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Mercredi 20 décembre 2006 3 20 /12 /2006 00:00

Après une année passée au purgatoire de la D 2, Tonnerre Kalara Club de Yaoundé retrouve la première division. C’est plutôt une bonne nouvelle pour le football local camerounais, pour autant qu’il en existe encore un. On peut ne pas aimer le président du Tkc, un homme de mauvaises manières, cassant, roublard et profondément trempé dans les magouilles qui ôtent au football toute son essence au Cameroun. Mais, Tonnerre fait partie du patrimoine du football camerounais. Tkc, c’est le vainqueur de la toute première coupe d’Afrique des clubs vainqueurs de coupes, le club qui a révélé au monde, Roger Milla, George Weah et Rigobert Song. C’est aussi la marque de fabrique du beau football, à l’époque où se disputait encore un vrai championnat dans ce pays. Tonnerre de Yaoundé a sa place, toute sa place en première division. Il fait partie avec le Canon de Yaoundé, l’Union de Douala et le Racing de Bafoussam, de ces clubs de tradition, qui, mieux structurés et bien gérés, pourraient redonner au football local camerounais, sa popularité et son prestige d’antan.

 

 

Les conditions du retour de Tkc sont cependant abracadabrantesques. Les Kalara boys reviennent en D1 sur tapis vert. Ils avaient déjà pareillement obtenu leur billet pour les Interpoules. Mais, à qui la faute ? Pas à Tonnerre en tout cas, qui fut victime à Garoua d’une véritable injustice que la Fecafoot voulut d’abord ignorer, et qu’elle est obligée de réparer sur le tard, mais en violant grossièrement ses propres textes et l’éthique du football. Le prochain championnat se jouera donc à 18 clubs, au lieu de 16. Parce que la fédération n’ose pas sanctionner As Cetef de Douala qui ne mérite pas d’accéder en division d’honneur, pour avoir interrompu à la 95e minute, au moment où il était éliminé, son match contre Tonnerre et pour avoir rossé sur l’aire de jeu, l’arbitre de la partie ;  ce qui est bien plus grave encore. Et, pour ne pas qu’il y ait un championnat impair, Cps d’Abong-Mbang, pourtant éliminé à la régulière, accède lui aussi en première division sur tapis vert.

 

 

Cette énième affaire Tkc achève donc d’institutionnaliser une discipline dans laquelle les dirigeants de la Fecafoot excellent : le football de salles, un foot sale, fait de petits arrangements entre amis du comité exécutif, pour favoriser un club ou en défavoriser un autre. Un football où il est de règle que les matches se vendent et s’achètent. Et à ces jeux de marchandages et de corruption, les plus habiles sont aussi ceux-là qui ont fait serment de garantir l’éthique. Le président de la Fecafoot n’est –il pas lui-même  accusé d’avoir acheté un match auprès de Tonnerre de Yaoundé pour le compte de son club Cotonsports de Garoua ?

 

 

Pour une fois, la presse camerounaise, unanime, dénonce la forfaiture. Même le quotidien gouvernemental y va de son petit couplet critique. L’arbre des résultats qui cachait la déliquescence a résolument perdu son feuillage et tout le monde peut y voir clair. Le football camerounais est au sol, et son éthique au sous-sol. Jusqu’où la descente aux enfers ? D’où viendra le sursaut ? Le président de la fédération est tellement obnubilé par ses bons résultats internationaux de 2000-2002, qu’il ne peut reconnaître la faillite actuelle ; son comité exécutif lui est trop lié, pour oser l’affronter ; et le gouvernement a si peur de la Fifa qu’il hésite à lui retirer son agrément. Alors, jusques à quand la Fifa va-t-elle se rendre complice de l’assassinat d’un football qui ouvrit l’Afrique au monde ?

 

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : chez les lions
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Mardi 19 décembre 2006 2 19 /12 /2006 00:00

Pascal Affi Nguessan était à Douala. A la tête d’une importante délégation du Front populaire ivoirien, le parti de Laurent Gbagbo qu’il préside, l’ancien Premier ministre de Côte-d’Ivoire est venu à la rencontre de ses nouveaux amis de L’Union des populations du Cameroun. Les deux partis politiques, le Fpi et l’Upc,  ont ainsi tenu un meeting commun dans la capitale économique, dans le cadre de ce qu’ils ont appelé la ‘’Journée de solidarité entre le peuple camerounais et le peuple de Côte-d’Ivoire’’.

 

Belle récompense pour l’Upc canal historique, dont le soutien à Laurent Gbagbo est constant et clairement affiché depuis le début de la crise ivoirienne. Chaque fois que les développements de cette crise le recommandent, l’Upc prend position en faveur du camp présidentiel ivoirien, auprès de l’opinion, ou en interpellant l’Union africaine et le Conseil de sécurité de l’Onu. Les héritiers de Um Nyobe considèrent que Laurent Gbagbo est le président légitime et légal de Côte-d’Ivoire, élu démocratiquement à l’issue d’élections multipartites, non organisées par lui et que son parti a gagnées. Ils exigent le désarmement immédiat de la rébellion, appellent l’Union africaine à s’opposer à la déstabilisation de la Côte-d ’Ivoire et demandent à l’Onu de faire échec à la tentative de recolonisation de l’Afrique par la France , à travers le cas ivoirien.

 

Les dirigeants du camp présidentiel ivoirien ont été les premiers surpris de la mobilisation en leur faveur de l’Upc qui n’entretenait pas de relations particulières avec le Fpi. Du Cameroun, ils auraient espéré un tel soutien déterminé du parti frère, le Sdf de John Fru Ndi. Jamais formation africaine ne leur a été aussi proche que le Social Democratic Front.  Du temps de l’opposition, même lorsque Fru Ndi lui faisait des infidélités en se rendant chez le président Bédié, Laurent Gbagbo lui restait attaché , l’accueillant à bras ouverts à Abidjan et payant de sa personne lors d’événements organisés par le Sdf au Cameroun. Après son élection à la présidence ivoirienne en octobre 2000, l’une des premières pensées de Gbagbo fut pour le chairman. « J’espère que mon ami Fru Ndi sera bientôt élu président au  Cameroun », déclara-t-il dans une interview qu’il m’accordait au lendemain de son triomphe. Son amitié avec le leader du Sdf méritait bien que le nouveau président ivoirien risquât un incident diplomatique avec le Cameroun. Pour ne parler pas de ces cadeaux de Cocody qui ont dû faire des heureux à Ntarikon.

 

Mais, comme on le dit, certaines générosités sont si grandes qu’elles ne peuvent être payées que par l’ingratitude. L’amitié de Laurent Gbagbo pour le Sdf et son leader est de ces générosités-là, finalement mal récompensées. Depuis 2002 que le père du Fpi est en proie à une rébellion aux multiples facettes, et a besoin de soutiens tant internes qu’externes, John Fru Ndi et son parti sont aux abonnés absents. Un vieux proverbe turc dit : « qui tombe n’a pas d’amis. Trébuchez seulement et regardez ». Laurent Gbagbo apprend à le savoir. Plus il titube, plus le chairman et ses troupes font les morts.

 

Le silence de Ntarikon est d’autant plus coupable que, même Paul Biya, peu suspect de sympathie envers l’ami de son ennemi, a dû venir au secours du président ivoirien. On le sait, le gouvernement camerounais a sauvé le fauteuil de Laurent Gbagbo, en défendant la constitution ivoirienne et la prééminence du président sur le Premier ministre, lors du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine en octobre dernier à Addis-Abeba. Normal, le prince se devait bien de rester logique dans sa logique.

 

Aussi opposés soient-ils l’Upc et le régime Biya sont fidèles chacun à ses valeurs et à ses principes. L’engagement panafricaniste de l’Upc, contre le néocolonialisme et pour l’indépendance véritable de l’Afrique, lui recommande de soutenir Laurent Gbagbo, sans réserve. Tandis que le discours permanent du régime Biya sur le respect des institutions républicaines, l’oblige à voler au secours du président ivoirien en proie à une rébellion. Et le Sdf, à quels principes et à quelles valeurs est-il attaché ? Il n’est pas de gauche comme l’Upc, ni de droite comme le régime Biya. Ni panafricaniste, ni françafricain non plus. Il agit un peu par opportunisme, à la manière d’un homme d’affaires qui sait fleurer le bon filon et l’abandonner quand le vent se met à tourner.

 

Je discutais récemment de ce lourd silence du Sdf, avec  un hiérarque du Social Democratic Front, membre du Nec et ancien candidat malheureux aux législatives de 2002 à Douala. Son argumentation en dit long sur sa connaissance du dossier ivoirien et sur l’épaisseur idéologique du Nec le plus ultra de Ntarikon. Il explique que : 1-il est vain de s’engager dans un bras de fer avec la France , le rapport de force lui étant favorable, elle finira tôt ou tard par imposer ses choix en Côte-d’Ivoire. 2- il est gênant de soutenir Gbagbo parce qu’il est mal élu, s’est entouré d’une jeunesse criminelle, et s’accroche au pouvoir par peur d’aller à des élections qu’il perdra sans doute, son parti ayant en Côte-d’Ivoire la même importance que l’Udc de Ndam Njoya au Cameroun.

 

Décidément, les partis politiques sont à l’image des Etats qu’ils aspirent à gouverner : ils n’ont pas d’amis éternels, ils n’ont que des intérêts éternels.

 

 

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : Côte-d'Ivoire
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Lundi 18 décembre 2006 1 18 /12 /2006 00:00

Les Camerounais rêvaient d’une Ceni, le pouvoir entend leur donner l’Elecam. ‘’Elections Cameroon’’, en anglais dans le texte en discussion à l’Assemblée nationale. La structure en création est appelée à remplacer l’Observatoire national des élections (Onel).  A la différence de l’Onel qui n’était qu’un observateur chargé du contrôle et de la supervision des consultations électorales, l’Elecam sera l’acteur principal des élections. C’est lui qui va les organiser. Sur le papier, l’Elecam a les contours d’une véritable commission électorale indépendante, comme il en existe dans d’autres pays africains. La nouvelle structure hérite de toutes les attributions de l’Administration publique camerounaise en matières électorales et à première vue, des garanties sérieuses sont données quant à l’indépendance de ses membres. Mais, comme le disait le général de Gaulle, une loi ce n’est pas seulement un texte, c’est aussi l’esprit et la pratique de ce texte.

 

L’esprit qui se dégage du texte proposé, et que demain,  la pratique ne manquera pas de confirmer, est la traduction de la duplicité du gouvernement camerounais qui sait vendre la chèvre en retenant la corde. Il suffit d’observer le dédoublement de l’Elecam pour s’en convaincre. L’organe en création sera bicéphale : d’un côté le Conseil électoral, de l’autre côté, la Direction générale. Si l’indépendance des membres du Conseil électoral peut être garantie, et sera même certainement surveillée, il n’en est pas du tout de même de celle des acteurs de la Direction générale. Or, le Conseil électoral ne jouera qu’un simple rôle de supervision et de contrôle, l’organisation véritable des élections revenant à la Direction générale qui n’aurait dû être qu’un simple organe administratif de l’Elecam, mais qui hérite dans le projet de loi, de toutes les phases délicates des élections, comme l’inscription des électeurs sur les listes électorales, l’établissement et la distribution des listes électorales, l’organisation des bureaux de vote, le transport des procès-verbaux des élections, etc.

 

Autant dire que la transparence et la sincérité des prochaines élections dépendront entièrement du bon vouloir des hommes qui conduiront la direction générale de l’Elecam. Or, contrairement à la désignation des membres du Conseil électoral, le président de la République n’aura aucune contrainte véritable dans le choix des animateurs de la Direction générale. Il pourra donc librement y placer des hommes à lui. Comme c’était arrivé avec l’Onel dont le secrétaire général est un ancien ministre du Rdpc, le prince pourra nommer au poste de directeur général de l’Elecam, un commis de l’Etat dont l’indépendance n’est en rien garantie, et qui peut même être lié à un parti politique. Lequel directeur général pourra « solliciter le détachement des fonctionnaires ou l’affectation des personnels de l’Etat relevant du Code du Travail ainsi que des agents décisionnaires ». On croyait avoir écarté l’Administration de l’organisation des élections au Cameroun, on la retrouvera renforcée et légitimée au cœur de l’Elecam, avec toutes ses prérogatives électorales habituelles. Cela s’appelle reprendre d’une main ce que l’on a donné de l’autre.

 

L’Elecam n’est donc qu’un savant mixage de l’Onel et de l’Administration publique camerounaise. L’Onel étant devenu le Conseil électoral dans la nouvelle structure,  et l’Administration publique étant représentée par la Direction générale. Rien de bien grand n’a changé. On a tout simplement mis l’ancien vin dans une nouvelle outre. L’organisation de véritables élections demeurera encore une quête au Cameroun. Celles-là seront, non seulement transparentes, mais aussi, libres et ouvertes aux candidatures indépendantes, aux Camerounais âgés d’au moins 18 ans, et à ceux de la diaspora, soit au minimum 8 millions d’électeurs qui aspirent à choisir leurs dirigeants. Ils en ont le droit.

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : politique
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Mercredi 6 décembre 2006 3 06 /12 /2006 00:00

Il ne tombera pas seul. Poursuivi pour des détournements de deniers publics évalués à près de 29 milliards de francs cfa, en quatre ans, le baobab Gérard Ondo Ndong veut entraîner quelques bananiers dans sa chute. Le baron de la Vallée du Ntem ne comprend pas au nom de quelle raison d’Etat, il devrait être la victime sacrificielle d’un système général de prévarication. Alors, tant qu’à faire, il mouillera tous ceux qui méritent de l’être.

 

 

A commencer par les membres du Conseil d’administration du Feicom. Ils l’ont bien aidé à piller cet établissement public dont ils étaient chargés de garantir la bonne gestion. Bien que les textes régissant le fonctionnement du Feicom disent clairement que les fonctions de membre du conseil d’administration sont gratuites, ces membres n’ont pas pu s’empêcher de s’octroyer de costauds émoluments : 375 000 fcfa par mois et par administrateur, un million de francs par membre et par cession du conseil d’administration. Emoluments auxquels venaient s’ajouter de temps à autres, les largesses légendaires du Dg qui, un jour, offrit une prime spéciale de 12 millions de francs à deux administrateurs nouvellement nommés au gouvernement, afin que « le Feicom participe aux réjouissances ».

 

 

Ces largesses allaient au-delà du conseil d’administration. Bien au-delà. Membres du gouvernement comme membres du parti, artistes comme sportifs, venaient s’abreuver à cette source à millions dont la mission est tout de même d’aider les communes camerounaises à financer leurs travaux. Alors que les villes du pays croulent sous de montagnes d’immondices, avec des routes défoncées, le Feicom d’Ondo Ndong finançait des aides et des missions fictives. Et, quand il lui arrivait de s’occuper des problèmes des communes, charité bien ordonnée commençant toujours par soi-même, il finançait en priorité Ambam, la ville natale du Dg et Mvomeka’a, le village du prince. Ambam a ainsi reçu des financements pour 27 projets dont le montant cumulé représente 27 fois la valeur cumulée des financements accordés aux 20 dernières communes financées, dont la plupart ont pourtant une population supérieure à celle de la petite ville d’Ambam.

 

 

Depuis lundi, les feuilles de choix de la place font leurs choux gras de ce déballage en justice. On ne peut pas mieux se donner bonne conscience. Rien de ce qui se dit au Tribunal de grande instance du Mfoundi n’est vraiment nouveau. La gabegie de Gérard Ondo Ndong au Feicom, comme celle de Gervais Mendo Ze à la Crtv , était visible, publique et connue de tous. Mais, elle n’eut presque jamais la moindre place dans les médias nationaux, ceux de l’Etat, comme ceux à capitaux privés. Et pour cause, Gérard Ondo Ndong parlait bien à ceux qui font et défont l’opinion. Il savait les « mettre en mouvement », comme on dit dans le milieu. Dans certaines rédactions, on se battait même pour être de la caravane d’Ondo Ndong. Tout gratte-papier qui rendait visite au Baron de la Vallée , en repartait les poches pleines d’anciens mambas verts. C’est connu, la bouche qui mange ne parle pas, et celle qui parle ne mange plus.

 

 

Demain, si les Alphonse Siyam Siwé, Gilles Roger Belinga et autres, devaient briser la loi du milieu qui est tout de même celle du silence, on devrait s’attendre à en entendre encore de bien bonnes. Car, aucune société d’Etat, ni aucun ministère, n’échappe à ce système qu’il conviendrait de baptiser ‘’mangecratie’’. Un système où la nomination est avant tout une invitation à s’attabler, et où les victoires du parti, donc, la survie du régime, recommandent que chaque invité partage avec son village, la part du gâteau national qui lui est attribuée.

 

 

Le régime va-t-il alors se faire hara-kiri ? Il faut bien croire que non. De son vivant, le régime n’acceptera pas son procès. Il se contentera de manger quelques uns de ses enfants pour ne pas mourir. Il veillera à ce que le déballage et les dérapages du Tgi du Mfoundi ne se contaminent pas à d’autres. « Le patron a contre chacun de nous un dossier personnel », confiait un jour, un gestionnaire public. La justice se contentera donc d’insister sur ces dossiers personnels pour ne pas ouvrir de boîtes à pandores. Comme il y eut l’affaire Engo et non le procès de la gestion de la Cnps , il y aura une affaire Siyam, et non le procès de la gestion du Port autonome de Douala ; l’affaire Belinga, et non le procès de la gestion de la Sic. Et tant pis pour le bon petit peuple qui pense que ces gestionnaires publics sont sanctionnés pour leur mauvaise gestion. Le Cameroun, comme le disait Mgr Jean Zoa, est aujourd’hui dans la situation d’un homme qui est tombé entre les mains des bandits. Ils vont le dépouiller jusqu’au dernier sou.

 

 

Toutes ces affaires de milliards dilapidés ou détournés, achèvent de convaincre que ce pays n’est pas aussi démuni qu’on l’a fait croire. Il y a de l’argent, mais il est l’affaire d’une petite privilégiature. Jean Zoa disait aussi que s’il n’y a pas d’argent, il faudrait qu’il n’y en ait pas pour tous, il s’il y en a, il faudrait qu’il y en ait pour tous. Ce n’est hélas pas le cas.

 

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : politique
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Mercredi 6 décembre 2006 3 06 /12 /2006 00:00

Ils m’ont rendu visite. Peut-être parce que je suis resté gentil avec les loubards de mon quartier, peut-être aussi parce que je suis l’un des gros contributeurs du Comité d’auto - défense qui supplée à l’absence de la Police à Kotto Bloc, je me sentais invulnérable. Mais, les choses qui n’arrivent qu’aux autres ont fini par m’arriver cette nuit.

 

 

 

Entre 2 heures (heure à laquelle j’ai enfin éteint la télé pour aller me coucher) et 6 heures (l’heure à laquelle la ménagère a constaté les dégâts en se réveillant), des individus, sans doute peu recommandables, sont parvenus à s’introduire chez moi. Manifestement, ils ont escaladé la barrière, puis ont sectionné les anti-vols de la fenêtre d’une pièce qui me sert de bureau, pour accéder à l’intérieur de la maison.

 

 

 

Je ne déplore pas de dommage physique, ni sur moi, ni sur mon épouse, mon fils et la ménagère. En revanche, mes visiteurs sont devenus d’heureux propriétaires de quelques biens auxquels je tenais : un ordinateur portable (le deuxième que l’on me vole en l’espace d’un an), un Home Cinéma de valeur, un téléphone portable et une somme en espèces de 320 000 francs cfa. Soit près de 2 millions de francs envolés. Le fruit de mes économies, de longs mois de travail et de nombreuses privations.

 

 

 

Heureusement que je gare ma vieille Nissan Bluebird dans un parking public. Je serais sans doute redevenu piéton. Encore heureux que mes visiteurs ne sachent pas la valeur des livres ; ils m’auraient délesté de quelques titres précieux. A la simple vue du joli coupe – coupe qu’ils ont abandonné dans la cour, je me dis que nous avons de la chance, mes proches et moi, de dormir du sommeil du juste. Autrement, j’aurais sans doute été tenté de défendre mes biens, les mains nues. Et qui sait, je ne serais  peut-être plus là à animer ce blog.

 

 

 

Ce matin, j’ai appelé mon téléphone volé la nuit. Et j’ai pu converser un instant avec un de mes visiteurs. Le téléphone sonne, parce qu’ils ont quand même le courage de l’utiliser. Ils me narguent :

 

 

 

-          C’est qui ? me demande le visiteur.

 

 

 

-          Je suis le monsieur dont vous avez cambriolé la maison cette nuit.

 

 

 

-          Ah ok ! Merci pour tout.

 

 

 

Fin de la discussion. Le visiteur a raccroché.

 

 

 

Au commissariat où je vais déposer une plainte contre X, pour le cas où, par hasard, on mettrait la main sur mes visiteurs, un inspecteur de police en jupons me vend à 1200 fcfa, un timbre fiscal de mille francs, après m’avoir toisé de haut en bas et de bas en haut, et me demande de repasser mercredi pour avoir le numéro de ma plainte. Rien que ça. Un officier qui passe par là et sent la colère monter en moi, ruine mes derniers espoirs en me demandant de prier. Mon cas est désespéré, il ne sera pas une priorité,  m’explique-t-il nyangalement. Il faudrait un vrai miracle pour que l’on retrouve mes visiteurs ou mes biens. Et pour cause, le commissariat est débordé.

 

 

 

La police camerounaise a besoin à moyen terme d’un minimum de 70 000 policiers pour atteindre l’objectif d’un policier pour 200 habitants de l’ambitieux projet de ‘’police de proximité’’. Or, il y a 5 ans, cette police ne disposait que de près de 10 000 agents. Depuis, quelques 6000 nouveaux policiers ont été recrutés, ou sont en voie de l’être. Mais, le gap reste important. Il faudrait encore recruter 54 000 nouveaux policiers, voire plus, si l’on considère, selon les études de la Délégation générale à la Sûreté nationale qu’il va falloir mettre 7000 policiers en retraite d’ici 5 à 10 ans. Moralité : ne comptez pas sur l’Etat pour votre sécurité ; organisez-vous !

 

 

 

Alors, à quoi sert l’Etat ? A rien évidemment. Il y a longtemps que l’Etat est mort au Cameroun. J’ai beau chercher, je ne vois pas son utilité au quotidien. Il a démissionné de tout. Tout est privatisé, la sécurité, la santé, l’école, les routes. Quelles sont donc les priorités de notre Etat et à quoi utilise-t-il les lourds impôts que nous lui payons ? Ces 10 dernières années, le budget de l’Etat camerounais a encaissé pour environ 15 000 milliards de francs cfa. Il n’y a malheureusement rien de visible qui ait jamais été fait avec tous ces milliards.

 

 

 

15 000 milliards de francs, c’est tout de même 15 millions de millions de francs cfa. C’est beaucoup d’argent. Au lieu de donner ce pactole à un Etat qui sert à pas grand-chose, on aurait pu redistribuer ces millions aux 15 millions de Camerounais que nous sommes. Chacun de nous, même les bébés, aurait reçu 1 million de francs cfa. Et, si mes visiteurs avaient été millionnaire chacun, je ne pense pas qu’ils se risqueraient à cambrioler la nuit, de paisibles maisons de ceux qui ne gagnent leur pain qu’à la sueur de leur front.

 

 

 

Par melvin - Publié dans : Libres propos
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