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Jeudi 31 mai 2007 4 31 /05 /Mai /2007 21:39

came.jpg Il ne faut pas croire que les accidents d'avions sont les pires catastrophes qui puissent nous endeuiller. Surtout pas. Le Cameroun n'est-il pas passé à côté d'un Tsunami il n’ y a pas longtemps ? Le 23 juillet 2002, un tremblement de terre s'était déclenché en pleine mer, à 30 kilomètres de Kribi. Il n'était heureusement que d'une magnitude de 3,6 sur l'échelle de Richter. Quelques points de plus sur cette échelle, et c'eût été le désastre. Notre pays n'est donc pas à l'abri de catastrophes naturelles de grande ampleur. L'explosion de gaz au Lac Monoun qui fit 45 morts dans la région du Noun, le 15 août 1984 et l'émanation de gaz toxique le 22 août 1986, avec près de 2000 morts au Lac Nyos, témoignent d'ailleurs d'une activité sismique importante et inquiétante dans le sous-sol camerounais.

Il faut le savoir, le Cameroun est une zone à risques traversée par une ligne de tremblements de terre et d'éruptions volcaniques que les géologues identifient comme la " ligne Cameroun ". Celle-ci est constituée de plus de 60 massifs volcaniques et océaniques allant de l'île de Pagalu à Sao Tomé et Principe, jusqu'au Lac Tchad. Monoun et Nyos ont démontré que le danger peut venir de partout sur cette ligne. Le Mont Cameroun est cependant avec ses 4100 mètres, le site le plus regardé. Et il y a de quoi. Volcan encore en activité, le " Char des dieux " se met en colère en moyenne tous les 20 ans. Ces 100 dernières années, il a craché du feu à sept reprises. Les géologues s'attendent encore à une nouvelle éruption d'ici à 2015, voire 2020 au plus tard.

Les éruptions du Mont Cameroun sont souvent effusives et calmes. Elles laissent alors s'échapper des laves qui dévalent lentement la montagne. Mais elles peuvent parfois être très explosives et violentes comme en 1922. Une éruption sur le flanc ouest du Char des dieux avait tué plus de 100 personnes cette année-là. L'émission de laves avait duré 6 mois et détruit des maisons, des plantations et des infrastructures ferroviaires. Si jamais l'explosion était plus violente encore, ce qui n'est pas exclu, une partie de la ville de Douala serait touchée par le feu.

D'autres volcans au Cameroun mériteraient qu'on leur prête une attention certaine. Il s'agit des Manengouba et Bamboutos, voire le volcan de l'Adamaoua. D'aucuns les considèrent comme éteints depuis une vingtaine de millions d'années. Ont-ils pour autant cessé d'être dangereux ? Certains comme le volcanologue Jean Nni en doutent, estimant par exemple que l'éruption de gaz au Lac Nyos pourrait être la preuve que le Mont Bamboutos voisin est en activité. En Nouvelle Guinée, une éruption meurtrière s'est soudain produite en 1951 sur le Mont Lamington, pourtant considéré jusque-là comme éteint. C'est dire si la vigilance devrait être de mise sur la " ligne Cameroun ".

En ce 21e siècle, les volcanologues peuvent prévoir de façon assez précise le début d'une éruption volcanique, en faisant état des variations de température, de pression et de composition des gaz à l'intérieur même du volcan. On peut ainsi assurer à temps l'évacuation préventive de la population locale, voire limiter certains dégâts matériels. En est-on conscient au Cameroun ? Apparemment oui. Au lendemain de l'éruption volcanique de 1982 sur le Mont Cameroun, le gouvernement avait mis en place 13 stations sismiques pour contrôler les vibrations et autres ondulations sismiques qui se produisent dans la croûte terrestre. Seulement, certaines comme celles de Foumbot et Bambui ont été fermées dès 1993, à cause, dit-on, de la crise économique. Il ne fallait pourtant que 2 millions de francs cfa pour assurer la maintenance annuelle de chacune d'elles.

Au moment où se produisait la dernière éruption sur le Mont Cameroun en mars 1999, la station d'Ekona, chargée de surveiller le Char des dieux, fonctionnait à près de 30% de ses possibilités, avec un sismographe en état de marche sur trois. Le ministère de la Recherche scientifique devait même avouer que les Lacs Monoun et Nyos qui ont endeuillé des centaines de familles camerounaises en 1984 et 1986, ne font plus l'objet d'aucun suivi permanent. Et donc, le volcan sur lequel le Cameroun est assis peut exploser un jour sans que personne ne s'en rende compte.

La carence d'une politique nationale de prévention et de gestion des catastrophes est ici synonyme d'inconscience criminelle. Avec les 7 éruptions volcaniques des 100 dernières années sur le Mont Cameroun, Buéa est une zone à hauts risques. Mais cette ville n'est toujours pas dotée d'une unité de protection civile, pas de sapeurs pompiers, pas d'aires ni de moyens d'évacuation des populations qui, de façon tout à fait incroyable, construisent des maisons sur un ancien lit d'écoulement des laves, avec la bénédiction des autorités municipales.

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Jeudi 31 mai 2007 4 31 /05 /Mai /2007 21:20
acciavi.jpg L’accident d’avion du Boeing 737-800 de la compagnie Kenya Airways qui s’est écrasé à Mbanga Pongo, moins de 5 minutes après son décollage de l’aéroport international de Douala, le 05 mai, constitue le 33e accident d’avion enregistré au Cameroun depuis 75 ans. C’est dans les années 1930 que des avions ont commencé à atterrir au Cameroun. L’aéroclub de Douala reçut ainsi son premier avion en 1934 ; le tout premier transporteur aérien reliant le Cameroun à l’Europe étant la compagnie française UAT.

Le premier accident d’avion en terre camerounaise survient quant à lui le 14 décembre 1945 à Yaoundé, avec la compagnie belge Sabena. Il ne fait heureusement pas de mort. Mais deux années plus tard, les premières victimes sont enregistrées lorsque le AAC.1 de Air France s’écrase le 1er juillet 1947 dans la région d’Eseka, faisant 13 morts. Depuis, 31 autres accidents d’avions sont survenus au Cameroun, emportant au total 508 personnes.

La période actuelle peut être considérée comme la plus noire et la plus triste de l’histoire du transport aérien au Cameroun. En l’espace de 13 mois, trois accidents d’avions sont survenus, avec à la clé, la disparition des 122 personnes qui se trouvaient à bord de ces aéronefs. Il y a d’abord eu l’avion de ravitaillement libyen qui s’est écrasé le 22 avril 2006 à Kousseri, avec ses 6 occupants. Puis, le 24 février 2007, l’avion sud-africain annoncé comme disparu, dont l’épave a été récemment retrouvée sur le Mont Cameroon à Buéa. Et puis…et puis, le crash de la Kenya Airways, l’accident le plus meurtrier jamais survenu au Cameroun : 114 morts !

Les 33 accidents enregistrés sont survenus dans 13 localités différentes. A tout seigneur, toute horreur. Douala, la capitale économique fait figure de région la plus concernée, avec 430 morts pour 13 accidents. Le premier accident survenu ici, le crash d’un Douglas DC-4 de Air France, emporta 29 personnes le 03 février 1951. Puis, il y eut le Douglas DC-7 de la Caledonian Airways qui s’écrasa sur l’une des criques du Wouri le 04 mars 1962, tuant ses 111 occupants ; le crash du Douglas DC-6 de la compagnie UAT qui emporta 55 personnes le 03 mai 1963 et celui du Boeing 737-200 de la Camair, dans la mangrove de Youpwé, le 03 décembre 1995. Pour ne parler que des accidents les plus marquants, avant Mbanga Pongo.

Sur la liste noire, après Douala, il y a la capitale Yaoundé, et ses 23 morts en 5 accidents. Mais aussi, Kousseri, 3 accidents pour 11 morts, dont Michel Baroin, grand maître de la franc-maçonnerie qui périt dans le crash d’un jet privé. On peut signaler aussi les 8 morts de Garoua après deux accidents, ou encore, le Grumman Gulfstream G2 du gouvernement gabonais qui s’était écrasé le 06 février 1980 à Ngaoundéré, tuant 5 personnes. 

Avec ses 508 morts, le Cameroun figure en bonne place, au 8e rang des espaces aériens les plus meurtriers d’Afrique, continent le moins sûr dans le transport aérien mondial. Il arrive juste derrière des pays comme le Nigeria (1414 morts), la RDC (1105), l’Angola (1025), l’Egypte (996), le Maroc (857), le Soudan (671) et la Libye (633). Et encore, le ciel camerounais devient même plus dangereux que celui de tous ces pays, lorsqu’on prend en compte la moyenne de personnes tuées par accident d’avion : 15.3 au Cameroun, contre 15.2 au Nigeria, 12.1 en Libye, 11.4 en Egypte et au Maroc, 10.7 en Angola, 7.9 en RDC et 6.1 au Soudan.

Ces statistiques devraient peut-être constituer une interpellation pour une vraie politique nationale de protection civile et de gestion de telles catastrophes. Les accidents récents ont démontré à quel point celle-ci fait encore cruellement défaut. Dans le cas du Boeing de Kenya Airways, on est allé pendant 48 heures, chercher à des centaines de kilomètres un avion qui s’est écrasé à vol d’oiseau de l’aéroport d’où il venait de décoller. Pis encore, il a fallu trois bons mois, pour retrouver l’épave de l’avion sud-africain. Dans les deux cas, on doit les découvertes à de modestes chasseurs qui ont supplée à l’impuissance et au dénuement des aiguilleurs du ciel. 

Le ciel camerounais, semble-t-il est surveillé à partir de pays voisins. La partie sud dépend  du radar de Brazzaville au Congo et le septentrion, du radar de Ndjamena au Tchad. Que cela coûterait-il au Cameroun de se doter d’un radar, au minimum ? L’Autorité aéronautique nationale parle d’ « importantes sommes d’argent», là où des sources dignes de foi avancent le chiffre de 3 millions d’euros, soit près de deux milliards de Fcfa. En somme, un investissement largement à la mesure du Cameroun qui est tout de même l’un des rares pays au monde à imposer une onéreuse taxe d’aéroport de 10 000 Fcfa à chaque passager sur les vols internationaux. Or, les aéroports de Douala, Yaoundé, Garoua enregistrent en moyenne 250 000 passagers internationaux par an. Soit pour cette seule taxe, des recettes de l’ordre de 2.5 milliards de Fcfa par an. De quoi s’acheter chaque année un radar neuf, du moins si l’on estime que la sécurité du ciel camerounais est une préoccupation. Mais, au fait, où va l’argent collecté avec cette fameuse taxe d’aéroport et qu’en a-t-on fait depuis qu’elle est instituée ? 

 

 

 

Quelques vérités sur les accidents d’avions

 

  • L’Afrique a enregistré en 2006, près de 4.3 accidents d’avions par million de départs. C’est sept fois supérieur au taux de la moyenne mondiale de 0.75. Elle est donc la partie du monde la moins sûre.
  • Il n’y a jamais eu de mort dans des accidents d’avions dans deux pays d’Afrique, les Seychelles et l’ïle Maurice. De toute son histoire, la Sierra Leone a connu un seul mort, lors de l’accident d’un Antonov de African Air Charter le 1er avril 1995 à Kenema. La Guinée-Bissau, quant à elle, n’a enregistré que 5 morts dans deux accidents. D’ailleurs, depuis le 21 décembre 1930 où les deux avions avaient fait ces accidents le même jour, la Guinée-Bissau n’a plus jamais connu d’accident d’avion.
  • Le Bureau d’archives des accidents aéronautiques fait état de 16 345 accidents d’avions de 1918 au 5 mars 2007, dans lesquels 118 316 personnes ont péri. Soit en moyenne 183 accidents par an, dans lequel périssent 7 personnes.
  • Dans les accidents d’avion enregistrés, l’erreur humaine est à 68% la principale cause, la défaillance technique à 20%, la météorologie à 6%, le sabotage à 3%, etc.
  • 51.3% des accidents surviennent à l’atterrissage, 27.5%  en vol, 20.5% au décollage et 0.2% en stationnement.
  • 53.5% surviennent à moins 10km d’un aéroport, 15.6% en plaine, 10.3% en montagne, 9.4% en mer, 1.1% en ville, 0.4% dans le désert, 9.7% en terrain de type inconnu.
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Jeudi 31 mai 2007 4 31 /05 /Mai /2007 14:13

ensauva.jpg Samedi 05 mai 2007. Près de 12 heures après la disparition du Boeing 737-800 de Kenya Airways, au moment où les recherches balbutiaient déjà entre Kribi et Lolodorf, des sous-préfets mettant même à contribution chasseurs et bend-skins, pour mieux étaler l’impréparation de notre souverain Etat à faire face à ce type de tragédie, j’étais parvenu à joindre sur son mobile, un ministre avec qui il m’a été parfois donné de discuter. Un ministre important, du reste concerné au premier chef par cette catastrophe. Il se trouvait en mission dans le Septentrion, pour les préparatifs des fameuses élections municipales et législatives attendues, pour lesquelles notre république paresseuse va se mettre en congé, deux mois durant. 

Comme je lui annonce que le ministre kenyan des Transports est déjà dans un avion, en direction du Cameroun, mon interlocuteur me marque sa surprise.

-          Ah bon ?! Et que vient-il faire ? me demande-t-il.

-          Il est à la tête d’une délégation kenyane qui vient participer aux opérations de secours.

La réplique de mon interlocuteur de ministre est aussi sincère que brutale :

-          Mais, pourquoi sont-ils pressés ces Kenyans ? On n’a même pas encore retrouvé l’avion. Et puis, est- ce- qu’ils ont rempli les formalités d’usage avec le ministère des Affaires étrangères ?

J’insiste pour savoir si le ministre qu’il est, entend lui-même écourter son séjour dans le Grand Nord, pour rejoindre Douala. « Mais, pour quoi faire ? On n’a pas encore retrouvé l’avion. Les recherches sont en cours », me répond-il.

Au bout d’une dizaine de minutes de conversation qui me seront facturées par l’opérateur de téléphonie mobile, le ministre comprend de mon insistance, le ridicule de son attitude et bredouille enfin une étonnante excuse. « Même s’il faut que je redescende sur Douala, je ne vais tout de même pas le faire à dos d’âne. Je ne suis pas un ministre kenyan, moi ; je n’ai pas un avion spécial à ma disposition. » Le Cameroun en est donc là. Son Etat a perdu le sens de l’humain et des responsabilités.

Quand une catastrophe aérienne d’une ampleur de celle-ci survient dans un pays, le gouvernement se mobilise pour organiser les opérations de recherche, de secours, de réconfort et d’assistance aux familles des disparus. Et même, le chef de l’Etat monte au créneau pour rassurer la nation. Il n’y a pas longtemps, le voisin Olusegun Obasanjo qui venait de perdre son épouse, surmonta sa propre douleur pour coordonner la gestion d’un crash d’avion au Nigeria. Et le nôtre ? On ne le vit pas et on ne l’entendit point. Finalement,  notre gouvernement, dans sa gestion, laissa la triste impression d’être soit désemparé, soit inorganisé, soit peu professionnel, ou tout simplement peu concerné par un événement dont il aurait sous-estimé l’ampleur dès le début.

Un crash d’avion est toujours un événement particulièrement choquant. Des dizaines de personnes impuissantes devant leur sort, sont brutalement arrachées à la vie au même instant, dans une violence insoutenable. Cela interpelle l’humain. Ce genre de mort devrait être porteuse de vie : parler à ceux qui restent de ceux qui s’en vont et faire réfléchir les vivants sur leurs rapports à la vie et avec leurs semblables. A Douala, il n’eut point de cela, comme si la capitale économique, emportée par ses luttes quotidiennes pour la survie, n’était pas sous le choc. Les radios et les télévisions de la place, tout en se gargarisant du ‘’scoop’’ tombé du ciel, en véritables charognards, continuaient de diffuser sur les antennes, leurs indécentes musiques d’ambiance habituelles. Des amis me rapportent même des scènes incroyables, sur le site du crash à Mbanga Pongo, de vaillants reporters en quête de célébrité indue, brandissant comme des trophées, des morceaux d’avion retrouvés.

Quel type de personnes sommes-nous donc devenus, pour ne pouvoir plus nous recueillir devant ce type de tragédie ? Peut-être un peuple en voie d’ensauvagement qui a perdu le sens de l’humain.

Par melvin - Publié dans : Libres propos
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Jeudi 10 mai 2007 4 10 /05 /Mai /2007 11:33

                                                            arton11700.jpg

Il a fallu 48 heures aux autorités camerounaises pour localiser l’épave de l’avion de la Kenya Airways. N’eût été le caractère dramatique de la situation, on aurait parlé d’un gag. Comment tout un Etat peut-il se gourer autant sur la position d’un avion alors que le simple bon sens pouvait permettre d’arriver plus vite sur les lieux du crash ? Cette nouvelle tragédie de l’aéronautique africaine a des causes précises. Il s’agit d’abord de défaillances humaines dont la plus grande responsabilité incombe à l’Etat camerounais, chargé d’assurer la sécurité des vols sur ses aéroports, et d’intervenir en cas de besoin. Déjà, en laissant décoller l’aéronef alors que la météo était infernale, les services aéroportuaires ont fait preuve d’une légèreté dont on connaît le résultat : plus de cent vies enlevées. En matière de sécurité aérienne, l’approximation n’est pas permise. Les passagers sont toujours pressés et les compagnies soucieuses d’être à l’heure. Mais il appartient aux contrôleurs aériens de faire preuve d’une rigueur à toute épreuve. Non contents d’avoir laissé décoller l’avion kenyan, les aiguilleurs du ciel et les secours camerounais sont allés se promener à 150 kilomètres du lieu de l’accident, perdant un temps fou à patauger dans le vide et mettant à nu leur incapacité à répondre aux exigences de rapidité et d’efficacité qu’imposent de telles circonstances. Qui sait, peut-être qu’une prompte réaction aurait permis de retrouver et de sauver des blessés ayant survécu au crash. Des miraculés, on n’en trouve que si les secours arrivent tôt.

Le drame de l’avion kenyan vient ajouter une ombre de plus à la situation déjà peu reluisante des transports aériens au Cameroun. On se souvient que la France avait interdit sur son territoire Cameroon airlines en raison du mauvais état de sa flotte. Cette sanction aurait dû servir de signal d’alerte aux Camerounais en vue de prendre les dispositions pour se mettre au diapason des normes internationales. Mais les employés de la compagnie ont vu en cette décision française une sorte de concurrence déloyale en faveur d’Air France. Il est possible que l’Etat français use de subterfuges pour protéger son fleuron aéronautique. Cependant, on ne peut lui dénier le droit de refouler les cercueils ambulants que sont certains avions africains.

L’état de Cameroon airlines est à l’image du laisser-aller qui règne dans les aéroports camerounais. Beaucoup de voyageurs ont gardé un mauvais souvenir de Douala pour son aéroport qui a tout d’un bazar. A la corruption et au laxisme traditionnels sont venues se greffer les rancoeurs de travailleurs frappés de plein fouet par la récession économique. Dans un climat d’affairisme effréné, les innocents voyageurs sont les victimes potentielles. Il n’est un secret pour personne que le plus performant des avions ne vaut que par la qualité des services au sol. Or, visiblement, les zones aéroportuaires, censées être des îlots d’excellence, n’échappent pas à la mal gouvernance générale qui gangrène les administrations africaines. Si bien que l’avion, qui apparaît ailleurs comme le moyen de transport le plus sûr, fait peur.

Les Kenyans ne sont sans doute pas exempts de critiques. C’est le deuxième crash que leur compagnie aérienne connaît, après celle de 2000 au large d’Abidjan. Deux drames de cette ampleur en 7 ans, c’est trop. Il faut cependant croire que ce pays n’a pas de chance, si l’on considère qu’en tant que grand pays de tourisme, il fait tout pour sécuriser ses vols. Il serait de ce fait allé vite en besogne que d’accuser le Kenya d’incompétence, d’autant que l’avion tombé à Douala n’aurait que six mois d’existence.

La dégradation de la qualité des prestations dans certains aéroports nécessite une réaction vigoureuse de l’ASECNA (Agence pour la sécurité de la navigation aérienne), la seule structure panafricaine dont le professionnalisme est reconnu de tous. Au nom de la sauvegarde de ces vies humaines victimes chaque année de l’incurie des dirigeants, cette agence a un devoir d’intervention. Elle doit imposer une discipline de gestion très stricte dans les aéroports africains. Aux canards boiteux qui refusent de s’adapter aux normes internationales, elle devrait brandir des menaces de sanction tout en publiant une sorte de liste noire des aéroports dangereux. La perspective d’une mauvaise publicité et donc d’une baisse du trafic peut inciter certains responsables à comprendre enfin qu’on ne transige pas avec la vie des voyageurs. Dans un monde de grande mobilité, où les frontières deviennent inexistantes pour divers échanges, l’avion sera de plus en usité par les Africains. Il est donc impérieux que les autorités politiques s’adaptent à cette aspiration des populations à voyager plus vite et plus loin, en modernisant les outils de voyage que sont les aéroports et les avions.

Source: http://www.lepays.bf

Note de Melvin:  J'aurais tant aimé que cette critique pertinente fût celle d'un journal camerounais. Hélas, elle vient du Burkina-Faso.

Par melvin - Publié dans : Libres propos
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Vendredi 4 mai 2007 5 04 /05 /Mai /2007 15:23
                                               d--bat.jpg

La montagne a finalement accouché d’une souris. Annoncé depuis des mois comme le sommet de l’élection présidentielle française de 2007, le face-à-face Sego – Sarko n’a finalement pas tenu ses promesses. Il n’entrera pas dans l’histoire comme un classique du genre. Il n’avait pas ce souffle, ce relief et cette magie qui emballe, captive et emporte l’adhésion. Rien à voir avec les Giscard – Mitterrand de 1974 et 1981, ni même le Mitterrand – Chirac de 1988. On attendait une confrontation de projets sur l’avenir, on a eu droit à un choc de personnalités : Ségolène, humaine et généreuse, Sarkozy, technocrate et pointilleux. La confrontation s’est muée en un dialogue de sourds qui a éclipsé le débat, ennuyeuse discutaillerie parfois, longue chamaillerie surtout.

Pour en faire un débat, il a manqué à ce face-à-face un modérateur. Absents et révérencieux, les journalistes commis à la tâche semblaient faire partie du décor lumineux. A aucun moment, ils n’eurent la main, ni sur le timing, ni sur les échanges, même lorsque ceux-ci volaient bien bas. On pourrait penser que les règles de ce face-à-face leur interdisaient l’irrévérence, pour ne pas paraître partiaux. Mais, ce serait  ignorer que la presse française ne fut pas bien différente durant cette campagne électorale. Docile, le contre-pouvoir qu’elle fut jadis, a renoncé à son devoir citoyen d’impertinence, pour se muer en simple support des pouvoirs.

Egalement, pour faire de ce duel télévisé un grand moment politique, il a peut-être manqué de vrais présidentiables : deux candidats ayant le sens de l’histoire, une vision de l’avenir, un dessein pour la France, et même, pourquoi pas, habitant déjà la fonction. Sarkozy, a fait montre d’une certaine maîtrise technique des dossiers, comme pourrait l’être un bon Premier ministre. Ségolène, quant à elle, confuse et vague, n’est pas parvenue à mettre fin au procès en déficit de compétence, publiquement ouvert contre elle.

L’élection présidentielle de 2007 marque décidément la fin des monstres sacrés de la politique française ; ces hommes, fondateurs ou fédérateurs, ayant une grande idée de leur pays, et sachant la faire partager par le peuple pour le porter vers l’avenir. La France entre dans l’ère des communicants où l’opinion fait les politiques. Une époque où l’image et la forme priment sur le programme et le fond, et où les sondages prennent le pas sur le suffrage universel et imposent un candidat à un parti et un président à un pays.

Des Grecs, jadis, demandaient au sage au Solon : « quelle est la meilleure constitution ? » Il leur répondait : « dîtes-moi d’abord, pour quel peuple et à quelle époque ? » Certains choix fondamentaux dépendent donc de l’époque où on les fait. Aujourd’hui, à l’ère des communicants, l’autorité de De Gaulle suffirait-elle à le faire élire président en France ?

Par melvin
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