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Lundi 12 mars 2007 1 12 /03 /2007 19:04

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Un haut commis de l’Etat raconte, hilare, la désillusion d’un ministre de la République qui avait pris sa fonction trop au sérieux, au point d’envisager une réforme hardie d’un organisme placé sous sa tutelle. Normal ! Sa nomination à la tête de ce département ministériel avait été applaudie et on en attendait beaucoup. Un jour, le ministre est enfin convoqué au palais pour expliquer au prince le renouvellement des hommes qui accompagne sa réforme. Et, à propos du président grabataire de l’organisme, dont le ministre sollicite le remplacement par un jeune intellectuel brillant et respecté, il s’entend répondre : « pourquoi voulez-vous changer le président ? C’est vous qui subviendrez à ses besoins quand il ne sera plus là-bas ? Je ne souhaite pas être sollicité demain pour avoir à le faire. Alors, laissez-le là où il est ». Fin de la réforme.

On s’est souvent interrogé sur la logique qui préside aux nominations sous le Renouveau. Surtout, avec ces vieux routiers de la politique qui sont mis à la touche, et qui un jour, reviennent au premier plan à un poste important ou à un autre. Il semble bien qu’il n’y a pas ‘’une’’, mais ‘’des’’ logiques. Sous Paul Biya, les nominations ne servent pas toujours à trouver des solutions, elles  permettent de gérer des problèmes. Il peut s’agir de gérer le fragile équilibre régional, comme il peut s’agir de gérer des questions bassement existentielles de véritables cas sociaux que sont ces anciens ministres ou hauts commis de l’Etat à la santé fragile, que le prince est bien obligé de caser, pour ne pas avoir à répondre tout le temps à leurs incessantes demandes d’aide.

En attendant peut-être demain que le Sénat vienne remplir cette fonction, de vénérables institutions et d’importants organismes de l’Etat sont devenus des hospices où l’on case les vieux de la république. On les retrouvera comme présidents de conseil d’administration, présidents d’autorité de régulation, ambassadeurs, etc. Dans un pays comme la France, il existe des ‘’pupilles de la nation’’, ces orphelins dont les parents ‘’sont morts pour la patrie’’, et qui bénéficient par conséquent, d’une tutelle et de privilèges de l’Etat. Le Cameroun lui, vient d’inventer les ‘’gaga de la nation’’ qui restent à la charge de l’Etat, à vie, pour ‘’services rendus à la nation’’. On peut se poser à leur sujet, plusieurs questions : vu qu’ils ne furent pas des bénévoles de l’Etat, qu’ont-ils fait des fortunes amassées, pour demeurer aujourd’hui accrochés aux basques de la nation ? Pourquoi leurs progénitures ne subviendraient-elles pas à leurs besoins, aussi coûteux puissent-ils être? et, pourquoi auraient-ils plus droit aux privilèges de la république, que tout autre serviteur de l’Etat ?

Quoi qu’il en soit, le coût de la gérontocratie est beaucoup plus important que la simple prise en charge financière de ces vieux par leurs hospices. Ce coût, c’est la diminution de l’efficacité de l’action de l’Etat dans les domaines confiés aux vieux qui ont tant servi l’Etat, qu’ils méritent aujourd’hui d’avoir leur retraite, pour bien se reposer. Il n’y a qu’à voir l’inertie de la diplomatie camerounaise, gérée depuis près de 20 ans, par les mêmes vieux ambassadeurs. Ou encore ces fautes de gestion dans les sociétés d’Etat qui donnent lieu aujourd’hui à l’Opération Epervier, mais qui auraient pu être évitées, si les conseils d’administration avaient été plus regardants, plus éveillés. Enfin et surtout, la politique des hospices de la république retarde la responsabilisation des jeunes, ou des moins âgés qui ont pourtant été formés pour prendre la relève. En cela, le Cameroun du Renouveau rame totalement à contre-courant de son modèle, la France, où l’on assiste aujourd’hui à un profond renouvellement du personnel public. C’est une exigence de notre temps. Les enjeux d’aujourd’hui et les désirs d’avenir, ne peuvent pas être gérés par les anciens élèves de l’Ecole des Hautes Etudes Politiques d’Outre-Mer. Ce n’est pas de leur époque.

Par melvin - Publié dans : politique
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Samedi 10 mars 2007 6 10 /03 /2007 15:20

 

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J’achève de lire ‘’La Troisième Femme’’ du philosophe français Gilles Lipovetsky. Bel essai qui présente la femme telle qu’on ne l’a sans doute pas vue le 8 mars. Le philosophe, expert de la postmodernité, soutient que la révolution a bien eu lieu et que la libération de la femme est aujourd’hui une réalité. L’humanité, dit-il,  est passée  de la première à la deuxième femme et de la deuxième à la troisième femme.

La première femme c’est celle des origines, désignée comme la moitié dangereuse de l’humanité. Qu’il s’agisse de Eve dans la tradition judéo-chrétienne ou de Pandora chez les Grecs, cette femme-là représente l’espèce maudite. Elle est l’agent du malheur, et les hommes, parce qu’ils y sont bien obligés, composent avec ce « mal nécessaire ». Puis, vint la deuxième femme, au second Moyen Age ; celle pour laquelle Goethe affirmait que « le féminin nous entraîne vers le haut ». La diablesse des origines est devenue ange. La deuxième femme est célébrée pour sa beauté et ses atouts de mère et d’éducatrice. Mais l’homme lui nie toujours son autonomie et elle demeure une femme – objet, voire une femme – alibi.

La troisième femme n’est plus la créature de l’homme. C’est la femme d’aujourd’hui : votre sœur, cadre de société, votre collègue ingénieur, ou tout simplement, votre patronne. Elle naît dans la seconde moitié du 20e siècle, avec l’apparition de la pilule, l’émancipation des mœurs, la légalisation de l’avortement dans certains pays et la libéralisation sexuelle. La troisième femme n’est plus l’esclave de la fécondité. Elle va à l’école, et même à l’université. Elle travaille. Elle a des revenus autonomes. Elle s’invente elle-même. Plus rien ne lui est  prédéterminé, ni imposé. Elle choisit de se marier ou pas, faire ou non des enfants, embrasser telle profession plutôt que telle autre. Sa vie est entrée dans la logique d’arbitrage individuel, ce que Gilles Lipovetsky appelle « le gouvernement de soi-même ».

Mais, bien que la femme soit entrée dans la même logique de construction et d’auto - invention identitaire que l’homme, elle n’est toujours pas jugée à égalité de droits et de devoirs que l’homme. Les droits d’abord. A responsabilités égales dans une entreprise, une femme aura toujours un salaire 5 à 20% moins important que celui de l’homme. Et lors de la promotion, on aura toujours tendance à lui préférer l’homme. Les devoirs ensuite. La femme d’aujourd’hui doit jouer des rôles multiples. Elle est à la fois la travailleuse, l’épouse (ou l’amante), la mère, l’éducatrice, et la ménagère. La vie domestique absorbe chaque semaine 35 heures de la vie d’une femme active et seulement 20 heures de la vie d’un homme, bricolage compris. Le quotidien d’une femme active, c’est trois journées de travail en une : une première journée au bureau, une deuxième journée dans la cuisine et une troisième journée dans la chambre conjugale.

Beaucoup de choses ont donc été faites, de la première à la troisième femme, mais, tant d’inégalités et d’absurdités restent encore à effacer.

Par melvin - Publié dans : Libres propos
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Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 16:11
 

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S’oublier pour que l’essentiel (la Côte-d’Ivoire) reste inoubliable. Laurent Gbagbo et Guillaume Soro qui se combattent depuis cinq ans, ont su faire leur, ce précepte, pour donner une chance à la paix dans leur pays. A Ouagadougou, ils se sont fait des concessions de taille en vue de l’avancée du processus de sortie de crise. Guillaume Soro qui tient à l’identification de la population, accepte, comme le veut le président, que les certificats de nationalité ne soient pas délivrés lors des audiences foraines. De même, Laurent Gbagbo qui tient au désarmement des rebelles, accepte, comme le demande le leader de la rébellion, que la future armée ivoirienne soit co-gérée par les officiers de la faction demeurée loyale et ceux de la rébellion. Ensemble, les belligérants vont former un nouveau gouvernement, convenir d’une nouvelle loi d’amnistie et demander à l’Onu, la levée des sanctions qui frappaient des acteurs de la crise.

 

L’Accord de Ouagadougou qui semble ainsi bâti sur la confiance mutuelle, paraît avoir plus de chances de réussite que les précédents. D’abord, c’est un accord rendu nécessaire par l’usure de la guerre. Les héros sont fatigués. Faute d’avoir remporté la guerre l’un contre l’autre, les frères ennemis décident de gagner la paix ensemble. Ensuite, c’est l’accord des belligérants eux-mêmes. Rien ne leur a été imposé. Ils ont voulu le Dialogue direct, ils se sont parlé et se sont librement fait des concessions. Leur accord, assorti d’un chronogramme précis, règle les problèmes de fond que sont le désarmement et l’identification, comme les précédents accords n’avaient pas pu le faire. Surtout, il est sous la protection  du président burkinabé Blaise Compaoré, incontournable, tant pour faire la paix, que pour faire la guerre en Côte-d’Ivoire.

 

Peut-être est-il un peu tôt pour tirer des leçons de Ouagadougou. Mais on peut d’ores et déjà faire deux constats :

 

Premièrement, l’accord prévoit le départ des troupes étrangères. Paris va donc devoir retirer ses 3 500 soldats de la Force Licorne. Ils lui ont coûté 450 millions de francs cfa par jour, pendant près de 5 ans. Mais, pour quel résultat ? La France qui aime à se mirer dans le regard de l’Afrique, pour se renvoyer à elle-même l’image d’une grande puissance, n’est pas parvenue à imposer son nouvel ordre ivoirien qui devait se faire sans Laurent Gbagbo. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé, par tous les moyens diplomatiques, politiques, voire même militaires. Elle apprend à savoir - contrairement à ce que  son ministre Louis Guiringuaud disait dans les années 70 –, que l’Afrique n’est plus « le seul continent à la mesure de la France, le seul où elle peut, avec 500 hommes, changer le cours de l’histoire ». Cet échec en Côte-d’Ivoire, qui vient après sa mise en accusation dans le génocide rwandais et son humiliation au Zaïre où elle n’avait pas pu empêcher la chute de Mobutu et l’arrivée au pouvoir de Laurent - Désiré Kabila, condamne la France à un renouveau de sa politique africaine.

 

Deuxièmement, l’accord redonne sa plénitude constitutionnelle à Laurent Gbagbo. On le  voyait en Reine d’Angleterre, contraint de partager le banc présidentiel avec un Premier ministre aux pouvoirs renforcés par la communauté internationale. Il redevient le maître du jeu. Ce qui n’est pas le cas de ses concurrents. Alassane Ouattara d’abord. Il va devoir composer avec la nouvelle dimension de Guillaume Soro, co-dépositaire de la paix et qui ne se voit plus en garçon de courses. Si l’ancien leader estudiantin se met, à 35 ans, à rêver d’un destin national, il pourrait bien miser plus pour un second (et donc dernier) mandat de Gbagbo, plutôt que pour un premier mandat de son mentor. Ce qui reviendrait pour Ouattara - selon le mot d’un de ses lieutenants-,  à "affronter un caïman sorti de ses pipis et qui va vouloir le bouffer". Henri Konan Bédié ensuite. L’ancien président a perdu une partie de son prestige dans son compagnonnage avec la rébellion, sans que son parti,  en tire quelque dividende politique. Alors qu’il a déjà maille à partir avec des barons du Pdci, il va devoir affronter l’ambition présidentielle de Charles Konan Banny, si comme cela se dessine, celui-ci devait quitter la primature dans cinq semaines.

 

Après la guerre, Ouagadougou pourrait bien marquer le retour de la politique en Côte-d’Ivoire.

Par melvin - Publié dans : Côte-d'Ivoire
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Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /2007 18:18

Mais qui donc succèdera à Paul Biya ? C’est le sujet à la mode à Yaoundé. Les radios à capitaux privés de la capitale, étonnamment plus véhémentes et plus en verve que celles routinières et conformistes de Douala, y reviennent au quotidien. Où l’on apprend que la succession pourrait échoir à la G11, entendez, la Génération 2011 ; une coalition qui réunirait des ministres en vue, des directeurs généraux de sociétés d’Etat et des officiers de l’armée. Ces gens à qui la clameur publique prête des fortunes trop rapidement amassées et un goût immodéré du pouvoir, se réuniraient souvent à Yaoundé, pour mieux se préparer à s’emparer des rênes de l’Etat à la fin du second septennat de Paul Biya…en 2011, justement.

Un ami de Yaoundé, assez introduit dans les sphères de l’Etat et qui, par conséquent rencontre les ‘’grands’’ de ce pays, ne croit pas à cette histoire de G11 qui ne serait donc qu’une lubie. A son avis, ceux qui en parlent, mettent ensemble des gens qui, tout en appartenant au même gouvernement ou au même régime, se détestent cordialement au point de se mener au sein de la Biyarie, une sorte de guerre civile psychologique. Difficile, dans ce cas, d’envisager qu’ils puissent aller à la conquête du pouvoir, la main dans la main.

Davantage, mon ami de Yaoundé n’est pas convaincu que le prince qui a l’air bien encore en forme, s’éclipsera dans quatre ans. Tout au contraire, il observe l’agitation actuelle au sein du Rdpc, comme le signe que Paul Biya veut remobiliser son parti, pour gagner et bien gagner les prochaines législatives. Elles seront pour lui, une sorte de premier tour de la future élection présidentielle. Si le Rdpc s’y octroie une majorité qualifiée de deux tiers des députés de la Chambre, le prince n’hésiterait pas à modifier la constitution en 2008 pour en expurger la limitation des mandats présidentiels qui repasseraient alors du septennat au quinquennat. Dans la foulée, il écourterait son mandat actuel et organiserait une nouvelle élection présidentielle en 2009, pour espérer rester encore à Etoudi jusqu’en …2014. Il aura alors 81 ans. L’âge auquel Abdoulaye Wade vient de se faire réélire à la tête du Sénégal.

Cela me rappelle le conseil que me prodigua un jour, un ancien secrétaire général de la présidence de la République que j’avais, à tort, présenté, comme le dauphin du prince : « Il ne faut absolument pas se tromper là-dessus ; le dauphin de Biya, c’est Biya ». Pour autant, je pense qu’il existe bien une génération 2011. Ce sont ces cadets de la république que le prince appela à ses côtés il y a une décennie et qui sont aujourd’hui ses ministres essentiels et ses principaux collaborateurs. Certains parmi eux ont été si proches du Graal, pour ne pas ambitionner de s’en emparer. D’avoir joué les premiers rôles dans un pouvoir paresseux, leur donne la légitimité de penser devenir le patron d’un pays qui s’accommode d’un tel pouvoir.

Celà étant,  si la course à l’après - Biya doit être arbitrée par le peuple, la Génération 2011 part avec de nombreux défauts. Le premier, est qu’elle n’a pas de leader mais de nombreux prétendants qui se voient chacun dans le costume du président. Plus on se rapprochera de l’échéance, plus les coups bas qu’ils se donnent, gagneront en intensité. J’ai d’ailleurs tendance à penser que les fameuses listes d’homosexuels et de milliardaires, publiées par la presse de Yaoundé, tout comme l’histoire du G11, participent de cette guerre civile psychologique au cœur de la Biyarie. René Philombe le disait si bien : quand les moutons auront disparu, les panthères mangeront les panthères. Les moutons, ici, ce sont les leaders de l’opposition.

Egalement, si la Génération 2011 a la gourmandise du pouvoir d’un Nicolas Sarkozy, par exemple, elle n’en a ni le courage, ni le talent. De ses membres, il n’y en a pas qui soit à la fois visionnaire, compétent, intègre et déterminé. Combien parmi eux, survivraient à une mise à l’écart du système ? Ils sont pratiquement tous à l’image de leur créateur. Ils n’ont pas de capacité autonome de légitimation. Ils sont faits pour hériter du pouvoir et ne sont pas aptes à aller le conquérir dans le cadre d’une élection réellement ouverte et transparente.

Et puis, la Génération 2011, est tout de même aussi celle de l’Opération Epervier. C’est elle qui a érigé l’enrichissement facile sur le dos de l’Etat, en modèle de réussite sociale. Elle n’a pas assez démontré que le pouvoir l’intéresse moins pour ses délices que pour le service de la nation. Elle n’est pas assez crédible pour représenter l’alternative que l’on attend au-delà de la succession ou de l’alternance.

Par melvin - Publié dans : politique
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Mercredi 24 janvier 2007 3 24 /01 /2007 00:00

Sur la photo, ils sont heureux, fiers de leur acte. Le dictateur est tombé, ils l’ont eu. D’ici, on imagine leurs cris de joie et de haine, surgis des tréfonds de lointaines époques barbares, où le bien prétendait éradiquer le mal, par bûchers et gibets. Des compatriotes de Londres, assoiffés de changement, en sont venus à pendre leur président, pour, disent-ils, « tous les crimes qu’il commet contre le peuple camerounais depuis 23 ans ».

 

Peu importe que ce ne fût pas le vrai Biya qui était pendu, mais le symbole peut être tout aussi cruel que la réalité. Et, en l’espèce, le message est passé. Que le prince le sache, au soir de sa déchéance, on le mènera pieds et poings liés à la potence. De sa pendaison à Londres, il trouvera sans doute des raisons supplémentaires de s’éterniser à Etoudi pour s’éteindre tranquillement dans son lit de roi. Etait-ce le but de la manœuvre ?

 

Certainement pas. Qui connaît les organisateurs de l’exécution londonienne, ne saurait mettre en doute la sincérité de leur combat pour un changement de personnes à Etoudi. Simplement, ils n’ont pas encore assez vécu à Londres, pour comprendre les valeurs humaines de la société britannique et les principes de la démocratie anglaise, où il ne viendrait à l’idée de personne de condamner à mort, et pis encore, d’exécuter sur la place publique, par pendaison, un homme politique. Il y a ainsi des pendaisons qui supplicient davantage les bourreaux que les victimes. Ces zoros de la liberté qui se veulent les héros du changement de demain, mais qui agissent en zéros de la démocratie.

 

La parodie abjecte de Londres est en effet une vraie négation de la démocratie. En démocratie, on ne condamne pas sans juger. On ne juge pas sans avoir donné à l’accusé la possibilité de se défendre. Quand bien même on jugerait et qu’on condamnerait, ceux qui accusent, ne peuvent pas être les mêmes qui instruisent, jugent, condamnent et exécutent la sentence. De l’avoir fait, les bourreaux de Londres qui se veulent aux premières lignes de la lutte pour le changement, et ceux qui, ici et là, ont pu les applaudir, remettent en cause la promesse d’une évolution démocratique que ce changement devrait charrier. Du même coup, ils donnent du grain à moudre à la baronnie du Renouveau qui parcourt encore les contrées pour expliquer au petit peuple que le Cameroun du changement sera celui où les vainqueurs coupent la tête des vaincus et où, il vaudra mieux, à tout prix, être vainqueur plutôt que vaincu.

 

Londres est peut-être une erreur. Une erreur infantile même. Elle n’en suscite pas moins une interrogation inquiète sur l’évolution de nos combats et de nos rêves de changement. Où va le Cameroun ? Où conduirons-nous le Cameroun ? Le changement de demain sera-t-il une dictature à l’envers, où l’on reproduira le système du Renouveau, mais sans le Renouveau ? Où les bourreaux d’aujourd’hui seront les victimes de demain, et vice-versa ? Où les exclus d’aujourd’hui seront ceux qui excluront demain ? Et où l’on sera bel et bien encore apprécié et jugé en fonction de ses origines, les tribus dominées étant devenues les tribus dominantes ?

 

Le changement vendu et acheté par des millions de Camerounais n’aura de sens qu’autant qu’il se déclinera en changement de société, avec la construction d’une nation rénovée reposant sur des bases politiques et morales nouvelles : le culte de la vie plutôt que le culte de la mort ; l’éloge de l’effort plutôt que l’éloge du gain facile ; le sens du devoir plutôt que le sens de l’avoir ; et l’amour de la patrie à la place de l’amour de la tribu. Ne pendez pas les bourreaux d’aujourd’hui, condamnez-les à vivre dans une telle société qu’ils n’ont pas voulu bâtir. Ce serait la meilleure des revanches que l’on puisse prendre sur eux.

 

 

 

 

 

 

 

Par melvin - Publié dans : politique
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