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Lundi 22 janvier 2007 1 22 /01 /2007 00:00

De l’or noir tchadien, nous ne verrons que le noir, l’or ira reluire ailleurs. Je l’ai tant écrit et réécrit. Mais, mes cris écrits ne pouvaient pas être entendus. A l’époque, le gouvernement était trop occupé à compter par avance les milliards qu’il allait tirer du pipeline. Au point de laisser croire qu’après avoir exploité ses propres gisements pendant trois décennies, sans pouvoir se développer, le Cameroun allait subitement s’enrichir par le simple fait que le pétrole d’un pays voisin enclavé traverse son territoire. L’actualité, aujourd’hui, nous ramène à la réalité. Kribi déjà, touche du noir. Les fuites de fuel de ces jours-ci inquiètent les pêcheurs qui redoutent de voir s’échapper leurs sources de revenus. On peut les comprendre. Les responsables de Cotco ont beau se vouloir rassurants et minimiser l’étendue de la nappe noire et de la pollution, cela se reproduira. Il y aura encore et toujours du fuel dans la mer de Kribi.

 

 

D’abord parce que ce type de projet est polluant par essence. Selon l’ingénieur américain Lois Epsteim, spécialiste des oléoducs, même les systèmes les plus sophistiqués de détection des fuites laissent passer en moyenne 0,002% du pétrole. Près de 10 000 litres de pétrole brut s’échapperaient ainsi chaque jour du pipeline Tchad – Cameroun. Une bonne partie se retrouverait dans la mer kribienne. Ensuite parce que les tankers viendront toujours vidanger leurs cuves à la bouche du pipeline, déversant dans la mer kribienne, le résidu de leurs cargaisons précédentes. Le Cameroun n’a, en effet, ni les moyens techniques, ni les moyens financiers pour imposer le respect des normes internationales qui recommandent que de telles opérations de vidange des cuves s’effectuent en dehors des eaux territoriales.

 

 

Les risques de pollution sont donc réels. La cité balnéaire a été immolée à l’autel des intérêts pétroliers. Pour percevoir près de 7 milliards de francs cfa par an pendant deux décennies, le Cameroun a sacrifié ses belles plages, les plus belles plages du monde. Faire déboucher le pipeline Tchad - Cameroun par Kribi fut une décision politicienne pas très responsable. Il eut été plus conséquent d’orienter l’oléoduc vers Limbé qui fut déjà sacrifiée dans les années 70 pour porter l’industrie pétrolière camerounaise. Les plages de Limbé ne peuvent désormais plus servir pour un tourisme professionnel. Il est rare, aujourd’hui, de s’y baigner sans ressortir marqué de désagréables tâches de goudron. Or, avec l’effritement des gisements de Bonny Light, l’arrivée du pipeline aurait pu être une bonne nouvelle pour Limbé, la pétrolière en voie de désoeuvrement.

 

 

En revanche, s’il y avait la moindre cohérence gouvernementale pour le développement du Cameroun, Kribi aurait dû servir non pas pour jouer un rôle que Limbé joue déjà, mais plutôt, pour la promotion du tourisme professionnel avec ses activités afférentes, profitables aux populations de Kribi, autant qu’à la nation entière. Le tourisme, en effet, enrichit les populations locales, en même temps qu’il approvisionne les caisses de l’Etat. En plus, il est éternel. Tandis que le pétrole est essentiellement passager et  n’enrichit que les exploitants et les gouvernements qui autorisent son exploitation.

 

 

Le littoral kribien, tant qu’il était vierge, restait parfaitement exploitable pour la thalassothérapie, créneau aujourd’hui porteur qui rend prospères et florissantes, des régions entières telles que Biarritz, Arcachon ou bien La Rochelle en France. Egalement, l’exploitation des thallophytes par cultures marines appropriées, et le développement des industries de transformation annexes qui est aujourd’hui une grande source de prospérité tant en Bretagne qu’en Normandie, et encore plus, au Japon et en Australie, aurait pu rapporter des devises à Kribi.

 

 

A l’évidence, ces activités touristiques ne sont ni occultables, ni détournables, comme l’or noir sait l’être. Elles sont justes difficiles à réaliser. Et ici, on aime bien les gains faciles. On a donc sacrifié la vierge unique pour une nuit de clair de lune passagère et ravageuse.

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : politique
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Mercredi 17 janvier 2007 3 17 /01 /2007 00:00

Ils l’ont fait ! Ils l’ont osé faire. Les dirigeants de la Fédération camerounaise de football ont décidé de maintenir Mont Cameroon de Buéa en première division. Contredisant ainsi radicalement la Commission de discipline de la fédération qui, une semaine plus tôt, avait relégué en ligue départementale l’équipe de Buéa accusée, et même convaincue au moins, de tentative d’achat de match, lors de la rencontre Racing - Mont Cameroon du 3 septembre 2006 à Bafoussam. Aucun élément nouveau n’est pourtant intervenu en une semaine, qui justifierait aujourd’hui un tel revirement spectaculaire dans une affaire aussi grave.

 

Initialement, les membres de la Commission de discipline avaient fondé leur décision de rétrogradation sur leur intime conviction basée sur des témoignages et les auditions des personnes impliquées, ainsi que sur la foi des faits dénoncés par écrit dès le coup de sifflet final de ce match scandaleux, par le commissaire du match et des joueurs de Racing de Bafoussam, dont le capitaine. La Commission des recours de la fédération reproche à la Commission de discipline d’avoir basé sa décision sur cette intime conviction, ce qui serait contraire aux textes de la fédération. Le verdict de la Commission de discipline est pourtant parfaitement légal. Il est conforme aux textes de la fédération, et notamment à l’article 22 du règlement intérieur de la Fécafoot qui dispose que « 1) les organes juridictionnels apprécient librement les preuves, 2) ils peuvent notamment tenir compte de l’attitude des parties au cours de la procédure, 3) ils décident sur la base de leur intime conviction ».

 

Le juridisme alambiqué de la Fécafoot ne suffit donc pas à justifier ce revirement surprenant. Surtout quand on sait qu’il y a moins d’un mois,  le club As Cetef de Douala a été admis en première division par la même fédération, en violation flagrante de ses textes. Les raisons sont ailleurs, peut-être dans cette menace que l’on prête aux Anglophones de vouloir organiser leur petit championnat régional à eux dans les provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le moins que l’on puisse constater est que la Fecafoot n’a plus d’autorité sur le football camerounais. Ses propres structures ne lui obéissent plus. Mérite-t-elle seulement qu’on lui obéisse encore dès lors qu’elle n’obéit pas elle-même aux lois qu’elle s’est données? Ses décisions ne sont plus ni légales, ni justes, ni fermes. Elles sont toujours contestables et tout le monde les conteste.

 

Dans les affaires As Cetef – Tonnerre, hier Mont – Cameroon – Racing – Impôts aujourd’hui, et sans doute Panthère de Bangangté demain, le serpent, véritablement, se mord la queue. La fédération de Iya Mohamed est rattrapée par son propre système. Elle ne peut plus sanctionner personne. Elle ne peut pas non plus faire plaisir à tout le monde dans les petits arrangements entre amis. Elle est coincée, bloquée, paralysée. Personne, même pas le président de la fédération ne peut dire avec certitude quand démarrera le prochain championnat de première division, et avec combien de clubs : 16, 18, 20, 22 ? et  pourquoi ?

 

Jamais, au grand jamais, le football camerounais n’a été aussi bas, depuis le scandale de la 8e Coupe d’Afrique des Nations. Le jugement du match Racing – Mont Cameroon est la forfaiture de trop. Cette forfaiture engage le gouvernement camerounais qui ne peut plus continuer à assister silencieux à la mort du football national, en prenant indignement pour prétexte de son inertie, sa révérence aux textes de la Fifa qui elle-même, est  outrée par les échos venant du pays de Roger Milla.

 

Désormais donc, le gouvernement sera complice de l’assassinat du football national. Rien aujourd’hui ne s’opposerait au retrait de l’agrément qu’il continue d’accorder à la Fécafoot pour la gestion du service public qu’est le football. Quatre raisons majeures au moins, plaident pour ce retrait d’agrément : 1) le football camerounais ne produit plus les résultats sportifs qui masquaient jusqu’ici sa faillite, 2) la fédération est désormais incapable d’organiser ses propres compétitions, 3) l’éthique sportive est bafouée avec la complicité de la Fécafoot qui avalise les marchandages autour des matches, ainsi que la violence sur les stades contre ses propres officiels, 4) les  textes de la fédération ne sont plus lois, et ceux qui sont chargés de veiller à leur respect sont les premiers à les violer.

 

Il est temps de secouer le cocotier. A moins que ce gouvernement ne soit même pas à la mesure de la Fécafoot dont les dirigeants bénéficieraient alors de la suprême inviolabilité.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : chez les lions
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Vendredi 12 janvier 2007 5 12 /01 /2007 00:00

« Son Excellence Monsieur le Président de la République  !» A la voix solennelle du directeur du protocole d’Etat, la grande salle du Palais soudain se fige. Tous les regards s’orientent vers la même direction. Le voilà ! Dans un costume toujours d’excellente coupe, le prince avance, le pas assuré et l’air royalement sérieux. Et si seulement le temps pouvait suspendre son vol. Ces moments de janvier, il les veut éternels. La nation, à travers son élite, est venue lui signifier sa reconnaissance et lui souhaiter longue vie. Bientôt, des généraux, des ministres, des magistrats, des édiles, des députés, des universitaires, des hommes d’affaires,  viendront se prosterner devant lui, pour un salut révérencieux, le bras gauche dans le dos, l’échine courbée et la main droite tendue. Certains, volontiers, lui baiseraient la main ou les pieds. Mais, il ne faut pas aller jusque-là, ce serait indécent. Pas besoin d’ailleurs d’en faire plus, cela se voit, le maître du pays c’est lui. Il gouverne. Il règne. Il pontifie même.

 

 

Y a-t-il encore quelque chose de républicain dans ces cérémonies solennelles de présentation de vœux ? La convivialité d’antan a laissé place au culte d’un homme. L’acte de civilité est progressivement devenu un acte d’allégeance. Cette année, un pas supplémentaire a été franchi vers la monarchie. Une ligne blanche bien visible, a été tracée au sol entre le prince et ceux qui viennent faire allégeance. Cela fait un bon mètre qui les sépare. De la sorte, ils ne pourront plus s’attarder pour lui glisser quelques doléances ou courtisaneries à l’oreille. Ce type de familiarités, le prince les abhorre. Il n’y a de pouvoir suprême que distant et froid. Alors, il crée la distance entre lui et ses collaborateurs qui désormais le déifient et l’appellent ‘’la haute hiérarchie’’, ‘’le patron’’, ‘’le très haut’’, voire tout simplement ‘’le ciel’’. Ceux à qui il adressera la parole à un moment donné de la cérémonie, seront enviés des autres. Et ces envieux à qui ceux-là parleront à leur tour, seront eux aussi enviés. Ne suffit-il pas que le prince ouvre sa bouche pour parler à quelqu’un pour que celui-là soit oint ?

 

 

Pour ne point qu’il y ait de la subversion, cette dérive monarchique doit être verticale. De retour dans son ministère, chaque ministre se devra d’organiser sa propre petite cérémonie de présentation de vœux, et de jouer à calife à la place du calife. Cette fois-ci, le maître ce sera lui. Il aura retrouvé son autorité, sa dignité, et toute sa superbe. Il sera debout, droit, les mains croisées en avant, imitant (à la perfection ?) l’attitude du prince, en attendant le salut révérencieux de ses directeurs distants de lui par ce trait blanc marqué au sol. Chaque directeur de retour dans sa direction, reproduira la cérémonie à son niveau, avec ses chefs de services. Et chaque chef de service fera pareillement dans son service avec les agents placés sous son autorité. Tout le mois de janvier sera ainsi pourvu en cérémonies par cette république paresseuse et pyramidale, où il est plus difficile de joindre l’édile du coin, que de rencontrer un lointain ministre européen. Une république qui a définitivement pris les allures d’une pièce montée de petits autocrates, et de petites cours, drapés de la noblesse d’Etat, avec tout au-dessus, le président comme la cerise sur le gâteau.

 

 

Mais, faut-il vraiment parler de dérive ? Ce pays essaimé de chefferies aux féodaux adorés, et où déjà, il est plus important d’être nommé que d’être élu, semble moins ouvert à la république et à ses débats, qu’à la monarchie et à la soumission servile. Ici, on adore les titres et le pouvoir absolu. Même au cœur du bon petit peuple, chacun est quelqu’un ou quelque chose, chef de ci ou de ça. C’est le pays au taux de présidents par kilomètre carré le plus élevé au monde. On est toujours président de quelque chose : d’un parti politique, d’un club de football, d’un groupe de danse, d’une association, d’un conseil de famille, d’une entreprise, d’anciens de ceci ou de cela. Et président, cela veut dire, avoir un pouvoir illimité, décider de tout et de rien, décider souverainement du sort des uns et des autres. Et surtout, être intouchable, n’avoir de compte à rendre à personne. On n’est pas président pour rendre compte, mais pour diriger, commander, plastronner. Ici, on est président un peu comme on est roi ailleurs.

 

 

Alors, avec cette révérence institutionnalisée et cette tradition de la monarchie, pourquoi ne pas sauter le pas ? On n’aurait qu’à obéir à cette réplique célèbre de la Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire : « un roi, une cour, un royaume, voilà, si nous voulons être respectés, ce que nous devrions montrer. Un chef à la tête de notre nation. Une couronne sur la tête de notre chef ! » Au moins, comme cela se voit ailleurs, on y gagnerait un Premier ministre chargé de travailler et responsable devant le peuple.

 

 

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : politique
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Mercredi 3 janvier 2007 3 03 /01 /2007 00:00

On ne versera pas une larme pour lui. Dans la guerre pétrolière que les Etats-Unis livrent à l’Irak depuis mars 2003, Saddam Hussein a tout perdu, son pouvoir, son honneur et sa dignité ; ses fils, sa famille et maintenant sa vie. L’ancien dictateur irakien ne mérite pas pour autant de la compassion. Parce qu’il a sa place  dans les poubelles de l’histoire, aux côtés de Hitler, de Pol Pot et de tous les autres autocrates sanguinaires qui ont hanté le 20e siècle. Saddam Hussein a dirigé l’Irak d’une main de fer pendant 35 ans, faisant assassiner tous ceux qui pouvaient représenter une menace pour son pouvoir sans partage. Il n’hésita pas à massacrer la population de villages entiers chez les Chiites du Sud et les Kurdes du Nord qui s’essayaient à la révolte. Fallait-il pour autant exécuter le Raïs, et répondre à la barbarie par la barbarie ?

 

L’image qui fait actuellement le tour du monde, d’un Saddam Hussein suspendu à son gibet, met mal à l’aise. On ne saurait applaudir cette exécution. Et pas seulement par principe et parti pris contre la peine de mort. La pendaison de l’ancien dictateur ne fera pas oublier qu’il ne fut point appréhendé pour ses crimes avérés contre l’humanité, mais plutôt à la suite d’une guerre menée contre son pays pour des motifs que l’histoire a déjà jugé fallacieux, comme la construction d’armes de destruction massive. Elle ne fera pas non plus oublier que son procès fut une vraie parodie de justice, instrumentalisée par l’occupant américain et sans qu’on lui reconnaisse le simple droit de bénéficier d’une défense digne de ce nom.

 

Par-dessus tout, l’exécution hâtive de Saddam Hussein, un jour saint chez les musulmans, soustrait le Raïs à la justice. Paradoxalement. Comme si cela en était finalement l’objectif, elle empêche de faire la lumière sur un passé douloureux, de Alfa à Haladja, en privant le monde d’un procès global sur d’autres horreurs pour lesquelles le Raïs était poursuivi et qui n’allaient pas manquer de mettre à nue les complicités de l’Occident. Saddam Hussein était un autocrate, mais un dictateur bien utile aux Européens et aux Américains qui s’en servaient pour combattre l’Iran de l’Ayatollah Khomeiny et lui fournissaient pour les besoins de la cause, le matériel militaire qu’il voulait, et ces fameuses armes chimiques dont il ne manqua pas de faire l’usage qu’aujourd’hui l’histoire lui reproche.

 

En ce début de 21e siècle, Saddam Hussein est donc la mauvaise conscience d’une société occidentale messianique et prétentieuse. Mais une société, comme le disait Albert Camus, subitement rendue aux épouvantes primitives, et où toute équité comme toute dignité, ont disparu. En trois ans d’une guerre atrocement injuste, l’Amérique de Bush a transformé l’Irak en une vaste boucherie, une sorte de chaos explosif où selon un rapport de l’Onu, en moyenne 100 Irakiens meurent chaque jour qui passe, de mort violente dans les combats contre l’armée américaine d’occupation, ou dans la guerre civile, au point de faire regretter à beaucoup, l’Irak de Saddam. Mais, de toutes ces personnes arrachées à la vie et du crime de destruction de l’Irak, personne demain ne répondra. Surtout pas les Américains qui en sont responsables. Les crimes contre l’humanité sont une notion juridique aux contours flous, qui s’apprécie en fonction des origines de leurs auteurs.

 

Par melvin - Publié dans : Libres propos
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Jeudi 21 décembre 2006 4 21 /12 /2006 00:00

Les choses vont changer à Douala. Et elles vont vraiment changer. Le Dr. Ntoné qui rêve d’une ville aux dimensions de son hôpital Laquintinie, a commencé à y imprimer sa marque de fabrique : la propreté et le beau. Qui n’a déjà entendu parler des fameuses journées citoyennes de propreté ? Il est désormais question aussi d’illuminer la ville. Ceux qui ont la bonne idée de se rendre à l’aéroport international de Douala la nuit, peuvent s’en apercevoir. La plus belle (et unique ?) avenue de la capitale économique, qui va du marché des fleurs à l’aéroport, brille de mille feux. Et même que, cela ne s’invente pas, toute une société de gardiennage a été requise pour protéger cette brillance. La nuit venue, tous les 100 mètres, un vigile veille sur 2 ou 3 lampadaires.

 

Prenant l’exemple de cette société de gardiennage, des esprits chagrins peuvent toujours prétendre qu’à peine arrivé, le successeur du colonel distribue déjà de lucratifs marchés aux siens. Mais, un cadre de la Communauté urbaine de Douala me décrit le nouveau délégué du gouvernement sous les traits de Brautisch, cet administrateur allemand qui, au début du 20e siècle, fit tracer à Douala de nouvelles rues, assécha les marécages et entreprit la canalisation de l’eau courante.

 

Je ne demande qu’à le croire. Seulement, le soin que le Dr. Ntone met à embellir Bonanjo dont les abords des rues sont peints à la chaux et où l’on voit l’apparition de jolis bacs à ordures, me rappelle un peu Potemkine, promenant Catherine II à travers les Russies. Il déplaçait le long du trajet, des villageois endimanchés qui dansaient devant un décor de théâtre. Cela faisait si bien illusion de prospérité, que la tsarine ne vit point le visage vrai et hideux de ces Russies.

 

Sous le bon docteur Ntoné, Bonanjo est une sorte de quartier Potemkine. Il masque la face hideuse de la ville et fait illusion de prospérité. Les problèmes de Douala sont ailleurs. La capitale économique du Cameroun est aujourd’hui la seule grande ville d’Afrique à n’avoir pas de bidonvilles, toute la ville est devenue un vaste bidonville. A leur arrivée, Pokossy Ndoumbé, Tobbo Eyoum et Etonde Ekotto, les récents prédécesseurs du Dr. Ntone, se virent eux aussi en Brautisch. Mais leur enthousiasme de départ fut rapidement débordé par la réalité et l’ampleur des problèmes. Les problèmes, j’en citerai deux qui me semblent épineux, mais pas insurmontables.

 

Les routes, d’abord. Douala qui s’étale sur une superficie de près de 27 000 hectares, dispose d’un réseau routier de 480 km. La construction de la plupart de ces routes remonte à plus de 20 ans. Elles sont aujourd’hui défoncées, même dans des quartiers prestigieux comme Bali et Bonapriso, avec des trous béants qui ne peuvent avoir été creusés que par la chute d’obus lors d’une guerre dont on n’a pas souvenance. Il faudrait au moins 360 milliards de francs cfa pour les réhabiliter.

 

Le logement ensuite. La capitale économique comptait 475 000 habitants en 1967, environ 1.5 millions en 1990, et en abrite actuellement près de 3 millions, avec une croissance urbaine inquiétante de 7% par an. Chaque année, près de 50 000 nouvelles personnes s’installent à Douala. Où et comment les loger ? Des études sérieuses indiquent qu’il faudrait à court termes construire au moins 10 000 nouveaux logements pour commencer à répondre à la demande, soit autant de logements que ceux construits par la Sic dans tout le pays en 30 ans !

 

A ces problèmes épineux, il faudrait ajouter les difficultés de transport urbain, les 50% de la population qui n’ont pas accès à l’eau potable et à l’électricité, les 30% de la population sans emploi et terreau fertile de la criminalité. Et…je ne parle pas encore de l’impératif de modernisation de la cité pour attirer les investisseurs qui ont besoin de vivre dans un cadre décent.

 

J’en conclus que Douala a besoin d’un vrai traitement de cheval, et pas seulement de placebos. Un délégué du gouvernement, avec les moyens actuels, ne peut que faire montre de sa bonne volonté, en bouchant quelques trous ici et là. Ce qu’il faudrait, c’est un véritable Plan Marshall ; que le gouvernement prenne ses responsabilités pour rendre un tout petit peu à Douala ce qu’elle lui a tant donné. Et vous, voyez-vous le pouvoir actuel, faisant tomber une pluie de milliards sur la cité rebelle ?
Par melvin - Publié dans : Libres propos
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