendiquera pas la science infuse et ira vivre dans les mêmes quartiers populeux que les ouvriers africains, sans se réclamer d’une race supérieure. Le gouvernement chinois ne donne pas non plus des leçons de démocratie et de bonne gouvernance aux dirigeants africains. Sans compter que la Chine est aussi l’un des 5 membres permanents détenteurs du droit de veto à l’Onu. Et certains pays africains auraient tort de ne pas avoir un tel allié puissant qui peut, sans remords, fermer les yeux sur les violations des droits de l’homme et le mépris de la démocratie.

 

 

Les Africains ont le droit de se retourner vers la Chine. Mais , de là à penser que les Chinois viennent investir sur le continent pour aider l’Afrique, il y a un pas que les Africains auraient tort de vite franchir. Il ne faut pas prendre la Chine pour ce qu’elle n’est pas. Les Chinois ne sont pas de bons samaritains. D’ailleurs, il y a encore des esclaves chez eux ; ce qui en dit long sur leur respect de l’humain. L’Afrique est juste un eldorado qui leur permet de subvenir à leurs besoins de survie et étancher  leur soif de grandeur.

 

 

Besoins de survie d’abord. La poursuite à un rythme accéléré du taux de développement de l’Empire du Milieu condamne la Chine à la recherche effrénée des ressources énergétiques. Elle trouve dans l’Afrique, un réservoir de pétrole accessible et bon marché. Elle va y puiser abondamment. Au passage, elle récupère une partie des yuans dépensés dans l’achat du pétrole, en écoulant sur le vaste marché africain, toutes les chinoiseries sorties de son industrie. Plus encore, le projet de création de tout un quartier chinois dans la ville de Luanda en Angola, laisse penser que certains pays africains pourraient demain servir de colonies de peuplement à la Chine. Il faut quand même garder à l’esprit que l’Empire du Milieu peut envoyer 10 millions de Chinois dans chacun des 53 pays africains et demeurer encore le pays le plus peuplé au monde.

 

 

Soif de grandeur ensuite.   La Chine ambitionne de devenir le pays le plus puissant du monde. Dans cette perspective, l’Afrique peut être un champ d’expérimentation du leadership qu’elle veut se donner. Jusqu’ici, la Chine entretenait des relations bilatérales suivies avec chacun des pays africains pris individuellement. Aujourd’hui, elle se sent la capacité  de leur parler tous ensemble. Il y a ainsi des signes qui ne trompent pas. Il y avait des sommets France – Afrique et il y a maintenant des sommets Chine – Afrique. Et, demain, peut-être, il y aura une Chinafrique comme il y a une Françafrique. En tout cas, l’Afrique étant devenue stratégique pour la survie de la Chine , celle-ci sera de plus en plus tentée de s’ingérer dans la gestion des pays africains. La super-puissance chinoise s’éveille en Afrique.

 

 

Napoléon disait : quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera.

 

 

Par melvin - Publié dans : Libres propos
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